Accord de libre-échange entre l'Union européenne et la Nouvelle-Zélande (débat)
On aime le débat parlementaire, donc je remercie pour cette réponse, mais je reste quand même sur ma faim. Je prends un exemple concret: un producteur de lait en France qui aujourd’hui vend 450 ou 500 euros ses 1 000 litres de lait, et qui n’arrive pas à en survivre. Il va voir arriver du lait qui vient de Nouvelle-Zélande, qui a fait le tour de la planète (donc déjà ça n’a aucun sens écologique) qui en plus est produit avec des pesticides interdits en Europe, comme l’atrazine. Et qu’allez-vous lui dire quand il verra que du lait qui vient de l’autre bout de la planète est vendu moins cher alors que lui-même n’arrive pas à en vivre? Et au consommateur? «Désolé, le lait néozélandais est moins cher, mais achetez celui-là, il est meilleur pour la planète»?. Vous voyez que ça n’a aucun sens écologique, ni aucun sens social. Alors oui, le commerce, c’est bien lorsqu’on ne peut pas produire chez nous, mais concernant le lait, il se trouve qu’on a déjà des tas de producteurs qui n’arrivent pas à en vivre.
Accord de libre-échange entre l'Union européenne et la Nouvelle-Zélande (débat)
. Madame Vedrenne, j’ai vu que vous avez défendu avec beaucoup d’ardeur ce nouvel accord de libre-échange. J’ai une question pour vous. Qui a dit, en 2020: «Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie, au fond, à d’autres, est une folie». C’est évidemment Emmanuel Macron. Et donc, qu’allez-vous dire aux producteurs de lait français et européens qui n’arrivent déjà pas à vivre de leur production, à écouler leurs stocks, à se nourrir eux-mêmes? Qu’allez-vous leur dire quand ils vont faire face à une concurrence déloyale venant du lait néozélandais, sachant que la Nouvelle-Zélande est le premier exportateur de lait au monde?
Madame la Présidente, alors que les bombes israéliennes pleuvent sans relâche sur les populations civiles de Gaza, notre Parlement débattra pour la première fois cette semaine d’un cessez-le-feu. Je salue que le concept de cessez-le-feu ne soit enfin plus tabou dans notre hémicycle, car nous étions bien seuls jusque-là, avec mon groupe de La Gauche, à porter ce mot d’ordre. Mes chers collègues, cela ne suffit pas. En parler est une chose, l’écrire dans une résolution est une autre chose. Imaginez l’impact diplomatique d’un appel officiel de notre Parlement européen à un cessez-le-feu. Imaginez la force de ce message pour les familles des 12 000 victimes, pour les plus de deux millions de Palestiniens qui risquent de perdre leur vie à tout instant. Je me souviens qu’à chaque étape de l’agression militaire ignoble de la Russie contre l’Ukraine, notre Parlement n’a pas hésité, à raison, une seconde à se prononcer à travers le vote de résolution. Comment expliquer alors aujourd’hui que nous resterions silencieux face à ce massacre en cours? Ce «deux poids, deux mesures» vis-à-vis du peuple palestinien serait injustifiable et impardonnable. Raison pour laquelle je vous demande d’ajouter au débat de mercredi le vote d’une résolution pour un appel clair: celui du cessez-le-feu.
Conclusions du Conseil européen des 26 et 27 octobre 2023 - Crise humanitaire à Gaza et nécessité d'une trêve humanitaire (discussion commune - Conclusions du Conseil européen et la crise humanitaire à Gaza et la nécessité d'une trêve humanitaire)
Monsieur le Président, chers collègues, il faut nommer les choses. Ce qui se passe à Gaza est un massacre délibéré et organisé. Dix mille Palestiniens ont déjà été assassinés par les bombardements indiscriminés d’Israël et, je ne sais pas si on s’en rend bien compte, des enfants sont amputés à vif, sans anesthésie. Cent soixante enfants meurent chaque jour, un toutes les dix minutes. Gaza est devenu un cimetière sans sépulture où les femmes marquent le nom de leurs enfants sur la peau de leurs enfants pour qu’on puisse les identifier s’ils se faisaient tuer par les bombardements d’Israël. Benjamin Netanyahou ne compte pas mettre un terme à ce carnage. Il compte l’amplifier. Un de ses ministres a même proposé d’utiliser une bombe nucléaire pour rayer Gaza de la carte. Ce n’est pas de l’autodéfense, chers collègues, c’est de la vengeance. Pendant ce temps, la colonisation illégale s’intensifie encore et toujours plus en Cisjordanie, poussant, chassant les Palestiniens de leurs terres. Tout cela ne fait qu’ajouter à la spirale de violence et ne garantira en rien le droit à la sécurité des Israéliens. Il faut arrêter cette folie. Et quand je vois la réponse de l’Union européenne, Madame von der Leyen, je dois dire que j’ai honte. Honte que vous ayez ignoré l’alerte de l’Organisation des Nations unies sur les crimes de guerre israéliens et le risque de nettoyage ethnique et de crimes de génocide. Honte que vous ayez refusé d’appeler à l’arrêt immédiat des combats. Honte que vous vous aligniez honteusement sur les États-Unis et passiez à côté de votre responsabilité historique en faveur de la paix. Honte, simplement honte, avec gravité, que vous vous rendiez complice de ces atrocités. On ne peut répondre aux horreurs commises par le Hamas par le massacre d’un peuple. Il faut appeler à un cessez-le-feu immédiat. Tout doit être fait pour obtenir la libération des otages, la levée du blocus, la fin de la colonisation et la relance de la solution à deux États. Le moment que nous vivons est crucial. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Les jours de 2,5 millions de personnes prises au piège sont comptés. L’histoire nous regarde et elle ne nous pardonnera pas de les abandonner.
