Mise à jour du cadre législatif de lutte contre la corruption (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, je dois dire que j’ai eu un faux espoir. Quand la Commission a annoncé la présentation de règles contre la corruption, je me suis dit: «enfin». Enfin des règles contre ceux qui monnayent leur vote contre des valises de billets. Enfin une réforme profonde des institutions européennes, après le Qatargate, après les textos cachés entre la présidente von der Leyen et le PDG de Pfizer, après le pantouflage de la commissaire Neelie Kroes chez Uber, et tant d’autres scandales. Enfin une action contre les conflits d’intérêt et pour la transparence. Mais en fait, ce n’est pas le cas. Ne touchons surtout pas à un cheveu de l’opacité des institutions européennes. Concentrons-nous uniquement sur la corruption des États. L’Union fait la leçon, mais elle tergiverse sur ses propres promesses. Adieu les grandes déclarations, faites la main sur le cœur, ici, dans cet hémicycle il y a quelques mois, et bonjour les réformettes éparpillées et discutées à huis clos pour que les libéraux, la droite et l’extrême droite qui vient encore nous donner des leçons, mais en réalité dans le huis clos, puissent tranquillement maintenir le statu quo. Alors, Monsieur le Commissaire, vous avez parlé de l’autorité éthique indépendante. Cela fait quatre ans qu’on l’attend et j’ai envie de dire que, au vu de ce qui s’annonce, une autorité éthique indépendante, sans réelle indépendance et sans réel pouvoir d’investigation et de sanction, autant dire que ce sera un coup d’épée dans l’eau. Et dans le même temps, nous apprenons que sept commissaires européens acceptent que des gouvernements étrangers leur offrent des nuits d’hôtels de luxe. Alors, chers collègues, la lutte contre la corruption est essentielle. La proposition de la Commission pour renforcer les garde-fous des États membres est bienvenue, mais les institutions européennes doivent d’abord balayer devant leur porte si elles veulent parler de lutte contre la corruption d’une voix crédible.
Révision du pacte de stabilité et de croissance (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, votre disque est rayé. Au nom de la dette et du déficit, combien de fonctionnaires voulez-vous licencier? Jusqu’à quel âge faudra-t-il travailler? Combien de lits d’hôpitaux voulez-vous encore fermer? En vérité, aucun sacrifice ne sera jamais suffisant pour satisfaire votre obsession de la dette. Votre disque est rayé. Vous l’aviez vous-même reconnu, d’ailleurs, en suspendant vos règles budgétaires et en proposant leur révision. Mais je vous imagine vous dire: «Eurêka! Et si nous proposions à peu près les mêmes règles que celles qui nous ont précipités droit dans le mur?» Chassez l’austérité, elle revient au galop. Votre disque est rayé. Nous vous parlons de services publics et de dignité des gens. Vous nous répondez coupes budgétaires et réformes structurelles. Derrière les chiffres, vos austères divisions et soustractions, il n’y a que des abstractions, mais une douloureuse réalité pour des millions de gens qui vont subir une baisse de leur allocation chômage, faire la queue plus longtemps aux urgences déjà débordées, voir leur école ou la maternité fermer. Le tout sans aucun débat démocratique sur qui doit payer. Parce que, étrangement, vous ne demandez jamais aux États d’augmenter les impôts des milliardaires ou des grandes multinationales pour réduire la dette. Non. C’est toujours aux pauvres de payer l’addition. Monsieur le Commissaire, votre disque est rayé et il nous rappelle bien trop l’orchestre du Titanic qui continue de jouer alors que le bateau est en train de couler.
«C’est l’Europe» - Débat avec Xavier Bettel, Premier ministre du Luxembourg (débat)
Madame la Présidente, Monsieur Bettel, j’ai une devinette pour vous. Quel est le point commun entre Tiger Woods, Brad Pitt, la famille Hermès, Shakira, le prince d’Arabie saoudite, Bernard Arnault, la mafia italienne et la pègre russe? Ils ont tous une étonnante passion pour votre pays, le Luxembourg. On y croise du beau monde par chez vous, vous me dites. Enfin, la réalité, c’est qu’ils n’y sont pas vraiment. Parce que la réalité, aussi, c’est qu’on y croise seulement leurs sociétés écrans, qui sont domiciliées, par exemple, au 6 rue Eugène Ruppert. C’est un bâtiment somme toute ordinaire, Monsieur Bettel. Et dans ce bâtiment, on y trouve pas moins de 1 810 entreprises, qui arrivent comme par magie à se partager ces locaux. Monsieur le Premier ministre, vous pourrez peut-être nous expliquer par quel miracle le Luxembourg échappe ainsi aux lois de la physique. La réponse, en réalité, vous la connaissez. Scandale après scandale, on retrouve ces entreprises, qui ne sont en fait que des boîtes aux lettres dont le seul rôle est de permettre l’évasion fiscale à grande échelle. La réalité, Monsieur Bettel, c’est que vous êtes à la tête d’un paradis fiscal. Un paradis fiscal qui organise au cœur de l’Europe un véritable vol en bande organisée, et qu’aujourd’hui encore personne ne peut ou ne veut vous canaliser. Monsieur Bettel, vous avez beaucoup parlé d’ouverture des frontières. Je le partage, pour le coup. Mais, étrangement, quand il s’agit d’argent des riches ou des multinationales, c’est une ouverture à sens unique. Il entre au Luxembourg, mais ne sort jamais. La conséquence de ce casse du siècle, c’est la casse sociale, la casse de nos services publics, la casse de nos retraites. Car, bizarrement, ceux qui sont si prompts à faire des économies sur tout sont aussi ceux qui ne cherchent jamais à récupérer les milliards volés des évadés fiscaux. Alors permettez-moi en conclusion, Monsieur Bettel, de vous dire que votre vibrant plaidoyer pour une Europe de la coopération et de la solidarité pourrait nous émouvoir, je dois le reconnaître, s’il n’était pas souvent, dans les faits, une coquille aussi vide que les entreprises fictives au 6 rue Eugène Ruppert.
