Résultats de la première réunion de la communauté politique européenne (débat)
Madame la Présidente, que n’avait-on entendu? «Ça ne marchera jamais», «encore une grande idée qui restera dans les tiroirs», «les Britanniques ne viendront pas», «la communauté politique européenne, on ne sait même pas ce que c’est». Puis 44 chefs d’État et de gouvernement ont décidé de se réunir et de la faire naître, cette Communauté politique européenne. Les 27 étaient là mais aussi, à distance, Volodymyr Zelensky, et aussi, dans la salle, Liz Truss ou les dirigeants des Balkans. Il a fallu une vision, celle d’Emmanuel Macron, et il a fallu un moment, celui où notre continent comprend mieux que jamais qu’il est confronté aux mêmes défis, aux mêmes crises et à la même guerre, celle que la Russie mène contre l’Ukraine. L’heure n’est pas aux querelles stériles, elle est aux efforts pour s’unir et pour se rapprocher. Quel sera l’avenir de la Communauté politique européenne ? Celle-ci sera ce que tous en feront. Elle ne sera pas un substitut à l’adhésion des pays candidats à l’Union européenne, mais au contraire un complément. Elle n’effacera pas le Brexit, mais elle évitera que la trajectoire du Royaume-Uni et celle du reste de l’Europe ne s’éloignent. Surtout, nous avons collectivement une chance, celle de démontrer que l’Europe est beaucoup plus qu’un vieux continent, beaucoup plus qu’une petite presqu’île à l’ouest de l’Asie immense. Nous avons l’occasion de retrouver la fierté de ce que nous sommes: une civilisation, une promesse et un espoir.
Reconnaissance de la Fédération de Russie en tant qu'État soutenant le terrorisme (débat)
Madame la Présidente, qui d’autre qu’un terroriste aurait l’idée d’attaquer une centrale nucléaire civile, de la mettre en danger et d’y stocker des armes? Qui d’autre qu’un terroriste bombarderait une maternité, un théâtre, un jardin d’enfants, ou assassinerait un chef d’orchestre? Qui d’autre qu’un terroriste plongerait dans le noir un pays sans objectif militaire clair, dans le seul but d’imposer des souffrances, d’intimider, et donc de terroriser? Personne ne peut en douter. Non seulement la Russie agit, depuis le 24 février, comme un État agresseur, mais elle utilise aussi des méthodes terroristes. Avant de nous interroger sur les conséquences juridiques d’une telle qualification, j’engage nos médias à se poser les bonnes questions. Jamais ils n’ont imaginé inviter un porte-parole d’Al-Qaïda après le 11 septembre. Alors je ne vois pas ce que font les porte-paroles des ambassades russes, chaque jour ou presque, sur nos chaînes de télévision. Par respect pour les victimes de la terreur russe, par pitié, ne les invitez plus.
Lutter contre la propagande anti-européenne et anti-ukrainienne des acolytes européens de Poutine (débat d'actualité)
Monsieur le Président, on a déjà beaucoup parlé des collaborateurs qui, en Europe et jusque dans ce Parlement – on en a eu un exemple tout à l'heure – déroulent la propagande d'un président russe qui nous est ouvertement hostile. Je voudrais aujourd'hui, non pas me répéter, mais émettre des propositions. Commençons par ceux des Européens, car il y en a, qui ont servi de caution au simulacre de référendum en s'improvisant observateurs d'une mascarade. Je propose qu'ils fassent l'objet de sanctions européennes, tout comme les organisateurs de ces parodies électorales. Deuxièmement, on s'est réjoui de la suspension de RT et de Spoutnik en Europe, mais nombre de faux experts inondent nos plateaux sans dire leurs liens avec la Russie. L'information est un bien trop précieux pour qu'on ignore ce qu'elle contient. Je voudrais encourager les médias à afficher de façon systématique pour qui travaillent ceux qu'ils invitent, anciens militaires, anciens diplomates, pseudo-journalistes mais vrai businessmen de l'influence. Je m'étonne enfin qu'Eutelsat continue à disséminer de la propagande russe en diffusant, via quatre satellites, plus de 300 chaînes russes de télévision et une cinquantaine de radios à 15 millions de foyers russes. Il n'est plus le temps de… (Le Président retire la parole à l'oratrice)
Escalade de la Russie dans sa guerre d'agression contre l'Ukraine (débat)
Madame la Présidente, plus personne ne peut ignorer ce que veut le président russe: il a choisi de faire souffrir le peuple ukrainien, de faire souffrir le peuple russe et de nous être hostile. Dorénavant, il est clair que le monde n’a rien à perdre et tout à gagner à une défaite, en Ukraine, de la Russie. Un Ukrainien me le disait hier: si la Russie perd, il n’y a plus de guerre. Si elle devait gagner, il n’y aurait plus d’Ukraine. Alors je le dis au peuple et à l’armée russes: cessez d’agresser l’Ukraine, vous ne vous en porterez que mieux. L’Ukraine ne souhaite pas agresser la Russie. Volodymyr Zelensky n’a jamais parlé de dénazifier le Kremlin. Vous n’avez rien à gagner et tout à perdre à cette guerre inutile et meurtrière, aucune raison de mourir pour des simulacres de référendums. Je le dis aux peuples européens: ce n’est pas le moment de flancher, ni dans notre soutien à l’Ukraine – car il donne des résultats –, ni dans nos sanctions vis-à-vis de la Russie, car Vladimir Poutine n’attend que cela. Les menaces nucléaires, les sabotages de gazoducs ne servent qu’à nous intimider. Nous devons livrer à l’Ukraine plus d’armement, et plus vite, car c’est maintenant que cela se joue. Si nous voulons écourter cette guerre, nous devons tenir. Avec notre soutien, avec notre détermination, l’Ukraine doit gagner, elle peut gagner et elle va gagner. Slava Ukraïni!
