Nécessité de lutter contre l'augmentation de l'antisémitisme et de la haine anti-musulmans (débat)
Madame la Présidente, Ilan Halimi, 24 ans, enlevé, torturé et achevé en banlieue parisienne en janvier 2006 parce que juif. Jonathan, 30 ans, Gabriel, 3 ans, Arié, 6 ans, Myriam, 8 ans, assassinés le 19 mars 2012 à Toulouse parce que juifs. Mireille Knoll, 85 ans, rescapée de la Shoah, poignardée à mort le 23 mars 2018 à Paris parce que juive. Chaque fois, nous avons pleuré, nous avons marché et nous avons dit: «Plus jamais ça!» Et puis, le 7 octobre, en Israël, des terroristes islamistes ont massacré 1 200 personnes et en ont pris en otage 150. Des hommes, des femmes, des enfants, parce que juifs. Et là, certains voudraient nous dire: «oui, mais», «oui, mais c’était un acte de résistance», ou «oui, mais il y avait un contexte». Tuer un homme parce qu’il est juif, il n’y a pas de résistance, il n’y a pas de contexte qui vaille. C’est un crime, un crime immonde. L’antisémitisme tue. Le relativisme tue. L’indifférence tue. Le silence tue.
Russiagate: allégations d'ingérence russe dans les processus démocratiques de l'Union européenne (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, souvenez-vous – et si vous avez oublié, moi, je me souviens et je peux vous rafraîchir la mémoire. Souvenez-vous qu’après le « Qatargate », à l’extrême droite comme à l’extrême gauche de cet hémicycle, on a manœuvré pour ne plus parler que de cela, du Qatar, pour tenter de mettre fin à la commission spéciale sur les ingérences étrangères au sens large, pour ne surtout plus mentionner les ingérences russes dans notre Parlement. Les amendements de l’extrême droite et de l’extrême gauche au rapport que je portais à l’époque sont là pour en témoigner. Il ne fallait surtout plus parler de la Russie. Heureusement, j’ai tenu bon, chers collègues, et heureusement, la majorité d’entre nous a tenu bon. Ils ont l’air fin à l’extrême droite et à l’extrême gauche, maintenant qu’on lit les détails publiés par la presse d’une action déterminée de la Russie pour utiliser une députée européenne à des fins de propagande et de renseignement. Ils ont l’air malin ceux qui ont toujours tordu le nez quand on s’interrogeait sur les liens des indépendantistes catalans avec les autorités russes. Maintenant que la question ressort, chers collègues, ne faites pas comme eux, gardez les yeux ouverts. Et s’il vous plaît, souvenez-vous que la manipulation russe est une arme de destruction massive de notre démocratie.
Nécessité d'un soutien sans faille de l'UE à l'Ukraine, après deux ans de guerre d’agression russe contre ce pays (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, le sommet européen du 1er février a été un succès puisqu’il a permis de confirmer notre aide financière à l’Ukraine. Mais ne nous voilons pas la face: s’agissant de notre aide militaire, ce sommet est un échec, et à plusieurs titres. La huitième tranche d’aide militaire européenne reste bloquée depuis des mois à cause de la Hongrie. L’avenir d’une facilité européenne pour la paix visible et prévisible pour l’Ukraine est incertain. Rien n’a encore été décidé, et, surtout, aucun financement n’a été clarifié. Plutôt que de prendre des décisions attendues et de passer à l’action, nos pays s’accusent mutuellement de ne pas en faire assez, alors que tous devraient en faire plus, beaucoup plus et plus vite, beaucoup plus vite. Le plan de munitions ne tient pas ses promesses: 500 000 munitions livrées à Kiev, c’est la moitié de ce qui était annoncé, et c’est de toute façon très insuffisant. Alors, de grâce, à tous les dirigeants européens je lance un appel: pour l’Ukraine, pour la sécurité de l’Europe, vous avez le devoir d’être à la hauteur et vous ne l’êtes pas encore. N’oubliez jamais: l’échec n’est pas une option, et l’autosatisfaction n’est pas une méthode. Slava Oukraïni!
Situation humanitaire à Gaza, nécessité de parvenir à un cessez-le-feu et risques d'escalade régionale (débat)
Je constate, Madame Aubry, que vous parlez d’un monde qui n’existe pas. Vous avez le Hamas qui ne veut pas de cessez-le-feu, vous avez un gouvernement israélien qui ne veut pas de cessez-le-feu, et vous vous donnez bonne conscience en appelant à un cessez-le-feu. C’est gratuit, ça ne mange pas de pain. Vous êtes bien, vous êtes au Parlement européen. Je me suis rendue en Israël, dans le kibboutz où les gens ont été massacrés, torturés, pris en otages. J’ai vu l’UNRWA qui sait qu’une partie de son aide humanitaire est aujourd’hui détournée pour le Hamas qui veut poursuivre la guerre. Je vous demande simplement, Madame Aubry, de regarder ce qui se passe et de ne pas laisser le Hamas mettre en avant son projet de destruction d’Israël. Il me trouvera toujours en travers de son chemin.