La nécessité d'une stratégie cohérente pour les relations UE-Chine (débat)
Monsieur le Président, Madame la Présidente, chers collègues du Conseil, la polémique consécutive au déplacement d’Emmanuel Macron et d’Ursula von der Leyen en Chine pose une question fondamentale ici, dans notre hémicycle: quelle place pour l’Europe dans l’équilibre géopolitique mondial? Pour commencer, permettez-moi de vous dire que le président de la République française a commis deux fautes. La première: sembler renvoyer dos à dos les États-Unis et la Chine au moment où Taïwan subissait un nouvel épisode d’intimidation militaire. La deuxième: ne pas évoquer la question des Ouïghours, alors que notre Parlement européen a alerté sur un risque sérieux de génocide. Sa prise de parole a, en revanche, soulevé un débat salutaire sur un concept que nous défendons ici depuis longtemps: le non-alignement. Alors je veux être claire, parce que souvent, cela soulève une volée de bois vert: le non-alignement n’a rien à voir avec la neutralité. L’Europe doit se tenir aux côtés des agressés, et notre nécessaire soutien au peuple ukrainien en est l’illustration. Être non-aligné consiste aussi à soutenir tous ceux qui souffrent et qui se font opprimer à travers le monde. L’Europe doit également défendre le statu quo précaire actuel à Taïwan, seule manière d’éviter l’escalade. Mais, pour avoir une voix qui porte, il faut refuser les confrontations d’empires et se positionner au cas par cas avec comme seule boussole la défense du droit international. Et nous en sommes encore aujourd’hui très loin. Les grands discours d’Emmanuel Macron, sitôt dits, sitôt oubliés, ne se sont jamais traduits dans les faits. Alors, puisque vous parlez d’Europe indépendante, l’Europe indépendante n’existera pas si l’ensemble de sa politique étrangère et sa défense restent sous la coupe de l’OTAN. L’Europe indépendante n’existera pas si nous nous effaçons derrière les États-Unis au lieu d’être l’interlocuteur privilégié des pays du Sud. L’Europe indépendante n’existera pas si les indignations de façade sur les droits de l’homme s’effacent derrière les profits de nos multinationales. L’Europe indépendante n’existera pas si nous persistons à signer des accords de libre-échange qui accentuent encore nos dépendances. Je suis d’accord sur un point avec un de mes collègues précédents. Oui, Monsieur Weber, c’est vous qui avez systématiquement organisé notre dépendance à l’échelon international et, Monsieur Séjourné, votre plaidoyer pour une autonomie stratégique serait presque touchant et convaincant si votre groupe n’avait pas systématiquement soutenu des accords de libre-échange qui nous affaiblissent sur le plan industriel, qui font que nous sommes incapables aujourd’hui ne serait-ce que de produire les médicaments dont nous avons besoin sur le sol européen, à commencer par le paracétamol. Bref, vous l’avez compris, ce que révèle l’épisode de la semaine dernière, c’est que l’«en même temps», en la matière, n’a qu’un seul effet: nous décrédibiliser durablement sur la scène internationale. Alors, si elle veut enfin peser, l’Europe doit être véritablement non alignée.
Madame la Présidente, c’est un rappel au règlement sur la base de l’article 10 sur la conduite de nos débats: hier M. Verhofstadt m’a nommément mise en cause. En dehors du fait qu’il a… (Chahut dans l’hémicycle) Collègues! Collègues! Puis-je m’exprimer dans cet hémicycle? Voilà votre vision de la démocratie: on ne peut pas s’exprimer dans cet hémicycle! (La Présidente appelle au calme dans l’hémicycle) Merci, Madame la Présidente. Donc, M. Verhofstadt m’a nommément mise en cause. En dehors du fait qu’il a manifestement beaucoup de temps à passer sur mon compte Twitter – et je le remercie au passage pour sa publicité –, ces accusations calomnieuses sont insupportables, Madame la Présidente. Monsieur Verhofstadt, vous avez le droit de soutenir une stratégie de maintien de l’ordre en France et de trouver normal que des manifestants soient mutilés, éborgnés ou mis dans le coma. Mais nous avons le droit ici, au Parlement européen, dans cet hémicycle, d’alerter sur ces dérives, comme l’ont fait avant nous le Conseil de l’Europe ou le rapporteur spécial des Nations unies… Vous savez, ma famille politique n’a jamais défendu la violence, alors je rappelle à M. Verhofstadt que, en m’insultant, il insulte notre Parlement européen... (La Présidente retire la parole à l’oratrice)
Madame la Présidente, une manifestante au pouce arraché par un tir de LBD. Un cheminot éborgné par une grenade de désencerclement. Une manifestante violée lors d’une fouille policière. Deux militants écologistes dans le coma, entre la vie et la mort. Des centaines d’arrestations arbitraires de jeunes. Un étudiant victime d’insultes racistes à qui un policier dit: «Toi, je t’aurais bien pété les jambes». Un manifestant qui se fait délibérément rouler dessus par un policier. Des élèves autrichiens en sortie scolaire mis, au hasard, en garde à vue. Des élus en écharpe, dont plusieurs d’entre nous ici, gazés. Des journalistes empêchés de faire leur travail. Voilà, chers collègues, la réalité des violences policières contre le mouvement social en France. Alors, après les alertes du Conseil de l’Europe, de l’ONU, d’Amnesty, de la presse internationale, on ne peut pas regarder sans rien faire ce spectacle terrible. Cette doctrine de maintien de l’ordre, ces pratiques sont inacceptables au sein de l’Union européenne et c’est pourquoi notre Parlement doit exprimer sa condamnation la plus ferme. Madame la Présidente, si vous me le permettez, cette demande est conjointe au groupe socialiste, au groupe des Verts et au groupe de la Gauche, avec un débat demain matin et un vote au mois d’avril, avec ce titre exact: le droit fondamental de manifester et l’usage proportionné de la force par la police, et avec évidemment une résolution.
Célébration de la Journée internationale des femmes
Quand arrêterez-vous de nous considérer, nous les femmes, comme les variables d’ajustement de vos politiques? Les femmes assument les métiers sous-payés et sous-considérés – les femmes de ménage, les aides-soignantes, les caissières, les aides à domicile, les assistantes maternelles, les secrétaires. Les femmes pâtissent déjà des temps partiels subis et des carrières hachées. Mais c’est à elles qu’on demande encore et toujours plus d’efforts. Le débat sur la réforme des retraites en France montre à quel point nous ne sommes que des variables d’ajustement. D’un côté, on a Emmanuel Macron qui veut faire 60 % des économies sur le dos des femmes, malgré des niveaux de pensions déjà 40 % inférieurs. De l’autre côté, on a l’extrême droite qui nous considère, nous les femmes, comme des machines à faire des enfants. Alors je vous le dis, à vous l’extrême droite, laissez nos utérus tranquilles! Serions-nous tellement devenues des variables d’ajustement que nos droits fondamentaux ne comptent plus? Je fais partie de cette génération qui a cru que l’avortement était un acquis. Mais Simone de Beauvoir avait raison de nous avertir. Il suffira d’une crise pour que les droits des femmes soient remis en cause, disait-elle. Je sais aujourd’hui que l’IVG doit être ardemment défendue et protégée partout dans nos constitutions. Hier, une militante polonaise a été condamnée à huit mois de travaux d’intérêts généraux pour avoir aidé une femme à avorter, en Europe, en 2023. Dans ce pays, mais aussi en Hongrie, à Malte et bientôt en Italie, le droit à l’IVG est gravement entravé, voire supprimé. Pendant ce temps, toutes les neuf minutes, une femme meurt des suites d’un avortement clandestin dans le monde. Alors, je voudrais demander aux députés de l’extrême droite de cet hémicycle qui n’ont de cesse de combattre l’avortement: combien de femmes supplémentaires allez-vous laisser mourir en utilisant cela: un cintre? Entendez-le une fois pour toute: nous ne sommes pas des variables d’ajustement. Nos corps ne sont pas à vous. Ils nous appartiennent. Nous n’avons pas peur de vous et nous nous battrons sans relâche pour nos droits jusqu’à l’égalité.