La situation au Burkina Faso à la suite du coup d'État (débat)
Monsieur le Président, Madame la commissaire, alors que l'armée russe recule en Ukraine, Moscou s'invente une nouvelle aventure coloniale, en Afrique cette fois, avec la complicité du groupe Wagner. Le dernier pays victime de l'appétit prédateur insatiable de la Russie est le Burkina Faso. Le pays des hommes intègres est aujourd'hui pris en tenaille entre la violence des groupes djihadistes et les pillards du groupe Wagner. La situation du peuple burkinabé est tragique et l'on comprend qu'il ne sache plus à qui accorder sa confiance. Plus du tiers du territoire est entre les mains des djihadistes. Un Burkinabé sur dix est une personne déplacée. À Djibo, au moins 200 000 habitants sont soumis à la pression djihadiste, privés d'eau, d'énergie, de nourriture et de soins. On pourrait espérer que l'armée burkinabée se précipite dans le Nord pour leur venir en aide. Eh bien non! Au lieu de cela, c'est un coup d'État militaire qui a eu lieu à Ouagadougou. Les nouvelles autorités, de fait, croient pouvoir faire mieux que leurs prédécesseurs et on leur souhaite d'y parvenir. Hélas, les premiers jours de leur prise de pouvoir se sont traduits par des violences inacceptables contre l'ambassade de France. L'Institut français a été vandalisé sans que les autorités de fait ne réagissent. Il est attendu d'elles autre chose que la recherche insensée de boucs émissaires. Il est attendu d'elle qu'elles protègent les ressortissants européens et qu'elles s'attellent aux maux qui frappent le pays. Qu'on ne vienne pas nous dire que la Russie aidera à vaincre les groupes armés et à lutter contre la pauvreté. Partout où il est présent, de la Centrafrique au Mali, le groupe Wagner ne fait qu'ajouter de la violence à la violence et pille les ressources. La Russie ne règle pas les crises africaines parce qu'elles en vit, elle ne sert pas l'Afrique, elle se sert de l'Afrique. Mais ce qui se passe à Ouagadougou est aussi notre échec. Nous avons laissé la désinformation fleurir sans une réaction à la hauteur. Nous aidons le Burkina de manière considérable, sans que ses habitants voient le résultat de nos efforts. Nous offrons à la Russie une victoire facile qui ne résoudra rien des défis auxquels le Sahel est confronté. Il est temps, plus que temps de repenser notre action en profondeur.
Heure des questions (VPC/HR) Tensions croissantes entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan à la suite de l'escalade militaire récente
Monsieur le Président, l’agression de l’Arménie par l’Azerbaïdjan ressemble à celle de l’Ukraine par la Russie, et elle en découle. Parce que Moscou bouscule l’ordre international, Bakou ne voit plus de raison de le respecter, et parce que la Russie est affaiblie en Ukraine, elle est incapable de protéger l’Arménie – ce qu’elle faisait déjà bien mal. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et voir l’Arménie attaquée par son voisin et abandonnée à son sort par la Russie. Nous devons soutenir l’envoi d’observateurs sur place, travailler à un tracé définitif de la frontière, obtenir la restitution immédiate de tous les prisonniers et documenter de manière indépendante les crimes de guerre. Les principes et les valeurs que nous défendons sont les mêmes de Kiev à Erevan. Allez-vous vous mobiliser, Monsieur le Haut-représentant?
Heure des questions (VPC/HR) Tensions croissantes entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan à la suite de l'escalade militaire récente
Monsieur le Président, «mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde», écrivait Albert Camus. En la matière, Monsieur le Haut-représentant, l’Union européenne s’est illustrée par son incapacité à dire clairement ce qui se passe dans le sud du Caucase. Ce qui se passe, c’est que depuis le 13 septembre l’Azerbaïdjan est entré par la force sur le territoire internationalement reconnu de l’Arménie. Cette agression militaire a eu lieu quelques jours à peine après une rencontre entre le président Aliyev et le premier ministre Pachinian sous les auspices du président du Conseil, Charles Michel, et alors que l’un et l’autre avaient réaffirmé leur engagement en faveur d’une paix négociée. Ilham Aliyev n’a pas seulement agressé l’Arménie, il a aussi humilié l’Union européenne, en ne tenant aucun compte des engagements qu’il avait pris devant le président du Conseil. L’Europe ne se grandit pas quand elle se laisse mépriser. Madame von der Leyen ne s’est pas grandie quand elle a qualifié l’Azerbaïdjan de «partenaire fiable». Votre propre envoyé spécial, Toivo Klaar, n’est pas plus crédible lorsque, face à l’exécution à bout portant de prisonniers arméniens, il hésite à qualifier le crime et tait le nom des agresseurs – les soldats azerbaïdjanais. Quand allons-nous enfin clarifier notre discours, Monsieur le Haut-représentant?