Situation humanitaire à Gaza, nécessité de parvenir à un cessez-le-feu et risques d'escalade régionale (débat)
Madame Aubry, je constate que le Hamas, loin d’appeler à un cessez-le-feu, appelle les pays musulmans à lui livrer davantage d’armements. Alors ma question, Madame Aubry, c’est: appelez-vous le Hamas à enfin arrêter de martyriser le peuple palestinien, et à demander un cessez-le-feu dont ce peuple a infiniment besoin?
Situation humanitaire à Gaza, nécessité de parvenir à un cessez-le-feu et risques d'escalade régionale (débat)
Monsieur le Président, de quoi Gaza est-il le nom? D’une guerre déclenchée le 7 octobre par le Hamas qui en connaissait les conséquences et qui a choisi de faire du peuple palestinien un peuple martyr. Avant le 7 octobre, il n’y avait ni troupes israéliennes ni colonies à Gaza. Il y avait le Hamas et il n’a rien fait pour son peuple. L’aide aux Palestiniens de Gaza, c’était nous qui l’assurions. Pendant ce temps, le Hamas vouait son énergie et ses moyens à son unique projet: la destruction d’Israël. Ce projet, cette guerre, c’est aussi celle du régime iranien. Lui aussi est incapable de répondre aux attentes de son peuple. Mais il y a une chose à laquelle il est attaché, c’est sa capacité de nuisance et il l’exerce comme jamais. Qui soutient le Hamas? L’Iran. Qui équipe le Hezbollah au Liban? Bachar en Syrie? Les Houthis en mer Rouge, les milices qui s’en prennent aux Kurdes et à la coalition anti Daesh en Irak? Qui fournit des armes à la Russie en Ukraine? L’Iran. Alors oui, il faut aider le peuple palestinien à sortir de l’enfer dans lequel il est plongé. Oui, il faut une aide humanitaire massive et pour qu’elle soit distribuée, il faut que les armes se taisent. Le Hamas appelle-t-il à un cessez-le-feu? Non, il veut poursuivre la guerre. Le peuple palestinien mérite de vivre en paix, d’avoir un État et que cesse la colonisation. Soutenir le peuple palestinien, c’est aussi l’aider à sortir du carcan dans lequel le Hamas a voulu l’enfermer. (L'oratrice accepte de répondre à une question «carton bleu»)
Tenir nos engagements et fournir une assistance militaire à l'Ukraine (débat)
Monsieur le Président, j’entends ici et là parler d’une «fatigue de l’Ukraine » dont nos pays seraient atteints. Cette expression est obscène. Ce sont les Ukrainiens qui se battent, ce sont eux qui souffrent, ce sont eux qui meurent. Ce sont les Ukrainiens qui auraient le droit de dire qu’ils sont fatigués, mais au contraire, ils résistent face au déluge de feu que leur impose la Russie. Et moi, si je suis fatiguée, c’est par notre lenteur, par nos retards, par notre mollesse à les soutenir dans une guerre qu’ils mènent pour eux, mais aussi pour nous, pour notre sécurité, pour notre liberté. Nous avons des munitions, nous n’en avons pas assez livré et pas assez vite. Des missiles, Kiev en attend bien davantage et tout de suite. Des avions, mais qu’attendons-nous? Je suis fatiguée d’entendre qu’il y a toujours une bonne raison pour faire moins, et moins vite que ce qu’on devrait. La facilité européenne est bloquée par Viktor Orban. Honte à lui. Alors faisons autre chose, mais faisons-le vite et fort. L’industrie de l’armement attend des commandes et nos États resserrent leurs budgets. Alors lançons un grand emprunt ensemble pour la défense européenne et l’aide militaire à l’Ukraine. Nous avons su le faire pour lutter contre un virus venu du bout du monde. Nous devons en être à nouveau capables quand nous avons une menace qui frappe à nos portes. Faisons-le sans attendre, sans attendre que la Russie tente une nouvelle offensive au printemps, sans attendre ce qui sortira de l’élection présidentielle américaine. Il n’y a plus une minute à perdre.