Urgence de prendre des mesures immédiates contre la montée de l'antisémitisme (déclaration de la Présidente)
Monsieur le Président, chers collègues, il est essentiel que nous ayons aujourd’hui ce moment collectif pour rappeler notre engagement le plus résolu contre l’antisémitisme. L’Europe a une histoire et une responsabilité particulière en la matière, car c’est sur notre continent que l’antisémitisme a mené au pire, avec la Shoah. C’est dans nos pays que les Juifs ont été ciblés, pourchassés et assassinés par millions. Et je voudrais aujourd’hui qu’on ne l’oublie pas. L’antisémitisme est le ciment aux fondations de l’extrême droite européenne qui accueille toujours, en ses rangs, des négationnistes. Je refuse qu’on laisse croire qu’elle protège aujourd’hui les Juifs. C’est une insulte au passé et un mensonge au présent. Alors oui, nous participerons ici, au Parlement européen, et à l’extérieur à toutes les initiatives contre l’antisémitisme si elles n’incluent pas ceux qui l’ont théorisé, alimenté et diffusé: l’extrême droite. L’antisémitisme est un mal profond qui s’inscrit dans une histoire millénaire. C’est un poison qui infecte toujours nos sociétés et contre lequel nous devons lutter sans relâche et ne jamais baisser la garde. Plus de mille actes antisémites recensés en France en à peine un mois, deux mille en Allemagne, une tendance similaire partout en Europe. La critique légitime et nécessaire de la politique du gouvernement d’extrême droite israélien ne doit jamais être confondue avec l’essentialisation des personnes de confession ou de culture juive. Comme la condamnation des atrocités commises par le Hamas ne doit jamais être confondue avec l’essentialisation des personnes de confession ou de culture musulmane. L’antisémitisme, le racisme, la haine de l’autre n’ont pas leur place dans nos démocraties. Toute intimidation, toute insulte, toute violence contre une personne en raison de sa religion est inacceptable. Rien ne peut les justifier. Jamais. Je voudrais adresser ici, au nom de mon groupe de la gauche au Parlement européen, ma solidarité et mon soutien à toutes les victimes d’actes antisémites. Je souhaite aussi exprimer un engagement clair envers l’ensemble des personnes de confession et de culture juive qui, je le sais pour beaucoup, sont inquiètes aujourd’hui. Je veux leur dire, je veux vous dire que vous serez toujours sous la protection de l’Union européenne et je veux vous dire que je serai, que nous serons toujours à vos côtés.
Madame la Présidente, chers collègues, le monde entier nous regarde et attend que l’Union européenne prenne une position forte, à la hauteur de la catastrophe humanitaire en cours à Gaza. Déjà dix mille Palestiniens sont morts sous les bombes israéliennes, dont quatre mille enfants. Nous devons tout faire pour arrêter ce massacre. Mais parler de pause humanitaire, au singulier comme au pluriel, ne veut absolument rien dire en pratique. La guerre, chers collègues, n’est pas un jeu d’enfant, ni même une partie de chat perché où on dirait «pouce», l’espace de quelques heures, avant que les bombes ne pleuvent de nouveau sur les civils palestiniens. Le mot clé aujourd’hui, qui peut sauver des milliers de vies innocentes à Gaza, c’est le cessez-le-feu immédiat. C’est l’appel incessant des ONG, c’est l’appel incessant du Secrétaire général des Nations unies auquel a fait de nouveau écho Cate Blanchett. Raison pour laquelle nous demandons ce débat avec une résolution sur la catastrophe humanitaire à Gaza et la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat. Et permettez-moi, Madame la Présidente, d’insister pour qu’il y ait un vote. Je pense que notre Parlement doit pouvoir se positionner et que nous ayons un vote sur chacune des propositions qui a été faite par nos groupes politiques.
Les attaques terroristes abjectes du Hamas contre Israël, le droit d'Israël à se défendre conformément au droit humanitaire et international et la situation humanitaire à Gaza (RC-B9-0436/2023, B9-0436/2023, B9-0438/2023, B9-0442/2023, B9-0444/2023, B9-0445/2023, B9-0447/2023, B9-0448/2023) (vote)
Madame la Présidente, c’est le texte d’origine: «demande instamment au haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, à la Commission et au Conseil de se joindre au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, pour faire appliquer» – c’est là la modification – «un cessez—le—feu humanitaire immédiat et ouvrir un accès sans restriction à l’aide humanitaire». Le reste demeure inchangé, Madame la Présidente.
Les attaques terroristes abjectes du Hamas contre Israël, le droit d'Israël à se défendre conformément au droit humanitaire et international et la situation humanitaire à Gaza (RC-B9-0436/2023, B9-0436/2023, B9-0438/2023, B9-0442/2023, B9-0444/2023, B9-0445/2023, B9-0447/2023, B9-0448/2023) (vote)
Madame la Présidente, cet amendement vise à mettre des mots sur ce qui est nécessaire. Nous avons, bien entendu, besoin d’une pause humanitaire, comme j’ai cru comprendre que le groupe Renew allait le demander. Mais cela doit passer expressément par un cessez—le—feu, qui est codifié en droit international par les Conventions de Genève. Le conflit fait rage, des milliers de civils sont pris pour cible, et notre Parlement européen se doit d’avoir une parole sérieuse et de reprendre les termes exacts d’António Guterres, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, qui a proposé un «cessez—le—feu humanitaire immédiat». Dès lors, comme les Nations unies, comme les ONG que sont Médecins sans frontières, Amnesty international et Human Rights Watch, nous demandons un cessez—le—feu humanitaire immédiat. Cela veut dire l’arrêt de toute opération militaire, pour porter secours aux populations civiles. Des millions de personnes, chers collègues, attendent la fin des opérations militaires et la fin du conflit. Soyons à la hauteur et votons en faveur de ce cessez—le—feu humanitaire immédiat.