Partenariat renouvelé avec le voisinage méridional – un nouveau programme pour la Méditerranée (débat)
Madame la Présidente, avec les pays du sud de la Méditerranée, nous n’avons pas qu’une mer et une histoire en commun. Nous avons un avenir à bâtir ensemble, parce que nous avons tout à gagner des succès de nos voisins et tout à craindre de leurs échecs. C’est ce qu’a voulu dire l’Agenda pour la Méditerranée qu’ont présenté la Commission et le Haut représentant l’an dernier. Et c’est aussi ce que dit la recommandation que nous vous proposons d’adopter. Mais au-delà des bonnes intentions, il y a une réalité qui doit nous préoccuper. Cette réalité, c’est que les deux rives de la Méditerranée ont commencé à s’éloigner. Au sud, la guerre en Ukraine est souvent perçue comme notre problème et nos sanctions comme néfastes, à tort. Au sud, on écoute volontiers la Chine, la Russie, la Turquie ou les monarchies du Golfe, et un peu moins l’Europe. Les torts sont partagés, mais prenons-en notre part, soyons un peu moins satisfaits, beaucoup plus présents, et adressons-nous bien davantage à nos partenaires du sud de la Méditerranée avec respect, amitié et franchise pour bâtir notre avenir commun.
Les relations du gouvernement russe et des réseaux diplomatiques russes avec des partis extrémistes, populistes, anti-européens et certains autres partis politiques européens dans le contexte de la guerre (débat)
Madame la Présidente, on peine à le croire, et c’est douloureux de le dire, mais il y a dans notre Union et dans notre Parlement des partis qui se déshonorent et qui déshonorent l’Europe. On peine à le croire, mais il y a ici des députés qui n’ont pas voulu condamner les atrocités commises par le groupe Wagner, qui n’ont pas voulu sanctionner la Russie, qui n’ont pas voulu aider l’Ukraine ou lui donner le statut de candidat à l’Union européenne et qui n’ont voulu dénoncer ni l’empoisonnement d’Alexeï Navalny, ni la fermeture de Memorial. Certains de ces élus sont aujourd’hui députés à l’Assemblée nationale en France, d’autres siègent toujours sur nos bancs. On aimerait que Jean-Luc Mélenchon n’ait jamais dit que Vladimir Poutine allait régler le problème en Syrie, qu’il n’ait jamais parlé – je cite – du «gouvernement néo-nazi de Kiev», qu’il n’ait jamais appelé – je cite – à «la patience, l’écroulement de l’économie ukrainienne, la désagrégation de ce pays qui a tant de mal à en être un: tout vient à point à qui sait attendre», comme il l’écrivait alors qu’il était député européen en 2015. On voudrait que Thierry Mariani n’ait jamais mis en doute les crimes de l’armée russe à Marioupol ou à Boutcha. On voudrait qu’aucun député n’ait voyagé en Crimée aux frais de l’État russe pour des opérations d’observation électorale bidon. On souhaiterait que le Rassemblement national ne soit pas débiteur d’une entreprise russe du secteur de l’armement qui commerce avec Bachar el-Assad. On peine à croire que tout cela soit possible. Et pourtant, ce sont des faits et c’est une honte.
Introduction unilatérale par le gouvernement britannique du projet de loi relatif au protocole sur l'Irlande du Nord et respect du droit international (débat)
Monsieur le Président, je dis à nos chers amis britanniques que nous vivons une période d'anxiété: La guerre est revenue en Europe, l'inflation augmente et le changement climatique est entré dans nos vies. À ce moment-là, nous devons nous unir, pas être divisés. Nous devons unir nos forces, et non agir unilatéralement. Nous devons honorer nos engagements, pas les violer. Et comme toujours, nous devons écouter les gens. Qu'est-ce que les gens en Irlande du Nord ont à dire? Ils ont élu la majorité des députés qui soutiennent le protocole sur l’Irlande du Nord, à condition que des ajustements mineurs soient apportés. C'est précisément ce que l'UE a offert. Nous savons tous qu'il y a une zone d'atterrissage dans le protocole. Aujourd'hui, le protocole n'est pas le problème. Regardez les chiffres. L'Irlande du Nord se porte mieux que le reste du Royaume-Uni. Il n'y a pas de pénurie, à l'exception de deux produits essentiels: la prévisibilité et la confiance. Le problème auquel l'Irlande du Nord est confrontée, auquel le Royaume-Uni est confronté, a un nom. Ce n'est pas le protocole. Le nom du problème est Brexit et le type de Brexit qui a été choisi par le gouvernement britannique actuel.