Programme européen d'investissement dans le domaine de la défense (débat)
Madame la Présidente, voici des mois que l’on en parle, que Mme von der Leyen l’annonce, mais toujours rien: ni le programme européen de défense et d’investissement EDIP ni la stratégie qui l’accompagne ne sont prêts. Alors que la guerre est à notre porte, que l’Ukraine manque d’armes et de munitions, on en est réduits à attendre, à attendre et à s’inquiéter. «Le plan munitions suit son cours», nous dit-on. Certes, mais ce cours n’accélère pas et il ne se déverse pas forcément en Ukraine, faute de priorisation des commandes. Les achats conjoints encouragés par Edirpa? Ça commence gentiment, doucement, comme si rien ne pressait. La dernière tranche de la Facilité européenne pour la paix destinée à l’Ukraine? Bloquée par la Hongrie. Le projet d’une facilité multiannuelle de 20 milliards sur cinq ans pour donner une garantie de sécurité européenne à Kiev? Enterrée sans fleurs ni couronnes. Pendant ce temps, l’aide américaine est bloquée au Congrès, et l’aide allemande menacée par la crise budgétaire. La révision du CFP se profile mal. Je le répète, la guerre est à nos portes, et Donald Trump aux portes de la Maison-Blanche. Ce n’est pas vous qui êtes en cause, Monsieur le Commissaire, mais, par pitié, ne nous disons pas que tout va bien quand nous sommes en train de commettre une erreur historique!
Un an après le Moroccogate et le Qatargate – bilan des mesures pour renforcer la transparence et la responsabilité dans les institutions européennes (débat)
Madame Aubry, c’est vrai qu’on est beaucoup trop payé si l’on passe son temps sur des piquets de grève à Paris ou à se déguiser en Rosie la riveteuse, ça c’est vrai. Mais pour ceux qui travaillent et qui font avancer la loi au profit de tous les Européens, chaque travail mérite salaire.
Un an après le Moroccogate et le Qatargate – bilan des mesures pour renforcer la transparence et la responsabilité dans les institutions européennes (débat)
Madame Aubry, c’est un terrain sur lequel je ne serais pas allée, à votre place, parce que j’ai été membre de la commission sur les ingérences, commission où votre groupe était représenté par une députée qui n’a cessé de dire que cette commission n’avait aucune raison d’être, qui a présenté des amendements pour retirer toute référence aux ingérences de la Russie sur le travail de ce Parlement – je me demande bien pourquoi –, et, s’agissant des travaux annexes, je ne comprends pas bien pourquoi vous pensez que, lorsque l’on est agriculteur en même temps que député européen, on est vendu à un lobby? Vous connaissez décidément bien mal nos concitoyens.
Un an après le Moroccogate et le Qatargate – bilan des mesures pour renforcer la transparence et la responsabilité dans les institutions européennes (débat)
Monsieur le Président, de nouvelles révélations sur le «Qatargate» s’égrènent chaque jour dans la presse comme un feuilleton triste. J’ai ainsi appris que l’une de nos collègues, inculpée pour corruption, aurait tenté de me faire taire parce que je m’intéressais de trop près au sort des travailleurs migrants au Qatar. La bonne nouvelle, c’est qu’elle a échoué. La mauvaise, c’est que le comportement de quelques-uns a jeté la suspicion sur nous tous. Avant même la fin de la procédure judiciaire, pour le grand public, c’est nous tous qui sommes coupables, tous pourris. Je voudrais saluer les premières mesures adoptées par notre Parlement pour accroître notre transparence et mieux protéger nos travaux. Plusieurs de ces mesures s’inspirent du rapport que je vous avais présenté et que vous avez bien voulu adopter, chers collègues. Je regrette, vous le savez, Madame la Commissaire, que l’on n’ait pas encore créé une véritable autorité européenne éthique indépendante. Et j’alerte, à quelques mois des élections européennes: nous devons accroître encore bien davantage notre vigilance et nos défenses contre les ingérences étrangères, qui vont se multiplier pour tenter de manipuler nos opérations électorales. (L’oratrice accepte de répondre à une question «carton bleu»)
Situation humanitaire à Gaza, nécessité de libérer les otages et d’instaurer une trêve humanitaire immédiate menant à un cessez-le-feu et perspectives de paix et de sécurité au Moyen-Orient (débat)