Madame la Présidente, chers collègues, depuis décembre, quasiment pas une semaine ne passe sans une nouvelle affaire de corruption au sein même des institutions européennes. Cette fois, nous apprenons que le directeur général des transports de la Commission a accepté pas moins de neuf voyages en classe affaires offerts par Qatar Airways. Un généreux cadeau, alors que M. Hololei négociait l’accord de libre-échange aérien entre, justement, l’Union européenne et le Qatar. Le conflit d’intérêts est évident, mais pour la Commission, tout est en règle. Oui, parce que Monsieur Hololei a reçu l’autorisation de la part du directeur de la DG MOVE, c’est-à-dire lui-même. Au point où on en est, on peut se demander si, à la prochaine étape, c’est Monsanto qui va autoriser les OGM sur le marché européen… En matière de contrôle éthique, l’Union européenne marche sur la tête depuis quelques mois. Sous notre pression, le Parlement européen a entamé un processus de réforme – on est là pour veiller au grain. Maintenant, c’est au tour de la Commission européenne de rendre des comptes. Et c’est pourquoi, au nom de notre groupe de la Gauche au Parlement européen, nous demandons ce débat pour que la Commission européenne commence par laver devant sa porte.
Création d’un organisme européen indépendant chargé des questions d’éthique (débat)
Monsieur le Président, il aura donc fallu le pire scandale de l’histoire de corruption du Parlement européen pour que cet hémicycle se souvienne de la nécessité de créer de toute urgence une autorité éthique indépendante. Nous avons pourtant lancé l’alerte dès le début de ce mandat, il y a trois ans, en dénonçant les conflits d’intérêts, multiples, de plusieurs candidats commissaires européens et en obtenant que plusieurs d’entre eux soient retoqués. Alors, certes, la présidente de la Commission européenne l’avait bien mis sur son plan de travail, mais depuis, pouf, disparu, aux oubliettes. Alors on attend encore, encore et encore. En France, l’affaire de fraude du ministre du budget Cahuzac avait permis de débloquer les choses avec la création de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Le symbole dévastateur du «Qatargate» et ses images, désastreuses, de valises de billets semblant sortir d’un film de gangsters, doivent aboutir à la même réponse politique. Si on ne le fait pas maintenant, chers collègues, alors, quand est-ce qu’on va le faire? Les règles éthiques actuelles sont insuffisantes, on le sait. C’est presque une blague entre nous, même, mais le cadre de leur mise en œuvre est encore plus absurde. Comment espérer mettre fin aux conflits d’intérêt des eurodéputés si ce sont les eurodéputés eux—mêmes qui sont censés s’autoréguler? Au point où l’on en est, autant demander à Monsanto de réglementer et de mettre fin aux OGM. Résultat: les affaires sont enterrées, et, on le voit, notre seul objectif ici doit donc être de mettre en place cet organe indépendant. Tout le monde le sait et personne n’ose le contester en public. Mais la Commission nous mène en bateau depuis quatre ans en repoussant ad vitam aeternam la mise en place de l’autorité éthique. Et vous savez quoi? Ça ne m’étonne pas. L’ancien commissaire européen Avramópoulos a reçu 60 000 euros de la fausse ONG Fight Impunity, au cœur du Qatargate, mais la présidente de la Commission, Mme von der Leyen, n’y trouve rien à redire. Le commissaire Schinas a fait pas moins de 3 voyages, 26 tweets, 9 interviews, 3 discours complaisants envers les autorités du Qatar, mais Mme von der Leyen n’y trouve rien à redire. Le moment que nous vivons est une honte, il atteint la crédibilité même des institutions. Le minimum que nous devons aux citoyens qui nous ont élus... (Le Président retire la parole à l’oratrice)
Suivi des mesures demandées par le Parlement pour renforcer l’intégrité des institutions européennes (débat)
Madame la Présidente, les corrompus sont comme les vampires: ils détestent la lumière. Alors ce que je vous propose, chers collègues, c’est de braquer tous les projecteurs sur la culture d’opacité généralisée qui fait tant de mal au Parlement européen et qui a conduit à ce scandale de corruption que l’on connaît tous. Si ce n’est que, en réalité, depuis deux mois, depuis que ce scandale a éclaté, on voit bien comment certains groupes politiques essaient tranquillement de vite cacher la poussière sous le tapis et de continuer leur business as usual. C’est pratique, vous allez me dire, l’opacité: ça permet de ne rendre de comptes à personne, surtout pas aux électeurs qui nous ont élus, mais bien plus à des groupes de lobbys privés ou à des États tiers. Alors permettez-moi de vous raconter quelques extraits choisis de la Conférence des présidents, qui se déroule à huis clos et qui a précisément enterré les réformes que notre Parlement a votées au mois de décembre dernier. Vous avez le PPE – absent, ici, maintenant –, qui enterre la régulation des lobbys mais lance une chasse aux sorcières contre les ONG. Vous avez Renew, qui parle beaucoup de réformes publiquement, mais profite du secret de la Conférence des présidents pour ralentir toute évolution. Et puis l’extrême droite, fidèle à elle-même – encore absente d’ailleurs, ce soir –, qui se contrefiche littéralement des enjeux d’éthique. Résultat: onze des quinze propositions que notre Parlement a votées ont été enterrées. En décembre dernier, tous ensemble, ici, on disait la main sur le cœur: notre démocratie est en danger. Et la première chose que fait notre Parlement est de s’asseoir littéralement sur un vote démocratique. Alors, je vous le dis, chers collègues – et désolée de ce coup de gueule –, combien de fois va-t-on encore débattre, scandale après scandale, faire semblant de s’émouvoir, alors que ces pratiques continuent? Nous avons une résolution du mois de décembre et il faut l’appliquer. Sinon, il ne faudra pas s’étonner que les électeurs nous disent qu’on est tous une belle bande de corrompus, si on n’est pas capable d’agir après le plus gros scandale de corruption de l’histoire du Parlement.
