15
Févr
2022
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Mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune - rapport annuel 2021 - Mise en œuvre de la politique de sécurité et de défense commune - rapport annuel 2021 (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Haut Représentant, en matière de défense, l’année 2021 a en quelque sorte sonné la fin des illusions. L’ordre international, établi sur des règles, a été affaibli, assailli et mis à mal. À l’est, un signal nous a été donné, que la Russie envahisse ou non l’Ukraine. C’est par la menace d’une guerre conventionnelle sur le sol européen que Vladimir Poutine tente d’imposer sa vision du monde et de revenir au temps des sphères d’influence. Autour de la Méditerranée, les conflits en Syrie et en Libye se sont poursuivis sans se résoudre, envenimés par le jeu des puissances régionales, que rien n’arrête – pas même les souffrances des populations. Au Mali, un État défaillant, confronté à des mouvements djihadistes, a choisi de s’en remettre à des mercenaires étrangers pillards et harceleurs et de s’en prendre aux Européens qui tentent de lui venir en aide. En Afghanistan, l’OTAN s’est retirée sur un échec, laissant derrière elle la situation contre laquelle elle était intervenue, au risque d’une tragédie humanitaire. Partout, y compris dans nos sociétés démocratiques, les cyberattaques, les campagnes orchestrées malveillantes de désinformation massive et l’utilisation des flux migratoires à des fins de déstabilisation illustrent l’émergence de la guerre hybride et exigent des réponses nouvelles et fortes. C’est peu dire, en résumé, que l’environnement géopolitique de l’Union européenne s’est assombri. Josep Borrell nous a prévenus, l’Europe est en danger, et il a enjoint à apprendre à parler le langage de la puissance. Cette année, j’ai eu l’honneur de me voir confier le rapport sur la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne. J’ai voulu tout à la fois dresser un constat de ce que nous avons accompli en commun et porter une voix, celle du Parlement européen, afin d’exprimer nos attentes quant à la boussole stratégique, qui devrait être adoptée prochainement par le Conseil. Sur l’état des lieux de la PSDC, je dirais que nous avons commencé bien des choses sans toujours aller au bout de la logique qui sous-tendrait nos actions. S’agissant des missions et des opérations civiles et militaires de l’Union européenne en dehors de nos frontières, je voudrais tout d’abord saluer l’engagement et le professionnalisme de ceux qui y sont déployés et servent avec honneur, dans des situations souvent difficiles. Ces missions sont nombreuses, utiles, et elles accomplissent de leur mieux les mandats qui leur sont confiés. Pour autant, elles sont souvent limitées dans leur action. Des mandats insuffisamment robustes et flexibles, et une génération de forces souvent lente et incomplète: il y a loin de la coupe aux lèvres entre une décision du Conseil et sa mise en œuvre complète et effective sur le terrain. La mise en place de la facilité européenne pour la paix devrait au moins venir compenser une lacune longtemps constatée: celle qui consiste à former des armées partenaires sans leur fournir d’équipement, au risque de les voir se tourner vers d’autres interlocuteurs pour pourvoir à leurs besoins. Voilà donc un manque en passe d’être comblé. Saluons en particulier le rôle que la facilité peut jouer pour l’Ukraine, en lui apportant un soutien en matériel dont elle a cruellement besoin. Aujourd’hui, l’existence même de nos missions et de nos opérations est parfois remise en question. En RCA, l’omniprésence des mercenaires de Wagner empêche notre mission de remplir son mandat dans des conditions satisfaisantes. Au Mali, les contraintes imposées par la junte au pouvoir sur la présence de troupes européennes et l’arrivée – là encore – des mercenaires de Wagner conduisent nécessairement à reconsidérer le dispositif que nous avons déployé. En Somalie, l’avenir d’Atalanta n’est pas assuré. Face à un monde moins stable et plus dangereux, l’Europe doit sans tarder apporter de nouvelles réponses. La boussole stratégique arrive à point nommé et je salue le caractère tout à la fois ambitieux et pragmatique de la démarche. Ma conviction est claire et elle est forte: en cas de crise, l’Union européenne doit se doter d’une capacité de réaction rapide, susceptible d’être déployée sans délai. Elle doit aussi clarifier les fonctions de commandement et de contrôle des troupes qui agissent en son nom, en veillant à simplifier les structures et non à les empiler. L’objectif doit être celui d’un véritable état-major européen. Quant à savoir si les 27 États membres doivent être à chaque fois associés à la mise en œuvre des opérations militaires de l’Union européenne, il reste sans doute à mieux explorer ce que permettent les traités pour en faire bon usage. En résumé, face aux crises, l’Europe doit agir plus vite et mieux. Venons-en à la guerre hybride qui nous frappe déjà. L’Union européenne dispose d’atouts particuliers pour se défendre contre elle, en alliant ses compétences civiles et militaires et en incitant à la solidarité de tous quand l’un de ses membres est pris pour cible. Il en va de même de la protection des espaces communs ou contestés, maritimes, aériens, spatiaux ou cyber, où l’Union peut conjuguer ses forces pour protéger ses intérêts. L’Union européenne agira chaque fois qu’elle le peut avec ses alliés, en commençant par l’OTAN. Finissons-en avec les querelles sur le sexe des anges et admettons une fois pour toutes que le chaos du monde requiert à la fois une alliance atlantique revigorée et une défense européenne enfin renforcée. Mais nous devrons aussi agir en autonomie chaque fois que cela est nécessaire, car nous ne pouvons pas continuer à attendre d’autres que de nous-mêmes de dessiner et de mettre en œuvre notre sécurité. Tout cela demande moins de temps et de moyens que de volonté politique. J’espère que le vote du rapport sur la PSDC démontrera que notre Parlement n’en manque pas et qu’il encouragera le Conseil à ne pas nous décevoir.