L'attaque terroriste islamiste contre les écoles françaises et la nécessité de protéger les personnes et de promouvoir la cohésion sociale (débat)
Monsieur le Président, il y a à peine quelques jours, Dominique Bernard, un enseignant en lettres, a été froidement tué à coups de couteau, alors qu’il tentait de protéger ses élèves à Arras. Deux autres personnes ont été blessées. Quelques jours plus tard à peine, deux supporters suédois ont été abattus en pleine rue à Bruxelles. Le terrorisme islamiste nous a encore frappés dans notre chair, trois ans à peine après l’assassinat de Samuel Paty. Nous sommes tous plongés dans l’effroi, et mes premières pensées vont aux victimes de cette atrocité innommable. Je veux aussi dire ma solidarité avec la communauté éducative. Je pense à tous les enseignants qui se sont retrouvés, lundi matin, tétanisés devant leurs élèves. Car, à travers Dominique Bernard, c’est à l’école, symbole de l’émancipation, que le terroriste s’en est pris. C’est cela que les djihadistes ont voulu cibler: l’école comme rempart à l’obscurantisme et lieu d’apprentissage de la liberté. Alors, je veux dire à tous les professeurs de notre pays qu’ils font le plus beau métier du monde et qu’ils sont notre meilleure arme contre le fanatisme. Victor Hugo ne disait-il pas qu’à chaque fois qu’on ouvre une école on ferme une prison? Dans ce moment d’émotion et de recueillement, nous ne devons pas céder à la tentation du repli et de la haine, car c’est exactement ce que cherchent les terroristes, avec ces attaques. Ils veulent nous diviser, ils veulent nous opposer, ils veulent nous éloigner. Nous sommes mis à l’épreuve, mais c’est précisément dans ces moments que nous devons tenir bon et faire corps, ensemble. Alors, face à la barbarie et à la cruauté, opposons-leur notre plus inébranlable humanité.
Les attaques terroristes abjectes du Hamas contre Israël, le droit d'Israël à se défendre conformément au droit humanitaire et international et la situation humanitaire à Gaza (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, hier soir, Gaza a vu l’innommable: un hôpital a été frappé et détruit. Derrière ses murs, des enfants, des blessés et des soignants. Un hôpital… Là où la vie est censée être sauvée, des centaines de personnes l’ont perdue. C’est un carnage. Pendant que nous parlons, plus de 3 000 Palestiniens sont déjà morts, dont un tiers sont des enfants. Il faut nommer les choses: ce sont des crimes de guerre. Pendant que nous parlons, 2,5 millions de Palestiniens se retrouvent pris au piège sous les bombes et le siège israéliens, 2,5 millions de personnes au pronostic vital engagé. Face à cette catastrophe humanitaire, chaque minute compte. Une spirale de violence sans limite s’est enclenchée depuis les actes barbares du Hamas. Dans ce contexte, Madame von der Leyen – je regrette, d’ailleurs, que vous n’ayez pas eu la décence d’attendre la fin du premier tour des présidents de groupes –, vous avez une responsabilité, une seule: porter le flambeau de la paix et proclamer, haut et fort, que chaque vie compte. Mais vous ne l’avez pas fait. Pire: lors de votre déplacement en Israël, vous avez usurpé la voix de l’Union européenne en apportant un soutien inconditionnel à la Réplique meurtrière d’Israël. Je vous le redis, Madame von der Leyen, le droit légitime à la défense n’est pas le droit à la vengeance. On ne répond pas à des crimes de guerre abjects par d’autres crimes de guerre. On ne punit pas collectivement un peuple pour des crimes qu’il n’a pas commis. Les civils ne sont pas de la chair à canon. Madame von der Leyen, comment avez-vous osé donner un blanc-seing total à Netanyahou, sans un seul mot pour les civils palestiniens, sans un seul mot en faveur d’un cessez—le—feu? Nous sommes bien sûr aux côtés du peuple israélien, frappé par les actes de terreur injustifiables du Hamas. Le 7 octobre dernier, le Hamas a semé la terreur en assassinant de sang-froid plus de un millier d’innocents et en prenant en otage 200 civils. Je réitère ici, au nom de notre groupe de la Gauche, notre condamnation la plus totale et la plus ferme de ces atrocités. Chaque victime israélienne mérite notre compassion et notre soutien face à la barbarie. Et justement, Madame von der Leyen, le combat contre la barbarie ne peut se mener que dans la justice, l’humanité et la paix. Où est la justice quand le gouvernement israélien bombarde aveuglément 2,5 millions de civils à Gaza? Où est l’humanité quand il les prive d’eau, d’électricité, de nourriture et de soins? Où est la paix quand il les traite d’animaux humains et oblige un million d’entre eux à fuir sans même savoir où aller? Depuis des décennies, l’oppression du peuple palestinien, son humiliation et sa colonisation ont été couvertes par le silence complice des pays occidentaux. Gaza était déjà une prison à ciel ouvert. Aujourd’hui, c’est un enfer sur terre et, si rien n’est fait, Gaza sera bientôt un cimetière. Madame von der Leyen, alors qu’un embrasement régional menace, vous devez affirmer aujourd’hui – comme l’a réitéré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, ce matin encore – le seul objectif qui vaille: un cessez-le-feu. Nous demandons la libération immédiate des otages et l’ouverture de couloirs humanitaires, et surtout pas l’arrêt de l’aide humanitaire aux Palestiniens, comme l’a proposé votre commissaire. Nous demandons que tout soit fait pour retrouver le chemin d’une paix durable, à travers la solution à deux États, défendue par notre Parlement. La paix, Madame von der Leyen, exige reconnaissance et coexistence. L’histoire nous surveille. Si nous persistons dans l’«œil pour œil», tout le monde finira aveugle.