Financements de l'Union alloués à des ONG incriminées dans les récentes révélations de corruption et protection des intérêts financiers de l'Union (débat)
Madame la Présidente, quand le sage montre la Lune, l’idiot regarde le doigt. Au lendemain du pire scandale de corruption de l’histoire du Parlement européen, je dois dire que la droite fait honneur au dicton en accusant les ONG de tous les maux. La police saisit des valises de billets chez les députés? C’est la faute aux ONG! Le Maroc et le Qatar envoient leurs ambassadeurs corrompre nos institutions? C’est bien sûr la faute aux ONG! Les règles de transparence du Parlement ne sont pas respectées et les sanctions inexistantes? C’est toujours la faute aux ONG! Mais rassurez-vous, chers collègues du PPE – vous qui n’êtes pas très nombreux ce soir –, je sais que vous n’êtes pas idiots. Vous savez bien qu’Amnesty International, la Croix—Rouge et Greenpeace n’y sont pour rien. Mais les désigner boucs émissaires vous permet de faire d’une pierre deux coups. D’abord, vous venger de ces associations qui défendent l’environnement et les droits humains plutôt que les profits des grands patrons. Ensuite, mieux détourner l’attention de votre opposition à tout projet de réforme éthique et de vos propres magouilles. Mais à vrai dire, en réalité, c’est une belle aubaine pour passer notamment sous silence le salaire de 20 000 euros que s’offre le président de votre groupe, en plus de son indemnité de député. À moins que, là aussi, ce soit la faute aux ONG?
Madame la Présidente, chers collègues, voilà deux mois que le pire scandale de corruption de l’histoire du Parlement européen a éclaté, avec quatre députés et anciens députés poursuivis par la justice pour corruption par le Maroc et le Qatar. Voilà deux mois que les citoyens européens découvraient la culture de l’opacité et l’impunité qui règnent dans nos institutions, les centaines de cadeaux non déclarés, les voyages tous frais payés par les lobbys, les négociations à huis clos… Voilà deux mois que la quasi-totalité des députés européens ont promis ici, dans cette enceinte, la main sur le cœur, de restaurer l’intégrité du Parlement en votant une résolution avec quinze propositions de réforme. Mais deux mois plus tard, cette feuille de route a été enterrée et, avec elle, onze de ces propositions: l’obligation de registre de transparence, la déclaration de patrimoine obligatoire ou encore la publication de l’origine des amendements. Voilà pourquoi nous demandons aujourd’hui ce débat et cette résolution pour assurer le suivi des engagements. Parce que, permettez-moi de vous dire, chers collègues, l’heure est venue de rendre publiquement des comptes. Pas au Maroc, pas au Qatar, mais aux citoyens européens à qui vous avez tant promis des réformes.
Préparation de la réunion extraordinaire du Conseil européen du mois de février, en particulier la nécessité de mettre en place des solutions durables dans le domaine de l'asile et de la migration (débat)
Madame la Présidente, les prix explosent, les salaires stagnent, la vie est de plus en plus dure, l’Europe fait face à une crise sociale sans précédent, et l’austérité fait son grand retour au pire moment, avec des attaques brutales contre notre système de protection sociale, comme dans mon pays, en France, où près de trois millions de citoyens ont manifesté hier contre la casse des retraites. Mais de tout cela, nous n’en parlerons pas aujourd’hui, car, quand tout va mal, le bouc émissaire est toujours le même: l’étranger. L’extrême droite nous impose une nouvelle fois son agenda xénophobe, face à une invasion migratoire qui n’existe pas. Il suffit de voir la mine ravie de Marco Zanni, qui vient ici, avec le tapis rouge déroulé, en disant: «Chouette, un nouveau débat sur l’immigration!», alors que nous connaissons aujourd’hui la crise d’inflation la plus grave de notre histoire, et que des gens galèrent à terminer leurs fins de mois. Je ne suis pas surprise des horreurs que l’extrême droite propose – ce n’est pas nouveau –, mais je m’inquiète qu’elles soient désormais reprises par la droite, par vous, Monsieur Weber, mais aussi par de plus en plus de libéraux. Je me souviens qu’il y a quelques années nous dénoncions tous ici les délires dangereux de M. Trump. Mais voici qu’une majorité de cet hémicycle s’inscrit aujourd’hui directement dans ses pas, jusqu’à Mme von der Leyen, qui n’exclut plus de soutenir ces murs de la honte en Europe. Alors non, pardon: pas les murs, mais tout ce qui sera autour – légère nuance, vous l’aurez compris. La forteresse, elle existe pourtant déjà: 1 000 kilomètres de murs actuellement, et des milliers d’autres en projet, des cages à migrants en Bulgarie, des ONG qui sont criminalisées, Frontex qui viole quotidiennement les droits de l’homme et ceux des exilés. Voilà cette réalité que la Commission européenne, comme une partie de cet hémicycle, ici, veut cacher, ces vies humaines dont Mme von der Leyen n’a pas dit un seul mot. Alors, je voudrais ici vous lire des témoignages d’exilés maltraités qui sont issus de ce «Black Book», recueillis dans le «Livre noir des refoulements», que notre groupe a édité, en lien avec les ONG. Je lis: «Après nous avoir violemment battues pendant trente minutes avec une matraque en métal, ils ont fait une pause pour fumer. Un officier a écrasé sa cigarette sur la tête de mon amie. Il m’a retiré mon foulard, frappée et crié dessus, a déchiré ma robe et continué à me fouiller en me touchant le corps devant mon enfant.» Que voulez-vous de plus? Des tirs à balles réelles contre ceux qui tentent de traverser? Des naufragés qu’on laisse se noyer? Des réfugiés fuyant la guerre à qui on refuse le droit d’asile? Tout cela a déjà été fait, et vous voulez le généraliser. Alors, pour conclure, l’Europe peut encore reprendre ses esprits, respecter ses soi-disant valeurs. Mais, ici, nous n’aurons de cesse de le dire: organisons enfin l’accueil digne des exilés comme il se doit et comme il est possible de le faire.