Monsieur le Président, aujourd’hui, le Proche-Orient tout entier est pris en otage. Je pense bien sûr aux 240 otages détenus par le Hamas. Tous les hommes, toutes les femmes, tous les enfants, tous doivent rentrer chez eux. Je pense aux 2 millions de Gazaouis. Eux aussi, le Hamas les a pris en otage. Ce sont nous, Européens, qui nous préoccupons de leur sort et qui occupons la première place de l’aide aux Palestiniens. Le Hamas construit des tunnels, pas des écoles. Il achète des armes, pas des médicaments. Il ne sert pas la cause palestinienne, il s’en sert pour s’enrichir et pour nourrir son projet fou, antisémite et islamiste. Et je pense à la paix, cette paix dont les accords d’Oslo dessinait les contours et dont les artisans sont morts. Arafat n’est plus, et en Palestine, qui a son courage, le vrai courage de la paix ? Rabin a été assassiné. Aujourd’hui, des extrémistes israéliens encouragent les colons à s’en prendre aux Palestiniens en Cisjordanie. Ils ne dessinent aucun avenir pour Gaza, hormis la destruction. Ils ont trahi Rabin et pris la paix en otage. Nous autres Européens savons ce qu’est le terrorisme islamiste et nous sommes solidaires du peuple israélien. Nous autres Européens savons ce que sont les souffrances du peuple palestinien. Et je tiens à vous remercier, Josep Borrell et Janez Lenarčič, pour vos positions courageuses et votre action inlassable. Vous nous faites honneur. La paix, ce sont les Israéliens et les Palestiniens de bonne volonté qui devront la construire ensemble... (Le Président retire la parole à l’oratrice)
Heure des questions aux commissaires - État d'avancement de la promesse de l'Union européenne de livrer un million d'obus d'artillerie à l'Ukraine d'ici à mars 2024
Toujours sur la question des munitions qui ne vont pas nécessairement directement en Ukraine: confirmez-vous une information selon laquelle certaines munitions produites en Europe seraient achetées par les États-Unis qui eux-mêmes les enverraient en Ukraine, ce qui serait un destinateur final souhaitable, mais montrerait une forme d’absurdité dans notre propre système?
Heure des questions aux commissaires - État d'avancement de la promesse de l'Union européenne de livrer un million d'obus d'artillerie à l'Ukraine d'ici à mars 2024
Monsieur le Commissaire, l’Union européenne a été exemplaire au début de la guerre d’invasion russe en Ukraine. Elle a fait sa révolution culturelle à la fois en adoptant des sanctions, en envoyant du matériel militaire à l’Ukraine, et vos propres efforts ont permis de mettre en œuvre le plan munitions. Je veux les saluer ici, mais c’est un déluge de feu qui s’abat sur l’Ukraine aujourd’hui. Et alors que notre objectif est de un million de munitions d’ici au printemps, la Russie a obtenu de la Corée du Nord un million de munitions entre le mois d’août et le mois de novembre. Nous sommes donc loin du compte. Je vous ai entendu dire que c’est une question à poser au ministre de la Défense. Vous confirmez ce que dit Josep Borrell sur le fait que nous augmentons la production mais qu’elle ne va pas forcément en Ukraine. Donc, quand, et comment, aurons-nous enfin une priorisation de nos productions vers ce qui est notre priorité stratégique, c’est-à-dire aider l’Ukraine à gagner cette guerre?
Une véritable Europe géopolitique maintenant (débat d'actualité)
Madame la Présidente, Monsieur le Haut Représentant, Madame von der Leyen nous avait promis une commission géopolitique. Nous avions envie de la croire, car nous savions combien c’était nécessaire. La réponse européenne à la guerre en Ukraine a suscité de réels espoirs, tant tout a été mis en œuvre rapidement et de façon cohérente, que ce soient les sanctions, l’accueil des réfugiés, le soutien financier ou l’aide militaire. Hélas, nous nous sommes peut-être réjouis un peu vite. L’Union européenne n’a pas encore marqué sa Zeitenwende. Entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le président du Conseil a voulu rester neutre, la présidente de la Commission a qualifié Ilham Aliev de «partenaire fiable», et l’envoyé spécial de l’Union européenne pour le Caucase n’a eu de cesse que Bakou ne soit pas contrarié. Le résultat? Un nettoyage ethnique a été commis, sous nos yeux, sans que nous puissions l’empêcher. Entre Israël et les Territoires palestiniens, la Commission a perdu la boussole. Mme von der Leyen s’est rendue en Israël sans mandat, dans un rôle qui ne lui revient pas. Le commissaire Várhelyi a tenté de suspendre l’aide aux Palestiniens. Il n’en a pas le pouvoir et jette le discrédit sur une action dont il est pourtant responsable. Cette aide, qu’il a voulu interrompre, la présidente de la Commission a décidé de la tripler. M. Várhelyi n’en est pas à son coup d’essai: on l’a vu soutenir les séparatistes serbes en Bosnie ou conditionner le soutien à l’Ukraine au sort des minorités hongroises. On se demande pourquoi il est encore commissaire. Une commission géopolitique? L’ambition est louable. Encore faut-il commencer à s’en donner les moyens.