La politique étrangère, de sécurité et de défense de l’Union après l’invasion de l’Ukraine par la Russie (débat)
Monsieur le Président, la guerre est de retour en Europe. Cette phrase terrible, nous ne savions pas, il y a encore quelques mois, que nous aurions à la prononcer. Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie, mais nous sommes face à la guerre à cause de la Russie. Qu’est-ce que cela signifie? Que nous aidons l’Ukraine. Qu’il nous faut l’aider davantage. Lui fournir encore plus de soutien militaire, financier, humanitaire, politique, moral. Oui, moral. Mesurons chacune de nos paroles, chacun de nos actes en nous demandant ce qui est moralement acceptable. Moral car, lorsque l’Ukraine demande à rejoindre l’Union européenne, nous devons lui dire fortement et solennellement merci. L’Ukraine est déjà membre d’honneur de notre Union par le sang versé pour défendre son territoire et pour défendre nos libertés. Qu’elle soit candidate est un honneur qu’elle nous fait. Sa place est parmi nous. Mais il y a une chose que nous ne pouvons pas faire, c’est dire à l’Ukraine ce qu’elle doit ou ce qu’elle ne doit pas accepter. Parce que nous n’avons pas envoyé de troupes aux côtés de l’armée ukrainienne, nous n’avons tout simplement pas le droit de dicter à l’Ukraine sa conduite; ne l’oublions pas. Nous avons en revanche un devoir: celui de tirer les conséquences du retour de la guerre sur notre continent pour savoir comment mieux protéger nos concitoyens. Et d’abord il nous faut tirer les leçons de nos échecs. Car oui, l’invasion de l’Ukraine est le signe que nous avons échoué. Si nous avions admis l’Ukraine dans l’OTAN, elle n’aurait pas été attaquée. Ceux qui s’y sont opposés ont eu tort. Si nous avions réagi plus fortement à l’agression russe contre la Géorgie, à l’annexion de la Crimée et à la guerre du Donbass, si nous n’avions pas détourné le regard quand 21 000 civils sont morts à Alep sous les bombes russes, la Russie n’aurait pas cru que nous la laisserions attaquer l’Ukraine. Nous avons réagi: tant mieux. Nous livrons des armes à l’Ukraine: c’est notre devoir. Que ne l’avons nous fait plus tôt! La facilité européenne de paix prouve chaque jour son utilité: que ne l’avons-nous déclenchée avant le début des hostilités, lorsque Kiev était déjà menacé, mais que nous en étions encore à pinailler pour quelques millions d’euros d’équipements non létaux! Aujourd’hui même, les États membres font-ils tout ce qu’il faut? Le font-ils assez vite? J’ai peur que la réponse soit variable, pour le dire poliment. Pour certains, la question est celle de la reconstitution de leurs stocks: traitons-la. Appliquons-nous à acheter en commun les armements dont nous ou nos partenaires avons besoin. Ce que nous avons fait pour les vaccins – acheter ensemble et produire en Europe –, faisons-le pour les équipements qui vont protéger les Européens. La Commission a fait de premières propositions, elles vont dans le bon sens – même si ce n’est qu’un début. Personnellement, je propose d’aller plus loin et de nous diriger vers un «Buy European Act» en matière d’équipement militaire. Notre souveraineté passe aussi par-là, notre souveraineté et notre crédibilité. À propos de crédibilité, quel constat dresser, trois mois après le début de la guerre d’Ukraine? L’Union européenne a adopté six paquets de sanctions vis-à-vis de la Russie: une fermeté sans précédent face à une agression sans antécédent. Il faudra continuer sur la durée et rester unis. Oui, mais précisément? Confondre unité et unanimité nous coûte. Nous avançons au rythme du plus réticent des 27 États membres. L’embargo pétrolier, depuis combien de temps une écrasante majorité d’entre nous le réclamait-elle? Combien de temps a-t-il fallu pour que le Conseil l’adopte à l’unanimité? Cette règle de l’unanimité doit être abandonnée. C’est ce que pense ce Parlement. C’est ce qu’attendent les citoyens qui se sont exprimés pendant la conférence sur l’avenir de l’Europe. C’est logiquement ce que demande la recommandation que David McAllister et moi-même avons rédigée ensemble. Un mot, encore, le dernier. Le Danemark vient de rejoindre l’Europe de la défense, et je veux adresser au peuple danois mes remerciements chaleureux pour ce choix. De leur côté, la Finlande et la Suède veulent rejoindre l’OTAN. Je soutiens pleinement cette démarche et j’appelle solennellement le président turc à cesser d’y faire obstacle. D’ici là, Stockholm et Helsinki pourront compter sur la pleine solidarité des autres membres de l’Union européenne au titre de l’article 42, paragraphe 7, de notre traité. S’il fallait une preuve que la défense européenne et l’OTAN ne sont pas contradictoires mais bien complémentaires, la voilà.