Madame la Présidente, merci. Quel sens de la démocratie, chers collègues: je n’ai même pas pris la parole que vous me huez déjà! Chers collègues du PPE, je vois bien l’intransigeance que vous avez auprès des ONG – que je partage –, mais je vous inviterai alors, dans ce cas, à faire preuve de la même intransigeance vis-à-vis des pratiques de corruption dans notre Parlement européen et à vous assurer que toutes les leçons politiques soient tirées de ce «Qatargate». Je vois bien la tentative de votre groupe d’enterrer la résolution du mois de décembre qui a été votée, qui prévoit notamment l’obligation du registre de transparence, qui prévoit notamment une commission d’enquête sur le «Qatargate», qui prévoit notamment la création d’une autorité éthique indépendante. Toutes ces propositions, vous continuez, ici, à les rejeter en bloc, au Parlement européen. Alors, cessez de vous moquer du monde, quand il faut pointer du doigt les ONG, mais que vous ne tirez aucune leçon en matière politique pour imposer la transparence qui est nécessaire.
Nouveaux développements dans les allégations de corruption et d'ingérence étrangère, dont celles au Maroc, et la nécessité d'accroître la transparence, l'intégrité et la responsabilité dans les institutions européennes (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, lors de notre dernière session plénière, le Qatar Gate était déjà une onde de choc sans précédent, mais il n’était en réalité que la partie émergée de l’iceberg. Nous avons appris depuis que le réseau de corruption utilisé par le Qatar était bien plus vaste encore. On découvre un système tentaculaire qui aurait été mis en place initialement par le Maroc. Le Maroc. Je répète ce mot-là parce que je suis surprise qu’aucun des orateurs précédents, ni du côté de la Commission, ni du côté des députés, n’ait mentionné le Maroc, qui a donc mis en place ce système de corruption depuis 2019 et peut-être bien plus tôt, et qui aurait profité à d’autres États également, comme l’Arabie saoudite ou la Mauritanie. Alors oui, bien sûr, il faut étendre au Maroc les mesures décidées par notre Parlement sur le Qatar. Mais la vérité, c’est qu’on ne mettra pas fin à la toute-puissance des lobbies étatiques ou privés si on ne s’attaque pas aux racines du problème. La culture de l’impunité et de l’opacité qui laisse la porte grande ouverte à toutes les ingérences. Pour cela, notre point de départ devrait être simple: c’est ça. «Ça», c’est le texte de la résolution qu’on a voté collectivement au mois de décembre dernier et qui traçait une feuille de route très claire. La mettre en œuvre dans son intégralité avec un calendrier précis devrait être notre priorité absolue. Alors pourquoi la Présidente Roberta Metsola sort-elle de son chapeau un autre plan qui écarte onze des quinze propositions votées et adoptées par notre assemblée dans cette résolution? Pourquoi enterrer la mise en place d’une commission spéciale pour réformer en profondeur le Parlement européen? L’obligation du registre de transparence, une haute autorité indépendante… Tout cela: enterré. Cette résolution avait pourtant été approuvée par 541 voix et deux votes contre. Un consensus inédit. Alors, pour sauver la démocratie, il faut sans doute commencer par faire une chose simple: la respecter et faire le ménage de la cave au grenier dans nos institutions. Et puisqu’on est encore en janvier, je vous propose donc une bonne résolution pour l’Union en 2023: que l’éthique prime enfin sur le fric.
Présentation du programme d'activités de la présidence suédoise (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, la présidence suédoise qui débute illustre une tendance politique de fond qui doit toutes et tous nous alerter. Il y a quelques semaines, cela a été dit, la droite et les libéraux locaux ont décidé de former un gouvernement. Mais ce gouvernement-là a le soutien de l’extrême droite, une alliance tolérée par les groupes de droite, PPE et Renew, qui se traduit concrètement par une compromission programmatique totale. Haro sur les immigrés, rendus responsables de tous les maux, obsession anti-musulmans, déni climatique. Tout cela, on l’a entendu, pas plus tard qu’il y a quelques minutes, dans la bouche de mon collègue d’extrême droite. Le cordon sanitaire que nous maintenons encore à bout de bras dans cet hémicycle se rompt partout. L’extrême droite est banalisée, normalisée, et les origines néo-nazies des soi-disant démocrates suédois – qui, au passage, portent très mal leur nom – sont oubliées. Et ce cordon sanitaire, ici, il est brisé en Suède, mais pas seulement. En France aussi, quand Emmanuel Macron fait élire à l’Assemblée nationale des vice-présidents du Rassemblement national. En Italie, quand la post-fasciste Meloni prend la tête du pays grâce à la droite corrompue de Berlusconi. En Europe, quand vous, Monsieur Weber, jetez les bases d’un rapprochement entre votre groupe et celui des réactionnaires. Les tentatives de putsch de Trump ou de Bolsonaro et la dérive autoritaire d’Orbán le montrent pourtant clairement: on ne joue pas avec l’extrême droite car, quand elle prend le pouvoir, elle refuse toujours de le rendre démocratiquement. L’alliance des libéraux et de l’extrême droite, qui devient partout la norme, rejoue toujours le même scénario. D’un côté, la remise en cause de la démocratie et des droits fondamentaux, de l’autre, des politiques néolibérales qui saccagent l’État social. De ce point de vue-là, le programme de la présidence suédoise ne fait pas défaut. J’ai bien regardé et je n’y ai vu aucun changement de cap, et cela alors que la crise économique plonge des millions de gens dans la pauvreté. Seulement, encore une fois, le ronron de la doxa austéritaire. Vous dites dans votre programme, je vous cite: bravo aux réformes structurelles et à l’assainissement des finances publiques. Comprendre: ruiner toujours plus nos services publics. Vous vous engagez à mettre en œuvre les règles de contrôle budgétaire, celles qui ont amené la Commission européenne à demander à quinze États de réformer leur système de retraite en une année, ou encore à demander à mon pays, la France, par huit fois, de casser son système de retraite dans le seul but de faire des économies. C’est écrit noir sur blanc: il faut limiter le coût des retraites, quitte à faire travailler les gens jusqu’à la mort ou la maladie. Cette obsession comptable appliquée, je vous l’accorde, avec tant de zèle par certains dirigeants européens, a des conséquences concrètes sur la vie des gens. Voilà pourquoi, à Bruxelles, à Strasbourg, mais aussi dans la rue, vous nous trouverez sur votre chemin. Nous ne voulons plus de cet horizon mortifère que vous tracez pour l’ensemble des peuples européens. Nous ne voulons plus de ce monde prôné ici à Bruxelles ou à Strasbourg où, après le travail, ce sera la misère ou le cimetière.