Situation des droits de l'homme en Afghanistan, en particulier la persécution d'anciens responsables du gouvernement
Monsieur le Président, le monde a abandonné l'Afghanistan, mais l'Afghanistan n'est pas coupé du monde. Ce que vit ce pays, ce qu'endure son peuple, c'est d'abord son propre calvaire. Mais c'est aussi une menace pour nous tous. Le pouvoir des talibans impose au peuple afghan des souffrances sans limite. Misère, violence, répression, on peine à imaginer ce que ce peuple endure. Des régions entières sont privées d'aide humanitaire parce qu'elles résistent encore aux tyrans qui règnent à Kaboul. Les femmes afghanes sont privées de tous leurs droits et sont privées d'avenir. Mais ce n'est pas tout. Plus de 20 groupes terroristes trouvent refuge en Afghanistan et rêvent encore de djihad global. Les talibans veulent faire croire qu'ils apportent la stabilité à leur pays. Ils en font une bombe à retardement pour le monde. Je veux saluer le courage de ceux qui continuent à dire non à l'oppression et au terrorisme djihadiste. Je veux saluer en particulier Ahmad Massoud et le remercier d'être présent ce soir au Parlement européen. Nous devons aider ceux qui veulent tourner l'Afghanistan vers l'avenir plutôt que le replonger dans le passé. Nous ne devons pas normaliser nos relations avec les talibans. Ils sont les bourreaux de leur peuple.
La situation au Haut-Karabakh après l'attaque menée par l'Azerbaïdjan et les menaces continues contre l'Arménie (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, les absents ont toujours tort. Que le haut représentant soit absent pour ce débat est regrettable. Cela reflète malheureusement une autre absence, bien plus grave, celle de l’Europe pendant tous ces mois où les Arméniens du Haut-Karabakh ont été encerclés, affamés et finalement attaqués par l’Azerbaïdjan. Bien sûr, Bakou est le premier responsable du nettoyage ethnique qui vient d’être commis. Il devra en être comptable et nous demanderons que le régime d’Ilham Aliyev soit sanctionné. Bien sûr aussi, la médiation européenne a échoué parce qu’elle a voulu, de manière obsessionnelle, rester neutre. Desmond Tutu nous avait pourtant prévenus: si vous êtes neutres dans les situations d’injustice, vous avez choisi le camp de l’agresseur. Notre Parlement avait aussi alerté à plusieurs reprises sur la tragédie qui couvait, sans être entendu. Alors je vous ai écoutés, Madame la Commissaire, et vous aussi, Monsieur le Secrétaire d’État. Vous observez, vous espérez, vous vous réjouissez, vous restez prêts. Mais enfin, dans quel monde vivez-vous? Aujourd’hui, je vous demande de nous écouter, Madame la Commissaire. Une autre catastrophe menace. L’Azerbaïdjan et la Turquie n’ont pas renoncé à rogner la souveraineté de l’Arménie. Vladimir Poutine n’a pas renoncé à abattre le gouvernement démocratique de Nikol Pachinian. Jusqu’à aujourd’hui, l’Europe est restée passive pour le plus mauvais des calculs. Tarder à défendre une démocratie attaquée au prétexte que nous avons besoin de gaz, cela vous rappelle quelque chose? Vous avez raison, cela ressemble à l’Ukraine. Ne reproduisons pas nos erreurs. Sauvons notre honneur! Sauvons l’Arménie!
Madame la Présidente, nous connaissons tous la situation épouvantable que vit la population arménienne du Haut-Karabakh, qui fait l'objet d'un nettoyage ethnique depuis l'attaque livrée par l'Azerbaïdjan. Plus de 100 000 personnes ont dû quitter le territoire qui les avait vues naître. C'est la raison pour laquelle nous avons une résolution cette semaine. Mais aujourd'hui, l'Arménie elle-même est menacée. La Turquie et l'Azerbaïdjan continuent à mettre en doute sa souveraineté sur le sud du pays. Et pendant ce temps, la Russie de Vladimir Poutine se livre à des attaques hybrides contre les institutions et le gouvernement démocratique arménien. C'est la raison pour laquelle je vous demande de changer le titre de notre résolution en «la situation au Haut-Karabakh après l'attaque de l'Azerbaïdjan et les menaces continues contre l'Arménie».