Programme de travail de la Commission pour 2024 (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, je voudrais dire à Monsieur le Commissaire qu’il manque une priorité claire dans son programme de travail pour l’année 2024, une réalité que, sans doute, il ne connaît pas avec ses 27 000 euros de salaire mensuel: la pauvreté. Monsieur le Commissaire, la lutte contre la pauvreté et l’explosion des prix doit être l’objectif prioritaire qui devrait vous occuper, plutôt que la compétitivité à toutes les sauces. Car, aux dernières nouvelles, la compétitivité ne se mange pas. Qu’allez-vous faire pour le tiers des Européens qui ne mangent pas à leur faim, ces Européens qui ne peuvent pas faire face à l’explosion des prix? La compétitivité ne permet pas non plus de se chauffer en hiver. Qu’allez-vous faire pour cette moitié des Européens qui renoncent à augmenter le chauffage quand ils ont froid? La compétitivité ne met pas non plus de toit au-dessus des têtes. Qu’allez-vous faire pour les sans-abri en Europe, dont le nombre atteint l’équivalent de la population de Marseille? Rien dans votre plan de travail à ce sujet. Votre inaction est d’autant plus coupable que vous connaissez pertinemment l’origine de la hausse des prix, car même la BCE et le FMI le disent: ce sont les profits des grandes entreprises. Alors, sachant cela, où est l’action de l’Union européenne pour bloquer les marges et taxer les superprofits? Nulle part… Nulle part! Vous êtes trop occupé à déréguler et à alléger les supposées contraintes sur les entreprises. Où est l’action de l’Union européenne pour garantir que nos concitoyens puissent manger à leur faim, se loger, se chauffer, se soigner? Nulle part! Vous êtes trop occupé à planifier le retour de l’austérité, qui affaiblira encore plus nos écoles, nos universités, nos hôpitaux. Où est l’action de l’Union européenne pour mettre en place une industrie européenne qui protège nos emplois et soit au service de la bifurcation écologique? Nulle part! Vous êtes trop occupé à signer à tout va des accords de libre-échange pour faire venir du bœuf du Brésil ou du lait de Nouvelle-Zélande. Vous êtes trop occupé à programmer votre pause environnementale, à mettre au placard un règlement d’une importance capitale sur les substances chimiques dangereuses et à réautoriser le glyphosate. Alors en clair, Monsieur le Commissaire, vous êtes très occupé, mais bien moins préoccupé par nos vies que par les lobbys et par leurs profits. Nous continuerons de proposer un autre monde, celui dans lequel nous partageons les fruits des richesses incroyables que comporte notre continent.
Nécessité de conclure de nouveaux accords commerciaux pour la croissance durable, la compétitivité et l'autonomie stratégique de l'Union (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, je vous tire mon chapeau. Il faut une sacrée dose de culot pour placer côte à côte dans le titre du débat, les mots libre-échange, autonomie et durable. Les mots ont un sens quand même. Comment osez-vous qualifier ces accords de durables, quand on parle d'augmenter les importations de lait, de beurre, de fromage, de viande depuis, par exemple, la Nouvelle-Zélande, littéralement à l'autre bout du monde, à plus de 20 000 kilomètres d'ici? Et c'est la différence entre vous et nous. Vous voulez faire votre beurre sur les agriculteurs européens. Nous, nous voulons faire notre beurre par les agriculteurs européens et pour cela, pas besoin de nourriture globe-trotteur qui a fait trois fois le tour de la planète avant d'arriver dans notre assiette. Je veux ici formellement lancer l'alerte. Vous vous apprêtez manifestement sans beaucoup d'émotion, à signer plus de dix accords de libre-échange, la Nouvelle-Zélande, mais aussi derrière l'Australie, le Chili, le Mexique, le Mercosur, l'Inde. Ça ferait un chouette tour du monde si on excluait l'impact dramatique pour nos agriculteurs et pour la planète. Au final, le choix est simple, c'est la Terre ou les porte-conteneurs. Et s'agissant de nous, le choix est déjà fait.
Proposition de prolongation de l'autorisation du glyphosate dans l'Union européenne (débat)
Je vous ai bien écouté et vous avez dit très clairement que le chemin que nous prenons est le renouvellement du glyphosate. Mais je me souviens d’un président de la République d’un camp politique auquel vous appartenez, Emmanuel Macron, qui disait lui-même en 2017: il faut organiser dans les années qui suivent la sortie du glyphosate. Alors, je sais bien que vous êtes ici un des représentants les plus fervents des lobbys des pesticides et que vous avez même été désigné par Monsanto comme l’un de leurs meilleurs alliés. Mais, sachant que le Parkinson est une maladie très prévalente chez les agriculteurs, est-ce que vous défendez ici les intérêts des agriculteurs qui souffrent les premiers du glyphosate, ou est-ce que vous défendez les intérêts de la firme multinationale Monsanto?