Madame la Présidente, il y avait un moyen assez simple, en effet, de se mettre d’accord sur un titre à mettre à l’ordre du jour de notre session plénière, c’était de s’accorder sur ce point en Conférence des présidents. Je veux dire ici, à l’ensemble des députés présents dans cet hémicycle, que jeudi dernier a eu lieu une Conférence des présidents lors de laquelle notre groupe de la gauche a proposé un débat et a proposé que l’on se mette d’accord sur ce débat, sur les nouveaux développements de ce scandale de corruption, dont on a appris depuis que le Qatar n’était que la face émergée de l’iceberg et que le Maroc y jouait un rôle essentiel. Probablement que ce système de corruption était mis au profit d’autres États en dehors de l’Union européenne. Je regrette que seuls le groupe socialiste et le groupe des Verts aient soutenu cette demande, et que notamment le groupe Renew, qui vient en sauveur, n’ait pas soutenu cette demande, qui aurait permis de commencer cette session plénière avec un débat clair à l’ordre du jour. Parce que comment pourrions-nous avoir une quelconque crédibilité auprès du monde entier en entamant cette session plénière sans parler du sujet principal et du sujet qui nous préoccupe, qui est ce scandale de corruption au cœur des institutions européennes? C’est bien la preuve que la transparence est la solution, et non l’opacité dans les discussions, notamment en Conférence des présidents.
Faire face à la crise du coût de la vie: augmenter les salaires, imposer les bénéfices, faire cesser la spéculation (débat d'actualité)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, j’ai le plaisir aujourd’hui d’introduire, au nom de notre groupe de la gauche au Parlement européen, notre initiative pour un débat sur l’inflation et ses conséquences en Europe sur les plus précaires. Ce choix a en effet un sens politique pour nous. Dans ce Parlement, on parle beaucoup de choses assez théoriques, mais on parle finalement assez rarement de la vie quotidienne des gens, des galères qu’ils rencontrent et de leur quotidien. C’est précisément cette réalité que nous voulons faire entrer au Parlement européen aujourd’hui. Je ne pourrai jamais, personnellement, me résoudre à la froideur des chiffres et des agrégats économiques qu’on lit dans les journaux. D’ailleurs, nous ne devrions pas dire que l’inflation atteint 10 % en moyenne dans la zone euro, ni que les pâtes et l’huile ont augmenté de 20 %. Nous ne devrions pas dire que les salaires réels ont baissé de 2,4 % au premier semestre dans l’Union européenne. Nous devrions plutôt égrener la longue liste des enfants qui ne mangent pas à leur faim. Nous devrions décrire la détresse des étudiants ou des travailleurs précaires qui sautent des repas et peinent à se réchauffer. Le nombre de vies chamboulées, de rêves brisés, de projets non réalisés: voilà la réalité dont nous devrions parler dans ce Parlement. Toutefois, pendant que certains galèrent, d’autres, eux, prospèrent. Il faut aussi mettre des mots sur l’autre facette de ce modèle économique défaillant. Depuis deux ans, les records des bénéfices et des dividendes versés aux actionnaires ne cessent de tomber les uns après les autres: près de 30 % d’augmentation en un an de dividendes pour les grandes entreprises européennes, et l’année qui se termine s’annonce encore plus fructueuse. Idem pour les rémunérations des grands patrons, qui repoussent sans cesse les frontières de l’indécence. Bref, les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent, et c’est là la conséquence directe de choix politiques. En effet, ce choc de l’inflation serait autrement moins brutal si les salaires avaient été indexés partout en Europe. Vous devriez vous en rendre compte, Monsieur Gentiloni, mais peut-être que les commissaires européens et les ministres sont bien trop à l’abri, au chaud avec leurs salaires mirobolants, pour s’apercevoir que, partout dans l’Union européenne, des gens galèrent et ne parviennent pas à finir leurs mois. On nous assène que l’augmentation des salaires nourrirait l’inflation. C’est pourtant faux. Même le FMI, que notre groupe de la gauche n’a pas l’habitude de citer ici à cette tribune, démontre le contraire. C’est la spéculation et l’appétit des actionnaires qui font gonfler artificiellement les prix, pas les salaires des travailleurs. Et que faites-vous face à cela? Alors oui, il y a bien une microtaxe sur les superprofits, et des promesses – jamais tenues – de blocage des prix. Vos choix ont des conséquences: tout ce que vous ne prenez pas aux plus riches ou aux multinationales, vous le prendrez aux plus pauvres, qui en paieront le prix, qui en paient même déjà le prix, avec les hausses de TVA et l’abandon des services publics. Comme si cela ne suffisait pas, la Banque centrale européenne est en roue libre: elle augmente, en parallèle, brutalement ses taux directeurs, au risque de provoquer une récession généralisée et une explosion du chômage en Europe. Il y avait pourtant des solutions évidentes, qui ont été systématiquement balayées d’un revers de la main par vous, Monsieur Gentiloni, et par l’ensemble de la Commission européenne. De contrôle ciblé des prix il ne sera pas fait mention: ne touchons surtout pas aux tabous libéraux! Taxer plus fortement le patrimoine des plus riches pour redistribuer? Une hérésie, que d’en discuter! Toutes ces mesures seraient pourtant bien plus efficaces que n’importe quelle augmentation des taux directeurs, et bien plus durables que n’importe quelle prime ou n’importe quel chèque énergie. De la même manière, soustraire certains biens publics de l’emprise du marché, là aussi: chut! Surtout, n’en parlons pas. Au lieu de cela, la Commission et ses alliés libéraux organisent le grand retour de l’austérité. Plutôt que de taxer les riches, vous préférez purger les services publics, démanteler méthodiquement la protection sociale et attaquer les systèmes de retraite, comme Emmanuel Macron en France. Alors, pour conclure, chers collègues, dans ce temple du consensus qu’est le Parlement européen, il est de bon ton de noyer les divergences politiques dans la culture du compromis. Néanmoins, je le dis à toutes celles et à tous ceux qui portent une responsabilité dans le désastre en cours, y compris à certains groupes politiques ici ainsi qu’à vous, Monsieur le Commissaire Gentiloni: cessez de vous cacher derrière vos poncifs libéraux éculés pour justifier votre guerre contre les plus pauvres, parce que, derrière les chiffres, des vies sont en jeu. Ne soyez pas les experts-comptables du malheur des peuples.