Monsieur le Président, le rapport de notre collègue Nacho Sánchez Amor est de très bonne qualité et il constate à juste titre que la Turquie continue de s’éloigner de l’Union européenne. Sur le plan intérieur, la répression des opposants, des intellectuels, des journalistes se poursuit. Sur le plan régional, la Turquie continue à donner des signaux ambigus: avec l’Arménie, avec la Russie, avec la Syrie, Ankara continue à jouer un double jeu. Au sein de l’OTAN, la Turquie n’a toujours pas ratifié l’adhésion de la Suède et se livre à un marchandage qui semble n’avoir pas de fin. Dans nos pays, le régime turc s’immisce dans nos débats nationaux et pratique l’ingérence en soutenant un agenda islamiste souvent radical. Je tiens à saluer la Commission européenne, qui en a pris conscience et a bloqué les financements d’une association turque qui ne respecte pas les valeurs de l’Union européenne. Le président Erdogan a été réélu, il reste l’homme fort de la Turquie. Nous devons faire avec, sans illusion. S’il comprend surtout le langage de la force, l’Union européenne ne doit pas faiblir dans la défense de ses intérêts et doit poursuivre le dialogue avec Ankara sans faiblesse, et surtout sans entretenir la chimère d’une adhésion de la Turquie. Cette adhésion n’aura pas lieu... (Le Président retire la parole à l’oratrice)
Heure des questions (VP/HR) - Situation en Afrique occidentale et centrale à la suite des récents coups d’État
Merci d’abord, Monsieur le Représentant, pour vos mots. Je crois que c’est important que vous le disiez et que ce soit entendu. J’aurais une question supplémentaire parce que, comme vous, je m’étais rendue au Niger, notamment à Agadez, où j’avais pu apprécier la qualité du travail effectué par la mission civile de l’Union européenne, Eucap Sahel, pour lutter contre les trafics de migrants et contre tous les trafics que l’on peut trouver dans cette partie du Sahel. Quel avenir voyez-vous pour cette mission depuis le coup d’État?
Heure des questions (VP/HR) - Situation en Afrique occidentale et centrale à la suite des récents coups d’État
Les coups d’État se sont multipliés au Sahel depuis plusieurs années. Les mercenaires de Wagner se sont installés, et la Russie à travers eux. La France est prise pour cible par les putschistes, et sommée de partir. Les djihadistes gagnent du terrain. Autant le reconnaître, l’échec est là, sous nos yeux. Est-ce celui de la France? Plus de 60 ans après les indépendances, comment peut-on incriminer la France pour les dérives politiques d’États souverains? Peut-on nous reprocher d’avoir soutenu au Niger un président démocratiquement élu et engagé pour son peuple? Peut-on reprocher à la France d’avoir, à la demande pressante des autorités, combattu les djihadistes au Mali et d’y avoir sacrifié la vie de 59 de ses soldats? Qui oserait salir leur mémoire? Si échec il y a, il est collectif, il exige qu’on en tire les conséquences. Je m’interroge et je vous demande, Monsieur le Haut Représentant, ce que fait encore EUTM au Mali. Former des militaires le jour, qui s’allient aux mercenaires de Wagner la nuit, n’est ni notre honneur ni notre intérêt. Quand donc aurons-nous le courage de partir?
Madame la Présidente, merci pour vos mots. La nouvelle est tombée au cœur de l’été comme un coup de tonnerre: Véronique nous a quittés. La plupart d’entre nous ignoraient qu’elle souffrait de la maladie qu’elle a combattu toute sa vie comme médecin et comme parlementaire européenne. Nous étions loin de nous douter qu’en s’investissant autant pour le plan cancer, Véronique nous adressait un signe, nous partageait son testament et nous demandait de reprendre le flambeau. La discrétion avec laquelle Véronique a choisi de faire face à la maladie, et sa détermination aussi à s’investir jusqu’au bout dans son mandat, disent beaucoup d’elle. Véronique était faite pour être députée européenne, comme elle était faite pour soigner les autres. Ses patients, ses collègues médecins, ses amis se souviennent tous de son mélange d’empathie et de rigueur, de bienveillance et de souci de nommer les choses par leur nom, de regarder la réalité en face, et de faire une claire distinction entre la science et les croyances. Jamais elle n’a renoncé à suivre ses patients en dépit de son mandat de député. Au Parlement européen, elle était arrivée avec une intuition forte: l’idée qu’il était temps de bâtir l’Europe de la santé. La pandémie lui a donné raison et nous avons tous pu voir la force de ses convictions, mais aussi sa capacité d’écoute, de dialogue, de compréhension et de compromis. Très vite, Véronique avait compris qu’ici, on ne gagne pas de bataille seuls, mais en ralliant les autres, dans son camp et aussi au-delà. Ceux qui la pleurent aujourd’hui dans cette salle ne sont pas seulement français, pas seulement membres de Renew Europe. Ils sont allemands, roumains, néerlandais, espagnols. Ils viennent de presque toutes les couleurs politiques. Je dis presque, car elle avait en horreur les extrêmes et parmi eux, les complotistes de la santé qu’elle a combattus jusqu’à son dernier souffle. Le combat politique ne faisait pas peur à Véronique. Celui pour les droits des femmes, pas davantage. Elle était une femme forte et fragile, déterminée et souriante, rigoureuse et philosophe sur la nature humaine. Notre Parlement, notre groupe politique, notre délégation ont eu de la chance de l’avoir pour collègues. Comme plusieurs d’entre nous, j’ai eu de la chance de l’avoir pour amie.