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, il paraît que le président Erdogan demande que la première ministre suédoise limoge son ministre de la défense, nous l'avons appris ce week-end. Alors puisque le président turc a des exigences, autant lui dire nous aussi ce que nous attendons de lui. Monsieur Erdogan, cessez de prendre en otage la demande d'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN. Cette demande est légitime. Votre chantage ne l'est pas. Monsieur le Président, cessez de croire que la Turquie est chez elle en Syrie. Vous portez atteinte à la lutte contre Daech, un terrorisme qui a endeuillé notre continent. Monsieur Erdogan, respectez la souveraineté de la Grèce et de Chypre, elle n'est pas négociable. Monsieur le Président, n'achetez pas le blé que la Russie vole aux Ukrainiens, n'accueillez pas à bras ouverts les oligarques. La guerre d'Ukraine est un tournant historique. Il vous revient cette fois-ci, pour une fois, de mettre la Turquie du bon côté de l'histoire. Vous le pouvez encore, mais le temps presse.
Menaces pesant sur la stabilité, la sécurité et la démocratie en Afrique de l'Ouest et au Sahel (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, ce qui s’est passé au Mali, le 20 avril dernier, est d’une gravité extrême. Ce jour-là, un faux compte sur les réseaux sociaux accuse des soldats français de Barkhane d’avoir commis un massacre de masse avant de quitter leur base de Gossi et appuie son accusation sur la prétendue découverte d’un charnier. Or, un drone français a filmé au contraire un groupe d’hommes en train d’enterrer des corps à Gossi. Parmi eux, des mercenaires du groupe Wagner. On s’est donc servi de morts, de cadavres, pour monter de toutes pièces une mise en scène macabre destinée à discréditer l’action de la France, au moment où elle quitte le Mali. Quelques jours plus tôt, à Moura, toujours au Mali, les forces armées maliennes, aidées du groupe Wagner, se sont livrées au massacre de centaines de civils, sous prétexte de lutter contre les groupes djihadistes. Des civils assassinés, des cadavres manipulés, c’est cela Wagner au Mali. L’Union européenne ne peut pas continuer à former au Mali des soldats qui sont employés à commettre de telles atrocités. Si la junte malienne choisit de s’associer à des mercenaires barbares, si elle refuse des enquêtes indépendantes sur les crimes commis, alors nous n’avons rien à faire là. Nous continuerons ailleurs, là où nous sommes les bienvenus. Le peuple malien saura un jour, j’en suis convaincue, comprendre notre choix.
État de préparation de l'Union face aux cyberattaques à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie (débat)
Monsieur le Président, la guerre en Ukraine nous a ouvert les yeux. Dans nos relations avec la Russie, il y a un avant et un après le 24 février, date de l’agression militaire russe. Tant que Vladimir Poutine n’aura pas retiré ses troupes d’Ukraine et renoncé à menacer la sécurité de l’Europe, nous ne pourrons plus faire comme avant, plus faire comme si de rien n’était. Quand je dis «nous», je pense d’abord à nos institutions européennes et en priorité à notre Parlement, dont nous sommes directement responsables. Je tiens à remercier notre présidente Roberta Metsola, qui s’est résolument engagée à renforcer la cybersécurité de notre Assemblée. Il était plus que temps: les cyberattaques nous ciblent sans répit, mais l’effort est engagé, et il faut l’encourager. Ayant dit cela, je voudrais vous interpeller, chers collègues et en particulier les présidents de nos groupes politiques: nous devons prendre la sécurité de notre institution beaucoup plus au sérieux. Au moment où nous appelons à renforcer les sanctions à l’encontre de la Russie et l’aide à l’Ukraine, est-il normal que travaillent dans ce Parlement des doubles nationaux russes liés au pouvoir en place? Est-il raisonnable de traiter de sujets confidentiels en ligne sans savoir qui est connecté? Comment espérons-nous exercer un meilleur contrôle sur des sujets aussi importants que la défense européenne sans renforcer au préalable notre culture de sécurité? Nous ne pouvons plus ignorer ce sujet. Renforcer notre sécurité, c’est renforcer notre crédibilité, notre efficacité, notre capacité à contrôler le travail du Conseil et de la Commission. C’est l’affaire de chacun d’entre nous, mais il est plus que temps de nous emparer du sujet et de comprendre qu’il n’est plus question de faire comme on a toujours fait, parce que vraiment on n’a pas fait assez.
Madame la Présidente, le groupe auquel j’appartiens est favorable, sans ambiguïté et sans réserve, au soutien militaire à l’Ukraine. Nous voulons même que les livraisons d’armes soient plus nombreuses, plus rapides et que plus de pays puissent y participer dans l’Union européenne. Ceci étant dit, voir arriver sans préavis, sans examen préalable, un projet d’ajout d’un point technique, précis et qui mérite un examen approfondi, à notre ordre du jour, ne me paraît pas la bonne approche ni la bonne méthode. Nous risquons d’avoir un débat incertain, imprécis, des hésitations, des doutes, des réticences en public. Et le seul qui pourrait s’en réjouir, c’est le président russe Vladimir Poutine. Le groupe auquel j’appartiens ne voit pas de raison de lui faire ce cadeau. Nous sommes donc opposés à la demande d’ajout présentée par nos collègues du PPE.