Soupçons de corruption de la part du Qatar et nécessité, plus largement, de transparence et de responsabilité au sein des institutions européennes (débat) (débat)
Monsieur le Président, je pensais pouvoir poser la question à Valérie Hayer, qui la refuse. Je vais donc poser ma question, et elle va rester avec un point d’interrogation; j’espère qu’elle aura la capacité de lever ledit point d’interrogation. En plus, je voulais dire que je partageais son indignation contre ce plus gros scandale de corruption, qui est sans précédent, mais j’avais deux questions. La première, c’est comment expliquer qu’Emmanuel Macron ait déclaré dans ce contexte, il y a à peine quelques semaines, que cette Coupe du monde témoignait de changements concrets à l’œuvre, et que le Qatar s’était engagé dans cette voie, devait continuer et pouvait compter sur notre soutien? C’était le texte exact d’un de ses tweets. Deuxième question: comment, dans ce contexte, accepter qu’Emmanuel Macron se rende au Qatar, ne boycotte pas et soutienne de cette manière-là un gouvernement qui est en train de corrompre notre institution? Je regrette de ne pas avoir de réponse.
Madame la Présidente, je ne vais pas être longue, on a eu l’occasion d’aborder ici le cœur du sujet qui nous préoccupe. Je pense qu’il serait étrange, dans cette dernière session plénière de l’année, juste après que ce scandale a éclaté, que nous ne tenions pas un débat dans lequel chacune et chacun des parlementaires ici, choqué et certainement en colère, puisse s’exprimer. L’objectif est d’avoir l’occasion d’un débat entre nous, apaisé peut-être, mais en tout cas qui permette d’en tirer des conclusions certaines sur la suite à donner pour nos institutions européennes, parce que, en effet, les choses ne pourront plus continuer de la même manière. Je précise que nous proposons, d’une part, un débat et, d’autre part, un vote séparé pour avoir aussi une résolution. Chers collègues, je crois que nous ne pouvons pas nous cacher derrière notre petit doigt et que, collectivement, nous devons en tirer des conclusions politiques – je parlais d’une autorité éthique indépendante, par exemple, pour rappeler à la Commission son engagement, qu’elle a mis sous le tapis – et trouver ensemble la marche à suivre après ce scandale pour que tous les groupes de lobbys, les autorités extérieures et les pays extérieurs ne viennent plus au Parlement européen acheter nos votes, comme si c’était un supermarché.
Madame la Présidente, chers collègues, je pense qu’on peut le dire très clairement: notre Parlement européen est sans doute pris dans le plus grave scandale de corruption de son histoire. Le Qatar a acheté des voix de cette assemblée pour couvrir l’exploitation à mort de travailleurs migrants sur les chantiers de la Coupe du monde. On l’a dit, les faits sont choquants: plus d’un million d’euros déjà saisis au domicile des suspects, et la vice-présidente du Parlement sous les barreaux. C’est évidemment l’intégrité de nos institutions qui est atteinte, mais j’ai envie, ici, depuis le Parlement européen, de faire passer un message très clair au Qatar: on n’achète pas des députés comme on achète des clubs de foot. C’est choquant, évidemment, mais je dois vous dire, chers collègues, que je ne suis pas vraiment surprise, tant l’ingérence du Qatar était palpable. Il faut le dire: depuis plus d’un an, notre groupe demandait à ce qu’un débat et une résolution se tiennent sur les violations des droits de l’homme lors de la Coupe du monde au Qatar, mais certains groupes s’y sont systématiquement opposés. Quand nous sommes finalement parvenus à l’obtenir, j’ai pu voir, pour avoir participé aux négociations au nom de notre groupe, comment certains groupes ont profité des huis clos des négociations pour euphémiser les critiques à l’égard du Qatar, l’ériger en nouveau champion des droits des travailleurs – permettez-nous d’en douter – et défendre à tout prix les intérêts du Qatar, jusqu’à venir insérer des choses qui n’avaient absolument rien à voir avec la résolution dont il était question. Bien sûr, l’enquête touche actuellement un groupe politique, le groupe socialiste, mais l’argent n’a pas d’odeur, et la corruption, elle, n’a pas de parti. On le sait d’autant plus en France, avec l’ancien président de droite Nicolas Sarkozy, qui est visé par une enquête pour corruption par le Qatar. Je voudrais aussi parler ici des éloges ostentatoires et répétés du commissaire Margaritis Schinas envers le Qatar, qui peuvent interroger. Chaque institution doit balayer devant sa porte. Ceci est la face émergée de l’iceberg. Bien entendu que la vice-présidente du Parlement européen doit démissionner. Mais dans quel monde vit-on, pour nous demander sa démission? Dans quel monde vit-elle, pour ne pas elle-même démissionner de son propre chef? Deuxième chose: je pense, chers collègues, qu’il faudra très clairement une commission d’enquête de notre Parlement pour analyser la perméabilité des institutions européennes à la corruption et aux conflits d’intérêts. Enfin, pour prévenir ce type d’enjeu et ce type de problème à l’avenir, clairement, il faudra remettre sur la table des choses qui ont été enterrées par la Commission européenne, comme une autorité éthique indépendante, pour faire une bonne fois pour toutes le ménage dans nos institutions européennes. Chers collègues, pour conclure, notre condamnation et notre réaction doivent être unanimes. Crions-le haut et fort ici depuis le Parlement européen: notre démocratie n’est pas à vendre.
Madame la Présidente, je voudrais juste rappeler à nos chers amis de l’extrême droite la raison pour laquelle cet événement a été organisé. C’était une action pacifique qui visait à rappeler une seule chose claire et nette: le droit à l’avortement restera le droit que défendra sans relâche notre institution. Et c’était le sens de notre présence. Je voudrais juste rappeler les mots de Simone Veil, qui disait: «Vous devrez rester vigilantes votre vie durant», «il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que le droit à l’avortement et les droits des femmes soient remis en cause». Alors sachez, collègues, que vous nous trouverez toujours sur votre chemin quand il s’agira de remettre en cause le droit des femmes.