Recommandations pour la réforme des règles du Parlement européen en matière de transparence, d’intégrité, de responsabilité et de lutte contre la corruption (débat)
Certains à l’extrême droite et à l’extrême gauche de cet hémicycle n’apprécient pas que ce rapport ait été confié à la commission spéciale de lutte contre les ingérences étrangères. Ils disent qu’ils auraient préféré une commission d’enquête et qu’on ne parle que du Qatar. C’est une étrange façon de voir les choses alors que la justice est saisie. Nous ne sommes ni des procureurs ni des juges. C’est surtout une manière détournée d’essayer de faire oublier tout le travail accompli par cette commission spéciale sous la conduite de son président, Raphaël Glucksmann, dont je salue l’engagement et dont je connais l’intégrité. Un idiot utile de Poutine a essayé de le salir ce soir par des insinuations ignobles. Ce membre du Rassemblement national nous a montré le vrai visage de son parti, celui de la bassesse. Lui et ses camarades d’extrême droite n’aiment pas que l’on dise qu’ils sont les valets de Poutine. Pourtant, ce soir encore, ils ont tout fait pour le prouver.
Recommandations pour la réforme des règles du Parlement européen en matière de transparence, d’intégrité, de responsabilité et de lutte contre la corruption (débat)
Madame la Présidente, Madame la Vice-présidente, chers collègues, le rapport que nous vous présentons aujourd’hui est l’occasion de mesurer les conséquences du «Qatargate» et de changer profondément la culture de notre Parlement. Je veux d’abord remercier mon collègue et corapporteur Vladimír Bilčík. Il s’est pleinement engagé avec moi dans une série de recommandations qui vont plus loin que ce que notre Parlement a adopté jusqu’à présent et plus loin que ce que la Commission propose. Je sais qu’il y a eu dans son groupe politique quelque timidité. Je voudrais dire au PPE de faire confiance à son corapporteur et de voter l’ensemble des préconisations de notre rapport commun. Ces recommandations ont un objectif et il est fondamental. Nous voulons restaurer la confiance que les électeurs européens nous accordent. Pour cela, il nous faut impérativement changer nos habitudes, instaurer à la fois plus de transparence sur nos pratiques et plus de protection de notre travail. Car ce qui nous guette, chers collègues, c’est à la fois le doute de nos concitoyens sur notre intégrité et l’ingérence d’acteurs étrangers malveillants dans nos processus de décision. Rappeler le principe de la liberté de mandat à laquelle je suis moi-même attachée ne suffira pas si nous ne combattons pas ces deux menaces avec la même ardeur. C’est ce que nous vous proposons et je veux aussi remercier les autres rapporteurs qui ont participé à l’élaboration de ce texte, en particulier ceux qui l’ont enrichi de leurs propositions. Je regrette qu’à l’extrême droite de cet hémicycle on n’ait pas été à la hauteur. Soyons honnêtes, c’est un regret, mais pas une surprise. Aucune proposition, hormis l’envie de faire croire que dans notre Parlement, ce serait «tous pourris». Dénoncer, vociférer, cela, ils savent le faire. De là à travailler, ne comptez pas sur eux. Cela me fait penser à la fable de La Fontaine, «le Conseil tenu par les rats». Ne faut-il que délibérer? La cour en conseillers foisonne. Est-il besoin d’exécuter? L’on ne rencontre plus personne. Vous voulez un exemple? Le financement d’associations islamistes par l’Union européenne. Un scandale? Oui, facile à dénoncer. Moi-même, je l’ai fait. Mais après? Mais ensuite? Ensuite, il faut travailler. Je l’ai fait. Le gouvernement français l’a fait. La Commission européenne l’a fait. Nous avons agi de concert et je tiens à vous remercier, Madame Jourová, je tiens à remercier également Margaritis Schinas, pour votre détermination à réserver les financements européens aux associations qui respectent les valeurs européennes. Revenons à notre rapport et à nos recommandations, car nous ne voulons pas être ici un conseil tenu par les rats. Transparence, éthique, intégrité, cela veut dire déclarer nos patrimoines, nos revenus annexes, nos rencontres, nos voyages. Nous le devons à nos concitoyens. Mettre sur pied une véritable autorité éthique européenne indépendante, dotée de pouvoirs d’enquête. Nous le leur devons. Sanctionner