Proposition de prolongation de l'autorisation du glyphosate dans l'Union européenne (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, j’ai une question assez simple pour vous. Est-ce que c’est Bayer Monsanto qui a tenu la plume pour réautoriser le glyphosate dix ans de plus? Parce que manifestement, leurs 6 millions d’euros de lobbying annuel ont été assez efficaces pour vous convaincre de continuer avec leur poison. De l’argent qui a été bien investi, puisque manifestement il a aussi entraîné le retournement de veste d’Emmanuel Macron qui refuse également d’en sortir malgré ses promesses. Vous préférez servir ainsi les intérêts d’une multinationale que ceux des 99,8 % des Européens qui ont déjà du glyphosate dans leurs urines. Vous parlez de science, mais qu’est-ce que vous faites dans ce cas-là de l’Organisation mondiale de la santé qui a classé le glyphosate comme un cancérigène probable? Le glyphosate impacte les femmes enceintes et les fœtus, abîme nos corps, contamine nos cours d’eau, pollue le sol et détruit la biodiversité. Que vous faut-il de plus pour l’interdire? En ignorant les preuves scientifiques irréfutables dissimulées par Monsanto, vous mettez en danger la santé de tous les Européens. Pour finir, je vous propose une expérience assez simple. Si le glyphosate est si inoffensif que ça, allez faire un tour dans un champ après un épandage et nous verrons bien alors si vous continuez à faire primer leurs profits sur nos vies.
Nécessité d'adopter rapidement le paquet «asile et migration» (débat)
Monsieur le président, chers collègues, j'ai écouté attentivement vos interventions et surtout de ce côté-là de l'hémicycle, je dois dire, une chose m'a frappé. Dès que vous parlez de migration, la raison laisse place à l'hallucination, voire l'hystérisation. Derrière les cauchemars de l'extrême droite sur "l'invasion migratoire" ou "l'Europe passoire", il y a pourtant une toute autre réalité. Mi-septembre, ce n'est pas une horde d'envahisseurs qui a débarqué à Lampedusa, mais douze mille hommes, femmes, enfants qui ont fui les guerres, le chaos climatique, la misère et se retrouvent aujourd'hui entassés dans des conditions indignes. Je veux le dire ici clairement, on ne monte pas dans un radeau de fortune au péril de sa vie comme on monte sur un bateau de croisière pour traverser la mer Méditerranée. Douze mille personnes, c'est 0,003 % de la population européenne. Alors l'invasion migratoire est bien une fable que l'extrême droite se raconte pour se faire peur, comme on effrayait les enfants avec le grand méchant loup. Collègues de l'extrême droite, Monsieur Zanni, Monsieur Bardella, il est temps de grandir. Le grand méchant loup n'existe pas. Expliquez-moi comment nous pouvons, nous avons pu accueillir sans problème plus de 4 millions d'Ukrainiens forcés de fuir l'agresseur russe, mais nous serions aujourd'hui incapables d'accueillir douze mille exilés supplémentaires. À moins que ce ne soit leur couleur de peau ou leur religion qui vous dérange. Monsieur le Commissaire, l'Union européenne est responsable du chaos à Lampedusa, souhaité par l'extrême droite et mis en place par la droite et les libéraux. Vous avez fermé des centres d'accueil, criminalisé des ONG de sauvetage en mer, bafoué les droits les plus élémentaires de tous les exilés. Vous avez sous-traité la gestion des frontières et de l'asile en signant des accords honteux avec des États comme la Tunisie qui abandonnent des migrants dans le désert et les laissent mourir de soif. Les politiques migratoires inhumaines et illégales confirmées dans le nouveau pacte sur la migration et l'asile créent les conditions de la tragédie humanitaire qui se répète depuis des années au sud de l'Europe. Le règlement de crise, censé être à la fois ferme et humain, entérine en réalité la violation systématique des droits fondamentaux des exilés. Toujours les mêmes recettes, toujours les mêmes erreurs, toujours plus de vies brisées. Et permettez-moi de vous dire que, même si votre objectif est de limiter les flux migratoires, votre politique n'est absolument pas efficace. Combien de morts en mer Méditerranée vous faudra-t-il encore pour que vous compreniez que votre politique et que l'approche sécuritaire ne fonctionne pas? Nous ne cesserons de le répéter, il faut une politique d'accueil qui garantit la dignité et les droits. Il faut protéger les ONG humanitaires, créer un corps civil de sauvetage en mer. En bref, il est temps de faire le seul choix qui vaille, celui de la solidarité plutôt que celui des barbelés.
Modifications du règlement intérieur du Parlement en vue de renforcer l’intégrité, l’indépendance et la responsabilité (A9-0262/2023 - Gabriele Bischoff)
Monsieur le Président, chers collègues, neuf mois après le pire scandale de corruption de son histoire, notre Parlement vote enfin pour changer ses règles éthiques. C’est l’heure du bilan et franchement, il n’y a vraiment pas de quoi se vanter. Je me souviens, quand le scandale a éclaté, il y a quelques mois, tous les députés venaient ici dans l’hémicycle pour dire, la main sur le cœur, que plus rien ne serait jamais comme avant. Et depuis le «Qatargate», une grande partie des engagements qui ont été pris, notamment grâce à notre groupe, votés dans des résolutions, ont été largement enterrés. Sur près de 40 promesses, plus ou moins, au final, moins de dix ont été tenues, parce que la droite, l’extrême droite, mais aussi les macronistes, ont enterré toutes les autres. Alors la moindre des choses quand on veut sauver la démocratie, c’est de commencer par la respecter. Je vais vous prendre qu’un seul exemple: l’interdiction des rémunérations annexes pour les élus. Ça doit être une évidence, mais combien de députés, ici dans cet hémicycle, sont grassement payés par des entreprises ou des lobbies, en plus de leur mandat. À qui rendent-ils des comptes? Aux députés, ces députés-là? Aux élus? Ou aux citoyens qui les ont élus ou aux entreprises qui les paient? Le rejet de mon amendement ce midi pour mettre fin à ces pratiques de députés-lobbies montre à quel point le fric prime encore trop souvent sur l’éthique dans ce Parlement européen. Mais vous pouvez compter sur nous pour mener la bataille.
