7
Oct
2025
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C'est l'Europe - Débat avec Luc Frieden, Premier ministre du Luxembourg (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre du Luxembourg, vous êtes à la tête d'un braquage en bande organisée. Oui, un braquage, car comment nommer autrement un État membre qui orchestre l'évasion fiscale européenne et dont le modèle pille littéralement les recettes fiscales des autres pays? D'après l'Observatoire européen de la fiscalité, 1 000 milliards de dollars de profits sont délocalisés chaque année dans les paradis fiscaux. En entendant ces mots, on imaginerait sans doute que je parle des îles Caïmans ou d'autres îles lointaines et paradisiaques, mais non: la moitié de ces profits partent dans des paradis fiscaux européens. Et parmi eux, votre pays, le Luxembourg, le Grand-Duché, au service des grandes fortunes. Vous étiez d'ailleurs, Monsieur le Premier ministre, ministre du budget puis des finances pendant la période visée par le scandale d'évasion fiscale des LuxLeaks. Vous êtes donc directement complice. Mais vous n'avez jamais payé pour cela. Au contraire, après ce scandale, vous avez été nommé président de la Deutsche Bank du Luxembourg. Le monde de la finance vous était redevable. Et je vous entends déjà répondre que tout cela appartient au passé, que le Luxembourg a changé. Mais c'est faux. Les OpenLux de 2021 ont montré que 90 % des actifs des sociétés luxembourgeoises étaient logés dans des entités sans activité économique réelle et que neuf PDG sur dix étaient étrangers. Bravo pour cet internationalisme, Monsieur le Premier ministre. Mais j'ai quand même une question pour vous: est-ce pour la douceur de vivre du Grand-Duché ou pour les modèles d'évasion fiscale? Vos voisins paient directement le prix de ces modèles. L'évasion fiscale intra-européenne fait perdre, aujourd'hui encore, 20 % des recettes de l'impôt sur les sociétés en Europe. Et cette course au moins-disant fiscal a transformé tous nos pays européens en quasi-paradis fiscaux. Souvenons-nous-en: en 1975, la Commission proposait d'encadrer l'impôt sur les sociétés entre 45 et 55 %. Cela paraît bien loin aujourd'hui, alors que nous devrions nous féliciter d'un taux minimum à 15 %. Tout cela n'est évidemment pas sans conséquence. Quand les multinationales ne règlent pas leur juste part d'impôts, c'est évidemment aux citoyens européens que l'on fait payer l'addition. Alors, plutôt que de faire la poche des Européens, je propose que l'on aille chercher l'argent là où il est: chez les évadés fiscaux. Nous devons le faire en mettant fin à l'unanimité en matière fiscale pour vous retirer votre droit de veto, à vous et à vos complices dirigeants des autres paradis fiscaux européens; en appelant un chat un chat et en listant enfin les paradis fiscaux, dont le Luxembourg; en taxant les milliardaires avec la taxe Zucman en Europe. Car, comme dans tout braquage, Monsieur Frieden, notre devoir est de mettre fin à la cavale de ses auteurs et de leur faire restituer le butin.