Coopération et similitudes entre le régime de Poutine et les mouvements d'extrême droite et séparatistes en Europe (débat d'actualité)
Madame la Présidente, l’extrême droite européenne se dit nationaliste et patriote. L’ennui, c’est que la nation qu’elle défend, c’est la Russie de Vladimir Poutine. Juin 2013: Marine Le Pen se rend en Russie, c’est le premier d’une série de déplacements à Moscou qu’elle effectuera avec zèle. Un de ses accompagnateurs résume le voyage. Il envie les Russes qui, eux, ont un vrai chef. Elle y retourne en avril 2014, juste après l’annexion de la Crimée. Marine Le Pen n’a pas d’états d’âme et reconnaît la Crimée comme russe. Le Kremlin se frotte les mains. Dans un échange de SMS qui a été hacké par des activistes et rendu public, deux membres de l’administration présidentielle russe se félicitent: elle n’a pas trahi nos attentes, il faudra d’une manière ou d’une autre remercier les Français. Je précise que cet échange n’a jamais été démenti. La récompense ne tardera pas sous la forme de deux prêts d’un montant total de 11 millions d’euros, à ma connaissance toujours pas remboursés. En 2017, Marine Le Pen est reçue par Vladimir Poutine. On pourrait croire qu’elle en a honte aujourd’hui. Eh bien, pas du tout. La photo de sa poignée de main trône dans le livret largement diffusé pour appuyer sa candidature à la présidence de la République française. Et dans son programme figure noir sur blanc l’alliance avec la Russie. Il y a deux jours, elle le disait encore, Vladimir Poutine pouvait redevenir un allié après la fin de la guerre d’Ukraine. En fait, Marine Le Pen se trompe et nous trompe: Vladimir Poutine n’a jamais cessé d’être son allié, comme celui de toute l’extrême droite française. Éric Zemmour, le nouveau venu de la scène politique de mon pays, avait effectué, dès septembre 2015, le voyage de Moscou et rencontré lui aussi des proches de Vladimir Poutine. Il y retournera plusieurs fois, comme ses partisans. Il rêve d’un Poutine français et considère le président russe comme un démocrate. Il est vrai que pour Éric Zemmour, l’Ukraine n’existe pas. Madame la Présidente, chers collègues, j’ai honte pour ceux de mes compatriotes qui se sont acoquinés et asservis auprès d’un dictateur et d’un criminel de guerre. J’ai honte pour eux, mais eux n’ont honte de rien: ils sont nés avant la honte.
Conclusions du Conseil européen des 24 et 25 mars 2022, y compris les dernières évolutions de la guerre en Ukraine et les sanctions de l'UE contre la Russie ainsi que leur mise en œuvre (débat)
Madame la Présidente, merci d’avoir rappelé tout à l’heure qu’on ne peut pas confondre la liberté d’opinion et d’expression avec le droit de nier les faits, avec le négationnisme. En Europe, il y a ceux, et ils sont nombreux, qui pensaient que jamais Vladimir Poutine n’attaquerait l’Ukraine, comme si 140 000 hommes massés à une frontière, cela pouvait être du bluff. Le problème que nous avons eu, ce n’est pas la qualité du renseignement dont nous disposions, puisqu’il était public. Le problème que nous avons eu a été notre incapacité à penser l’impensable depuis le confort de notre Europe en paix. En Europe, il y a aussi ceux, et j’espère qu’ils sont honteux, qui ne voulaient pas livrer d’armes à l’Ukraine parce qu’ils pensaient que l’armée ukrainienne s’effondrerait en trois jours. Certains ont changé d’avis, mais ils ont fait perdre du temps, un temps fou. Aujourd’hui, il faut poursuivre, il faut accélérer. Car si les combats sont peut-être moins intenses à l’ouest, l’enfer du Donbass est loin d’être terminé. Nous ne devons pas l’accepter. Nous ne devons pas nous y habituer. Et puis, il y a ceux, et parfois ce sont les mêmes, qui attendent une escalade supplémentaire de la part de l’armée russe pour accroître encore les sanctions. Il y en a parmi eux qui me l’ont dit: il faudra un massacre pour qu’on en fasse encore plus. Alors je leur demande de nous dire comment s’appelle ce qui s’est passé à Boutcha, les rues jonchées de cadavres de civils, les mains attachées derrière le dos. Je leur demande de nous dire comment ils se sentent quand ils ont sous les yeux la preuve que des massacres sont commis en Ukraine par l’armée russe. Je leur demande de nous dire ce qu’ils comptent faire et quand – mais bon Dieu, quand ils vont arrêter de financer la machine de guerre de Vladimir Poutine en continuant à importer du pétrole et du gaz russes? Qu’attendent-ils? Que Poutine lui-même ferme le robinet? S’ils n’ont pas compris ce qui se passait hier, qu’au moins ils comprennent comment il faut agir aujourd’hui, qu’au moins ils laissent l’Europe faire preuve de courage et de dignité.