Madame la Présidente, Madame la Présidente de la Commission, je vous ai bien écoutée, et je dois dire que j’ai été assez sidérée par votre niveau de déconnexion totale avec la réalité. Descendez de votre tour dorée! Vous dites répondre à l’appel de l’histoire, mais vous ne répondez pas à l’appel de millions de gens, d’un tiers des Européens, qui ne mangent pas à leur faim à cause de l’inflation et pour qui vous avez réussi l’exploit de ne pas avoir un seul mot aujourd’hui. Alors, puisque vous refusez d’entendre notre appel pour un plan d’urgence social financé par les plus riches et les super-profits, je vais faire un truc qui est assez peu commun au Parlement européen, c’est donner mon micro à un citoyen européen que vous n’avez pas écouté – c’est très court: [Mme Aubry lance un enregistrement audio sur son téléphone] «Chaque soir, on commence un peu à avoir faim [inaudible] et proche du repas du midi». Il s’appelle Yassine. Des gens comme lui, il y en a des millions dans l’Union européenne et c’est pour eux que vous devriez agir, Madame von der Leyen. Victor Hugo écrivait: «Vous voulez des miséreux secourus? Je veux la misère supprimée». J’ai l’impression aujourd’hui, Madame von der Leyen, que vous ne voulez ni l’un ni l’autre. Alors comptez sur notre groupe pour continuer à nous battre pour en faire une priorité.
Recommandations de la Commission sur la transposition de la directive concernant les déclarations pays par pays (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, savez-vous combien Total ou Amazon paient d’impôts en Europe? Non. Eh bien, moi non plus. Comme les vampires, les multinationales détestent la lumière. On les comprend. Quand on apprendra que Starbucks paie moins d’impôts en Europe que le café du coin, les Frappuccino auront soudainement un arrière-goût un peu amer. Pour combattre l’évasion fiscale, nous avons besoin de transparence. Cela fait dix ans que je me bats pour la directive «déclaration pays par pays publique», qui a enfin été adoptée en 2021, mais dans une version minimaliste. À cause du lobbying des multinationales relayé par le gouvernement de Macron, la transparence n’est effective que dans un pays sur cinq. Impossible par exemple de connaître les bénéfices des multinationales aux îles Caïmans, à Jersey, Guernesey ou encore en Suisse. Et maintenant, les lobbies ont trouvé un nouvel allié pour continuer les montages fiscaux dans l’ombre. Madame McGuinness, vous nous dites que vous êtes en faveur de la transparence, mais dans le plus grand secret, la Commission a envoyé une note aux États membres, les enjoignant à n’adopter qu’une transparence a minima. Mais, qui vous a donné ce mandat? C’est le comble! Des technocrates non élus qui agissent en coulisses sans même informer des élus du peuple, dans un dossier sur la transparence. Madame la Commissaire McGuinness, nous vous avons envoyé hier une lettre transpartisane pour vous réclamer des comptes sur ce scandale. Enfin, transpartisane… pas tout à fait. Je regrette que le rapporteur et président du groupe Renew, Stéphane Séjourné, ait refusé de la signer. Mais je vous le demande ici clairement, pour qui travaillez-vous? Les citoyens européens ou les lobbies?
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix. Voilà! Pendant ces dix secondes, Bernard Arnault, l’homme le plus riche du monde, vient d’engranger 17 123 euros. Je le répète: 17 123 euros en l’espace de dix secondes. En dix secondes, soit davantage qu’une année entière de travail pour un éboueur ou une femme de ménage au salaire minimum. Mais le PDG de LVMH n’est pas le seul à voir sa fortune se dupliquer sans lever le petit doigt. Cette année, les 500 plus grandes fortunes françaises, par exemple, cumulent à elles seules 1 170 milliards d’euros, soit presque quatre fois le montant total du plan de relance européen à la suite de la crise de la COVID-19 et sept fois le budget de l’Union européenne. 1 170 milliards, c’est plus que l’année dernière et je vous donne un scoop: sûrement moins que l’année prochaine. Regardez cette courbe, chers collègues. Cette courbe, si ça continue, elle va percer le fond, car il n’existe aucun plafond de verre pour certains. Les ultrariches sont toujours plus riches et de plus en plus nombreux. Une courbe qui ne va cesser d’exploser encore dans les années suivantes. Plus qu’une courbe, c’est la représentation en image de l’infamie et de la faillite de notre système économique et démocratique. Pendant ce temps-là, dans la vraie vie, on compose avec une tout autre réalité. On calcule ses achats au centime près, on accumule les bons de réduction, on revoit à la baisse la qualité des aliments et on se serre la ceinture. Alors je sais, j’aime beaucoup les chiffres, mais je vais vous montrer une autre courbe. Cette courbe-là, c’est la chute de la consommation alimentaire. À la fin, moins 12 % depuis un an et demi. Une personne sur six qui ne mange pas à sa faim dans le continent le plus riche du monde. C’est la conséquence directe de l’inflation qui frappe de plein fouet les foyers européens: +15 % sur les produits alimentaires en un an. Or cette même inflation est, des dires mêmes de la Banque centrale européenne, causée majoritairement par les superprofits des entreprises. Et ces superprofits, eux, ils ne se