les comportements qui bafouent l’éthique. Nous le devons aux électeurs et nous le devons à l’écrasante majorité des députés de ce Parlement qui se sentent injustement salis par le comportement de quelques-uns. Mais nous vous proposons aussi de mieux protéger notre travail contre la curiosité d’acteurs étrangers malveillants qui voudraient l’influencer et peser indûment sur nos décisions. Il est temps de faire entrer dans ce Parlement une culture qui lui manque cruellement, une culture de sécurité. Non, les représentants d’intérêts étrangers ne doivent pas pouvoir circuler parmi nous sans contrôle et sans limites, comme ils ont pris l’habitude de le faire. Oui, nous attendons des ONG le même effort de transparence que celui que nous nous appliquerons à nous-mêmes. Oui, travailler sur des sujets sensibles doit passer pour ceux qui nous assistent par des habilitations de sécurité. On ne peut pas laisser n’importe qui accéder à n’importe quoi dans ce Parlement, sauf à perdre notre crédit. C’est une révolution culturelle à laquelle je vous appelle. Mais le monde dans lequel nous vivons nous l’impose. Il est temps de sortir de l’innocence. Il y a quelques années, la fille du porte-parole du Kremlin travaillait dans ce Parlement. Est-ce que nous croyions vraiment qu’elle voulait mieux connaître le droit européen? Chaque jour, les représentants des moudjahidines du peuple iranien sont dans nos couloirs. Est-ce que cela suffit qu’ils soient hostiles au régime détestable des mollahs? Est-ce que cela suffit à oublier qui ils sont, le sang qu’ils ont sur les mains, leur alliance avec Saddam Hussein ou leur fonctionnement sectaire? Régulièrement, notre Parlement fait l’objet de cyberattaques. Devons-nous continuer à passer des contrats avec des entreprises chinoises au motif qu’elles sont moins chères que les autres, au mépris de notre sécurité? Dans un an auront lieu les élections européennes. S’y préparer, c’est préparer notre Parlement à l’exemplarité en matière de transparence, d’intégrité, d’éthique et de sécurité. C’est ce que ce rapport vous propose et je vous demande de le soutenir largement.
Conclusions du Conseil européen des 29 et 30 juin 2023, en particulier les développements récents de la guerre contre l'Ukraine et en Russie (débat)
Monsieur le Président, décidément, c’est la semaine des déceptions. Nous sommes réunis ce matin pour parler des conclusions du Conseil et en particulier de la guerre en Ukraine, et le président du PPE nous parle de saint Nicolas. Nous sommes réunis pour parler des conclusions du Conseil, mais le Conseil n’est pas là. Et puis, cette semaine, le sommet de l’OTAN est lui-même une énorme déception. Il n’est pas encore achevé, mais il faut bien reconnaître qu’il a déçu. Il lui fallait réparer la faute historique de 2008 à Bucarest, qui avait ouvert la porte de l’alliance à l’Ukraine, ou plutôt entrouvert, sans lui offrir de garanties de sécurité. Il n’y est pas vraiment parvenu. Comme si certains, dans l’alliance, ne mesuraient toujours pas le moment historique que nous vivons. Mais à voir cet hémicycle, on voit qu’ils ne sont pas les seuls. Mais qu’importe le communiqué final de Vilnius, l’Ukraine rejoindra l’OTAN. Ce n’est plus qu’une question de moment, pas une question de principe. Ce qui importe, c’est ce que nous faisons. Ce sont nos actes immédiats qui comptent. Et l’Ukraine est notre alliée, l’armée la plus vaillante et la plus aguerrie d’Europe. C’est à nous, Européens, de la soutenir. Nous la soutenons en formant des soldats ukrainiens et en livrant du matériel militaire. Je me félicite que nous adoptions cette semaine le troisième volet du plan sur les munitions et que le plafond de la Facilité européenne pour la paix ait été relevé. Mais je nous invite à faire beaucoup plus et surtout beaucoup plus vite. Nous avons intérêt à la victoire de l’Ukraine et à son entrée dans l’OTAN, car ce sont les seuls gages solides de notre stabilité en Europe. Alors, mettons-y les moyens et restons en soutien de l’Ukraine, non seulement aussi longtemps qu’il le faut, mais autant qu’il le faut. La paix, la stabilité et la sécurité en Europe sont à ce prix et sont à notre portée. N’oublions pas qu’en tenant en respect la deuxième armée du monde, l’Ukraine est aujourd’hui notre garantie de sécurité.