Heure des questions au Vice-président de la Commission/haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité - Sécurité et boussole stratégique de l'UE
Merci, Monsieur le Haut représentant. J’ai une autre question. Au sommet de Versailles, j’ai été surprise que l’on demande à la Commission d’évaluer les lacunes capacitaires de l’Union européenne alors que – vous l’avez dit tout à l’heure – cette analyse existe. Elle est conduite depuis des années par l’Agence européenne de défense. Tous les États membres en disposent. Alors ce que nous attendons, ce n’est pas un état des lieux supplémentaire: c’est de savoir ce qui va être fait concrètement pour combler ces lacunes, et notamment lorsqu’on a besoin de matériel pour les opérations de PSDC.
Heure des questions au Vice-président de la Commission/haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité - Sécurité et boussole stratégique de l'UE
Monsieur le Haut Représentant, lorsque vous êtes venu en audition devant notre Parlement en 2019, avant d’être confirmé, je vous avais demandé de bien vouloir préparer un premier livre blanc de la défense européenne. La boussole stratégique vient d’être adoptée et je voudrais vous adresser mes chaleureuses félicitations. Mais, vous l’avez dit vous-même, nous ne sommes qu’au début de l’histoire. Or, l’histoire s’accélère et notre défense doit en faire autant. Alors, je voudrais vous demander: quand passons-nous vraiment des paroles aux actes? Quand renforçons-nous vraiment notre résilience? Quand mettons-nous vraiment en place un état-major européen opérationnel? Quand la capacité de réaction rapide sera-t-elle vraiment sur pied? Et aussi, pouvez-vous nous donner votre opinion sur les montants qui ont été alloués au Fonds européen de défense, à la mobilité militaire et à la Facilité européenne de paix, dont nous avons consommé en un mois davantage que ce que nous avions prévu pour un an? N’avons-nous pas pensé trop petit et trop lent?
Protection accordée par l'Union européenne aux enfants et aux jeunes qui fuient en raison de la guerre en Ukraine (débat)
Monsieur le Président, il y a ceux qui sont morts sous les bombes et qui ne grandiront jamais. Il y a ceux qui sont nés dans les abris et qui n’ont pas encore vu la lumière du jour. Il y a ceux dont les écoles ont été bombardées, ceux qui ont été séparés de leurs parents, ceux qui ont été emmenés de force en Russie, et il y a ceux qui ont fui. Eux, ce sont les enfants d’Ukraine. L’Europe leur a ouvert les bras, mais nous devons nous demander tous les jours si nous faisons assez pour les enfants d’Ukraine. Laissez-moi vous le dire: nous devons faire beaucoup plus. Beaucoup plus pour ceux qui sont restés en Ukraine et qui partout manquent de tout. Acheminer beaucoup plus d’aide humanitaire, car on mange des chiens à Marioupol. Faire pression beaucoup plus fortement sur Moscou pour pouvoir évacuer les civils, et d’abord les mères et les enfants. Soutenir beaucoup plus la Moldavie, qui détient le record du nombre de réfugiés par habitant: 100 000 pour un petit pays de 2,5 millions d’âmes, dont la moitié sont des enfants. Je reviens de Moldavie et je demande au HCR ce qu’il attend pour que tous les réfugiés reçoivent un soutien, alors que ce sont les familles moldaves qui leur ont ouvert leurs portes et qui partagent avec eux ce qu’elles ont. Je demande aux donateurs ce qu’ils attendent pour soutenir Chisinau, qui fait de son mieux. Je demande aux États membres de l’Union européenne de ne pas laisser le pays le plus pauvre d’Europe porter l’effort seul. Un dernier mot sur les enfants d’Ukraine et sur leurs mères. Certains de ces enfants sont nés de GPA. Certaines de ces mères sont des mères porteuses. J’en entends qui osent s’alarmer que ce soit possible en Ukraine. À ces Tartuffe-là, je veux dire simplement: être pour la vie, c’est être pour toutes les vies, quelles qu’elles soient. J’espère que ces mères et que ces enfants seront accueillis en Europe comme ils doivent l’être, avec chaleur et avec humanité.