mangent pas. En revanche, ils alimentent les dividendes des riches actionnaires et les bonus des patrons. La boucle de l’indécence est bouclée. Jamais, jamais nous ne nous résoudrons à vivre dans une société où l’on préfère mettre des antivols sur la viande et le poisson plutôt que de garantir à chacun de se coucher le ventre plein. Jamais non plus je ne me résoudrai à ce que les classes populaires se privent de loisirs et de vacances pour être sûres de pourvoir finir le mois. Elles qui triment déjà tout au long de l’année et qui ne peuvent même plus s’évader pour se changer les idées, se reposer et faire plaisir à leurs enfants. C’est le cas de Zenaba, une aide-soignante. Voici ses mots: «Les vacances, c’est une façon de féliciter mes filles et de les motiver pour l’école. C’est très dur pour elles de ne pas partir. Une copine de ma fille lui a dit qu’elle était une clocharde.» La honte, la honte sur le dos des pauvres. Mais lui, Bernard Arnault, rassurez-vous, n’aura pas de difficultés pour s’évader fiscalement ou physiquement à bord de son yacht appelé ironiquement Symphonie, évidemment enregistré, je vous le donne en mille, aux îles Caïmans. Mais ces voyages à répétition n’ont pourtant rien d’harmonieux. En pratiquant l’évasion fiscale, les milliardaires ont depuis longtemps fait sécession. Voilà pourquoi notre groupe a voulu inscrire à l’agenda de cette plénière cet objectif pourtant simple, mais nécessaire, taxer les riches, «tax the rich»! Notre groupe se bat depuis des années pour des mesures très simples. Et pourtant: ISF européen, rejeté; taxe sur les superprofits dans tous les secteurs, refusée; régulation des jets et des yachts et autres joujoux pour milliardaires, enterrée – et on ne parle même pas encore d’interdiction. Alors, chers collègues, reprenons notre compte pour terminer. Un, deux, trois. Trois secondes. C’est à peine le temps qu’il faudrait pour voter dans cet hémicycle et approuver des mesures de justice fiscale et changer la vie des gens. 3 %, c’est le minuscule taux d’impôt sur la fortune des riches qui permettrait déjà de récolter des centaines de milliards d’euros. Trois mots, c’est ce que vous devez retenir de mon intervention: taxer les riches. Tax the rich.
Monsieur le Président, chers collègues, la semaine dernière a été la plus chaude depuis 120 000 ans. 80 % des terres et des eaux européennes sont dévastées par la folle exploitation de la planète. Un quart des oiseaux a disparu depuis les années 1980. Adoptée demain, la loi sur la restauration de la nature devrait faire l’unanimité, car l’humanité ne peut vivre sur une planète morte. Mais la droite et l’extrême droite font de cette loi un totem à abattre. Dans ce but politicien, Monsieur Weber, vous qui n’avez même pas le courage d’être là avec nous aujourd’hui, vous avez menti. Vous avez nié la science, remplacé de force vos députés récalcitrants, déroulé le tapis rouge aux lobbies et pactisé avec les climatosceptiques. Monsieur Weber, vous faites souffler un vent mauvais en Europe, un vent trumpiste qui attise les braises de l’extrême droite et menace de déraciner toute politique environnementale. Quant aux collègues du groupe Renaissance qui veulent passer pour les sauveurs de la planète, je tenais à rappeler les faits. Monsieur Séjourné, c’est l’appel d’Emmanuel Macron à une pause environnementale qui a ouvert la brèche où ce mauvais vent s’engouffre. Et ce sont les voix d’une partie de vos députés qui ont permis de rejeter ce texte en commission de l’environnement. L’histoire se souviendra, chers collègues, de chaque vote contre ce texte nous rapprochant du gouffre. Vous pouvez nier la science, ignorer la jeunesse, bâillonner les activistes. Vous pouvez vous bercer des fables de la croissance infinie. La réalité vous rattrapera à la sortie de cet hémicycle. Nous ne sommes que le 10 juillet et il fait 37 degrés à Strasbourg. Votez pour la loi sur la restauration de la nature.
Interventions d'une minute sur des questions politiques importantes
Madame la Présidente, chers collègues, mardi dernier, un jeune homme de 17 ans, Nahel, a été froidement abattu par la police lors d’un contrôle routier. Sans une vidéo accablante, ce meurtre serait resté impuni. À l’horreur de ce drame terrible s’est ajouté un déferlement de haine raciste. Dans quel pays européen peut-on imaginer qu’une cagnotte à la gloire d’un meurtrier recueille 1,6 million d’euros? La France est aujourd’hui une anomalie en Europe. Douze personnes ont été tuées pour refus d’obtempérer l’année dernière, contre une en dix ans en Allemagne. Les jeunes noirs et arabes ont 20 fois plus de chances de se faire contrôler par la police. Le commissaire à la justice, Didier Reynders, et l’ONU ont demandé à la France d’y remédier. Mais le gouvernement français nie la réalité des violences policières et du racisme dans la police. Pire, il vient d’interdire ce samedi une manifestation demandant simplement vérité et justice pour les victimes et où des journalistes ont été violentés par les forces de l’ordre. Que reste-t-il alors quand les cadres d’expression démocratique sont supprimés? La France est entrée dans une dérive illibérale et autoritaire. Et ici, depuis le Parlement européen, je veux lancer solennellement l’alerte. L’Union européenne doit réagir.
