11
Févr
2025
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Préparation à une nouvelle ère d'échanges: coopération multilatérale ou droits de douane (débat)
Madame la Présidente, Donald Trump multiplie les attaques, les menaces et les outrances. Et l'Union européenne, qu'est-ce qu'elle fait? Elle regarde ses chaussures, ses pompes. Pire, elle se soumet. Retrait de l'OMS, suppression de l'aide humanitaire, sortie de l'accord de Paris, du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, sanctions contre la Cour pénale internationale et même l'abjecte menace de transformer la bande de Gaza en un gigantesque complexe touristique: voilà un aperçu du funeste bilan de Donald Trump et de ses sbires milliardaires en l'espace de quelques jours à la Maison-Blanche. Face à cette politique du pire, quelle réaction de l'Union européenne? Rien. Ah si, j'ai bien trouvé un communiqué qui dit qu'il faudrait approfondir nos relations transatlantiques. Trump veut nous dépouiller et c'est tout juste si vous ne tendez pas l'autre joue, Monsieur le Commissaire, histoire de rester dans le giron des États-Unis, même quand son dirigeant d'extrême droite foule aux pieds tous les principes du droit international et met une cible dans le dos des immigrés et des minorités LGBT. Cet alignement inconditionnel sur les États-Unis est une voie sans issue qui précipite l'Europe vers sa propre ruine. Ironiquement, ceux qui se nomment les Patriotes – pas très nombreux, d'ailleurs, ce matin – au sein de ce Parlement, l'extrême droite, sont aussi les plus prompts à idolâtrer Elon Musk et à marcher la tête baissée dans les pas de Trump. Alors, je vous le demande: combien de provocations supplémentaires faudra-t-il pour que les dirigeants européens cessent de lui obéir, le doigt sur la couture du pantalon, paralysés par la perspective d'une guerre commerciale? Oui, l'administration Trump ne cesse d'agiter l'épouvantail des droits de douane sur les produits européens. Et nous, nous devrions avoir peur, alors que notre économie pèse le même poids et que nous disposons d'outils pour nous défendre et riposter? Arrêtez d'être tétanisé, Monsieur Šefčovič. À ceux qui nous accuseront d'alimenter la guerre économique par des mesures protectionnistes, ne soyez pas dupes, parce qu'elle existe déjà depuis bien longtemps et que les dirigeants européens nous en rendent les dindons de la farce et sont en train de nous la faire perdre. Cette guerre, c'est celle menée par le capitalisme qui met en concurrence les peuples et détruit la planète. Mais plutôt que de tirer les leçons de ses échecs, l'Union européenne continue de donner les pleins pouvoirs aux multinationales. Et eurêka! Elle se dit: «Tiens, allons signer encore plus d'accords de libre-échange», ou même les nouveaux mantras de l'Union européenne, «dérégulation» et «simplification» d'une Union européenne qui en réalité perd sa boussole, au point de détruire les seuls progrès sociaux arrachés ces dernières années, à commencer par le devoir de vigilance des multinationales. Alors oui, Monsieur Šefčovič, l'Europe doit reprendre en main son destin et réduire ses dépendances vis-à-vis des États-Unis, du reste du monde. Comment se fait-il que nous devrions importer depuis l'autre bout de la planète des médicaments ou des panneaux solaires qu'on sait pourtant produire ici? À l'heure où l'Union européenne multiplie ces nouveaux accords, il est temps d'en finir avec le libre-échange. Il est temps de changer radicalement les règles pour produire à l'échelle de notre continent ce dont nous avons besoin, retrouver notre souveraineté sur l'énergie, l'industrie, l'agriculture et l'alimentation via un véritable protectionnisme solidaire. Voilà le chemin que doit emprunter l'Europe pour faire face aux périls qui nous guettent. Sans cela, nous courons à notre propre perte.