Nécessité d'une solution européenne en matière d'asile et de migration, y compris en matière de recherche et de sauvetage (débat)
Monsieur le Président, «Qu’il retourne en Afrique», au singulier comme au pluriel, que l’on s’adresse à un député ou aux exilés, le problème reste le même. Cette phrase, elle a fait polémique en France, mais ce qui se dit ici plus poliment au Parlement européen ne vaut pas mieux. Qui aurait osé dire aux réfugiés de Boutcha fuyant les crimes de guerre de Poutine qu’ils retournent en Ukraine? Dans cet hémicycle, j’ai pourtant entendu parler, à l’instant encore, d’invasion pour évoquer le drame humanitaire de l’Ocean Viking. Des mots que je n’ai heureusement pas entendus au moment de l’arrivée de millions d’Ukrainiens que nous devions accueillir. Mais de quoi parle-t-on en réalité avec l’Ocean Viking? De l’accueil de 234 êtres humains pris au piège pendant trois semaines dans des conditions catastrophiques, 234 naufragés dont la vie était en péril et qui ont été présentés comme une menace vitale pour notre Union européenne qui compte 450 millions d’habitants. Alors je voulais vous lire les témoignages de ceux que l’extrême droite nous présente comme des envahisseurs sanguinaires: «Notre embarcation a chaviré, neuf personnes sont mortes devant nous. Ma fille se réveille encore la nuit, effrayée. Nous essayons de l’aider à oublier». Un autre témoignage: «Nous sommes des êtres vivants qui voulons être libres. Il y a des gens qui sont malades, des femmes, des enfants. Nous sommes dans l’eau. Fini! Fini! Aidez-nous, s’il vous plaît, aidez-nous. Nous sommes en train de mourir. Nous sommes dans la mer. Dedans. Dedans. Il fait froid». Alors, l’extrême droite et Monsieur Bardella, j’ai envie de vous poser une question: qu’auriez-vous fait? Auriez-vous fermé les yeux? Les auriez-vous laisser périr en mer? Je voulais aussi vous partager les récits glaçants des sauveteurs qui les ont secourus: les naufragés montrent des signes d’épuisement, de déshydratation et souffrent de multiples brûlures dues au carburant. Certains présentent des traces évidentes de tortures et de violences subies en Libye. L’accueil des naufragés de l’Ocean Viking aurait pu être notre fierté collective. Leur abandon pendant trois semaines au gré de jeux diplomatiques sordides restera notre honte, tout comme notre incapacité à sauver les 25 000 personnes disparues en mer depuis 2014. Alors cessons de céder aux intimidations de l’extrême droite. Faisons un choix simple, durable, évident: accueillons.
Séance solennelle - Cérémonie pour le 70e anniversaire du Parlement européen
Madame la Présidente, Madame la Présidente de la Commission, Mesdames et Messieurs les Premiers ministres, nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire de la création du Parlement européen. Mais son histoire, on l’a vu aujourd’hui, démontre tout le chemin qu’il reste encore à parcourir afin de mettre réellement de la démocratie dans les institutions européennes. Je viens d’écouter mon collègue M. Legutko et manifestement il y a encore un long chemin à parcourir parce que j’ai envie de l’inviter à quitter cet hémicycle si lui-même n’a pas envie de participer à l’élaboration des directives européennes. Un élément symptomatique de cela également: vous ne le savez peut-être pas, chers collègues, mais initialement, ces allocutions des Premiers ministres étaient prévues sans prise de parole des présidents de groupe. Et c’est uniquement à la demande de notre groupe que l’on a procédé à ce débat qui est certes très limité. Je pense que beaucoup dans cet hémicycle auraient aimé un échange plus approfondi. C’est donc une invitation à venir continuer le débat à nos côtés. Mais si l’on reprend l’histoire du Parlement européen, déjà la naissance du Parlement s’appuie sur un choix initial qui est lourd de sens: le refus de faire élire au suffrage universel les parlementaires européens. Rendez-vous compte qu’il a fallu attendre vingt-sept ans pour que les premiers eurodéputés soient directement choisis par les citoyens. Vingt-sept ans pour obtenir ce qui relève pourtant de l’évidence démocratique la plus absolue. Alors j’ai envie de demander aujourd’hui: combien de décennies faudra-t-il attendre avant que nous, eurodéputés, ayons enfin le droit d’initier des propositions de loi? Combien de décennies avant que notre Parlement ait un pouvoir décisionnel sur l’ensemble des textes de loi adoptés par l’Union et puisse ainsi peut-être agir davantage contre l’évasion fiscale et notamment un de ces pays moteurs de l’évasion fiscale en Europe, le bien nommé Luxembourg? Combien de décennies encore avant que les deals politiques européens ne se fassent plus entre portes closes et que les chefs de gouvernement assument leurs choix politiques? Combien de décennies avant que les référendums d’initiative citoyenne soient contraignants et que la Commission soit obligée d’y donner suite? L’Union européenne est la seule démocratie au monde où trop souvent les lobbies font plus la loi que les représentants du peuple et les citoyens eux-mêmes. Cela n’est plus possible. Alors, je vous ai entendus, Madame la Première ministre française, Madame Borne, et vous, Monsieur De Croo et Monsieur Bettel, nous expliquer que la démocratie européenne devait et allait être renforcée. Mais comment osez-vous, Madame Borne, venir parler de démocratie au lendemain de votre cinquième 49.3? Cette aberration bien étrange pour nos collègues européens qui permet au gouvernement de passer en force et de faire adopter des textes malgré l’opposition du Parlement. Je le dis, il n’y aura pas de 49.3 au Parlement européen. Et comment osez-vous vous présenter, ici à Strasbourg, comme une grande démocrate, quand vous n’avez de cesse à Paris de bâillonner le Parlement français? La question démocratique est pourtant au cœur des attentes des citoyens européens. Les conclusions de la Conférence sur l’avenir de l’Europe étaient d’ailleurs très claires à ce sujet. Les citoyens ne veulent pas d’une Europe-marché qui ne fonctionne que sur la concurrence, le libre-échange ou les intérêts des plus riches. Alors, plutôt que de commémorer un passé fantasmé, les dirigeants européens devraient enfin s’atteler à cette refonte totale des traités qui est attendue par tant d’entre nous, ici, dans cet hémicycle et à l’extérieur.
Équilibre hommes-femmes parmi les administrateurs non exécutifs des sociétés cotées en bourse (débat)
Madame la Présidente, l’adoption de la directive sur la représentation des femmes au conseil d’administration des entreprises est une bonne nouvelle, mais elle en dit long sur l’inaction européenne pour l’égalité femmes-hommes. On le sait tous dans cet hémicycle, il aura fallu dix ans pour adopter ce texte, et encore, au rabais. Surtout, cette directive n’est pas celle de l’égalité femmes-hommes, mais celle de l’égalité des patronnes et des patrons. À écouter Bruxelles, on croirait que le patriarcat est tombé. J’aimerais bien, mais en réalité, rien n’est fait encore pour les caissières, les femmes de ménage et les soignantes. Rien n’est fait pour les femmes qui représentent 60 % des travailleurs payés au salaire minimum. Rien n’est fait pour les femmes dont les revenus moyens sont 36 % inférieurs à ceux des hommes. Nous avons ramé dix ans pour un peu plus de parité dans les salons du CAC 40. Alors, à l’heure où la grande majorité des femmes est sous-payée, où une femme sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles et une femme sur vingt a été violée en Europe, je n’ose compter les siècles qui nous séparent encore de l’égalité salariale et de la fin des violences sexistes et sexuelles. Vive l’égalité! Oui, mais l’égalité pour toutes et à tous les niveaux. Et là-dessus, il y a encore du boulot.