Protection des journalistes et des défenseurs des droits de l'homme contre les procédures judiciaires manifestement infondées ou abusives (débat)
Monsieur le Président, la France a d’incroyables talents et je vais vous en présenter un. C’est notre maestro des procédures-bâillons. C’est un peu le Kylian Mbappé des dribbles judiciaires. J’ai nommé: Vincent Bolloré. Depuis des années, Bolloré envoie des bataillons d’avocats harceler tous les journalistes et militants qui dénoncent la corruption, l’exploitation des travailleurs et les désastres environnementaux de son empire industriel. Mediapart, France Inter, Bastamag, Libération, Sherpa, React, ils en ont tous fait les frais. Bolloré perd la plupart de ses procès, mais il s’en fout, car il ne cherche pas à obtenir justice, mais à la détourner pour protéger son impunité. Malheureusement, ce n’est pas le seul harceleur judiciaire en Europe. Pour toutes ces raisons, je suis heureuse de participer, comme rapporteure pour la gauche, à la négociation de cette directive ambitieuse contre les procédures-bâillons. Au Conseil maintenant d’avoir la même ambition. Une justice au service des puissants, c’est nécessairement une injustice. Alors, adoptons cette directive et empêchons que les tribunaux soient détournés de leur mission par des harceleurs judiciaires. Je vous remercie.
Leçons tirées de l'affaire des "Pandora Papers" et d'autres révélations (débat)
Madame la Présidente, les Pandora Papers, c’était il y a presque deux ans. Une éternité, vous allez me dire, au rythme où se succèdent les scandales d’évasion fiscale. Mais quand même, 11 300 milliards de dollars dissimulés. Et après, on va nous dire au passage que les caisses sont vides et qu’on va faire les poches des citoyens? Et puis, ce n’est pas n’importe qui d’impliqué: 35 chefs d’État, anciens ou actuels, et 300 responsables publics, dont certains encore en poste, comme Sylvain Maillard, le vice-président du groupe macroniste à l’Assemblée nationale en France, ou le vice-Premier ministre néerlandais. Dans un monde normal, ils auraient dû voir la police débarquer chez eux, leurs avoirs saisis et les condamnations pleuvoir. Mais non, rien. Sous l’influence de la droite, ils ne sont même pas cités dans le rapport dont on débat aujourd’hui. Pas étonnant que l’évasion fiscale tarde autant à être réprimée et les paradis fiscaux sanctionnés. Dans ces conditions, les fraudeurs, après tout, ne vont pas mordre la main qui les nourrit. Bref, deux ans après, chers collègues, on a quand même un peu le sentiment que la chanson Je n’ai pas changé, de Julio Iglesias – lui aussi impliqué dans les Pandora Papers –, est devenue le refrain de l’Union européenne. Alors, je vous propose un autre morceau, une autre musique pour le remplacer: taxer les riches. Et on pourrait bien commencer par un impôt sur la fortune des milliardaires.
Politique de concurrence – rapport annuel 2022 (A9-0183/2023 - René Repasi)
Madame la Présidente, chers collègues, j’avais une petite suggestion pour vous: essayez de fermer les yeux quelques secondes et de vous représenter deux images: d’un côté, des milliers de camions sur les routes et leur cortège de bruit et de pollution; de l’autre, des trains de marchandises, qui transportent chacun autant que 50 poids lourds. Nul doute: j’imagine que vous préférez la seconde image, mais ce qui relève de l’évidence, malheureusement, ne l’est visiblement pas pour la Commission. Au nom de la concurrence, elle prépare le terrain à la liquidation de l’opérateur public Fret SNCF, avec la complicité du gouvernement français. L’issue serait catastrophique: des suppressions d’emplois, des profits captés par les actionnaires et la mise à mal d’un outil incontournable face à l’urgence climatique. Le transport de marchandises sur rails émet quatorze fois moins de gaz à effet de serre que le transport sur route. C’est ce qu’on appelle purement et simplement se tirer une balle dans le pied. Un exemple de plus qui illustre pourquoi les dogmes libéraux sont incompatibles avec l’intérêt général. Si l’on poursuit dans cette voie, ce n’est pas seulement le fret, mais toute l’humanité qui va dérailler, raison pour laquelle nous avons voté contre ce rapport.
Création de l'organisme européen chargé des questions d’éthique (débat)
Madame la Commissaire Jourová, franchement, votre proposition d’autorité éthique européenne, celle que vous proposez, qui est vide de son sens, est une injure contre la démocratie et une mascarade. Six mois après le scandale de corruption du Qatargate et ses valises de billets pour acheter la démocratie européenne, comment osez-vous présenter une telle coquille vide dotée d’un budget ridicule, sans pouvoir d’enquête ni de sanction? En définitive, votre autorité éthique indépendante n’a d’autorité, d’éthique et d’indépendance que le nom. Au mieux, c’est un club d’écriture pour rédiger une charte de bonne conduite. Madame Jourová, excusez-moi de vous le dire, mais vous vous moquez un peu de nous. C’est un peu comme si vous vouliez agir pour la sécurité routière en fixant la limite de vitesse à 300 kilomètres/heure et en enlevant les radars. Avec mon groupe, cela fait quatre ans que nous nous battons pour mettre en place un contrôle éthique européen digne de ce nom, une autorité composée d’experts indépendants capables d’enquêter et de sanctionner les entorses aux règles de transparence et d’éthique. Voilà le chemin que vous auriez dû suivre. À moins que vous n’ayez peur d’ouvrir la boîte de Pandore des conflits d’intérêts de vos amis de la Commission européenne? Alors revoyez votre copie et faites le bon choix: protéger l’intégrité de nos institutions plutôt que l’impunité des corrompus.