Destruction du patrimoine culturel au Haut-Karabakh
Madame la Présidente, la culture, c’est la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre. Cette phrase de Milan Kundera nous rappelle que chaque fois qu’on s’attaque à la culture d’un peuple, c’est qu’on cherche à le détruire. Nous l’avons vu quand les talibans ont fait exploser les Bouddhas de Bâmiyân. Nous l’avons encore vu quand Daesh a détruit le temple de Nimroud, les sanctuaires de Mossoul ou le Lion de Palmyre. Le 3 février dernier, le ministre de la culture d’Azerbaïdjan a annoncé la mise en place d’un groupe de travail sur le patrimoine du Haut-Karabakh. Il est vrai que depuis le conflit armé de l’automne 2020, près de 1 500 monuments sont passés sous le contrôle de l’Azerbaïdjan. Parmi eux, 161 églises ou monastères arméniens, 345 pierres tombales, 591 stèles. Il y aurait donc matière à assurer leur protection. Mais il y a, en réalité, matière à s’alarmer de ce que le ministre azéri compte faire. En effet, le 15 mars 2021, le président Aliyev s’est déplacé à Tsakuri, dans la région d’Hadrout; face à une église du XIIe siècle, il a promis d’effacer les inscriptions arméniennes qui y figurent. D’autres églises ont déjà été détruites. Le prétexte invoqué: rendre justice à la culture des Albanais du Caucase. Si vous ignorez de quoi il s’agit, ne vous inquiétez pas, aucun historien sérieux n’en atteste. Si vous vous demandez s’il y a vraiment de quoi s’inquiéter, sachez qu’entre 1997 et 2006, 89 églises arméniennes, 5 800 stèles et plus de 22 000 tombes, dont celles du cimetière arménien de Djoulfa, ont été rasées par l’Azerbaïdjan dans l’enclave du Nakhitchevan. Bakou nie toute destruction et s’insurge du mauvais procès qui lui serait fait. L’Azerbaïdjan affirme que l’Arménie porte la responsabilité de la destruction de patrimoine azéri dans le premier conflit du Haut-Karabakh. C’est possible, et si tel est le cas, cela doit être condamné. Mais pourquoi alors l’Azerbaïdjan empêche-t-il l’Unesco de faire son travail et d’envoyer sur place une mission d’experts, comme cela est proposé depuis novembre 2020. C’est pourtant le rôle de l’organisation onusienne d’intervenir dans le cadre de la convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé. Aujourd’hui, j’en appelle aux coprésidents du groupe de Minsk pour qu’ils interviennent auprès de l’Azerbaïdjan. J’en appelle à l’Union européenne, afin qu’elle se prévale des liens privilégiés du partenariat oriental pour obtenir des assurances claires de la part de Bakou que le patrimoine arménien sera préservé. J’en appelle à l’Unesco, qui ne doit pas se laisser intimider, mais aussi à d’autres acteurs de terrain, tels qu’Aliyev, pour qu’ils agissent enfin. Écoutons ce que Sigmund Freud nous a appris: tout ce qui travaille à la culture travaille contre la guerre.
Débat avec Kaja Kallas, Première ministre de l'Estonie - Le rôle de l'Union dans un monde en mutation et la situation en matière de sécurité en Europe à la suite de l'agression et de l'invasion de l'Ukraine par la Russie (débat)
Madame la Présidente, Madame la Première ministre, Monsieur le Haut Représentant, la guerre est revenue hanter l’Europe. La mort frappe à nos portes et nous devons nous rendre à l’évidence: en dépit de nos efforts et de l’héroïsme du peuple ukrainien, nous n’avons pas pu empêcher la guerre et nous ne parvenons pas encore à l’arrêter. Bien sûr, nous avons fait beaucoup en peu de temps, des sanctions contre le régime russe à la fermeture des canaux de propagande de Moscou, en passant par la livraison d’armes à l’Ukraine. Mais nous le voyons bien, ce n’est pas encore assez. Nous devons faire plus pour défendre le peuple ukrainien et pour nous défendre nous-mêmes. Nous devons apprendre à nous passer du pétrole et du gaz russes. Nous devons armer davantage encore l’Ukraine, non pas pour prolonger le conflit, mais pour qu’elle puisse protéger ses civils pris sous le feu des bombes russes. Nous devons veiller sur la Moldavie, qui accueille tant de réfugiés et qui tremble d’être la prochaine cible de Vladimir Poutine. Nous devons nous protéger nous-mêmes en accroissant enfin de manière significative nos efforts de défense. L’Allemagne augmente son budget militaire? Tant mieux, il était temps. Le Danemark songe à rejoindre l’Europe de la défense? Qu’il soit le bienvenu. Mais il nous reste encore beaucoup à faire. La mobilité militaire n’a pas fait assez de progrès. Nos infrastructures critiques ne sont pas encore assez protégées. Nous devons surtout renforcer la solidarité des pays européens. Je salue le renforcement de la présence de l’OTAN à l’Est, mais songeons tout autant aux pays qui ne sont pas membres de l’Alliance atlantique – je pense en particulier à la Suède et à la Finlande. À l’heure où l’Europe doit adopter sa boussole stratégique, n’hésitons pas, ne lésinons pas, construisons l’Union européenne de la défense. Ce ne sera pas trop tôt après en avoir parlé si longtemps. Faisons en sorte que ce ne soit pas trop tard.
Ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne (débat)
Monsieur le Président, l’Ukraine nous l’a montré, la guerre hybride mène à la guerre tout court. Pendant des années, la Russie a déversé sur Kiev des torrents de désinformation. Elle a soudoyé des hommes politiques, harcelé le pays par d’innombrables cyberattaques. Et puis, elle a donné l’assaut. C’est parce que l’Ukraine est une démocratie qu’elle est attaquée. Aujourd’hui, ce sont toutes les démocraties qui sont la cible d’ingérences étrangères et toutes doivent comprendre la menace qui pèse sur elles. Nous devons aussi bien mesurer que ce sont tous les États autoritaires qui recourent à ces opérations d’influence pour tenter de nous affaiblir, de nous diviser et de discréditer la démocratie. La Russie la première, certes, mais elle n’est pas la seule. Le rapport que nous allons voter présente un immense mérite. Il nomme les choses. On ne pourra plus dire que nous ne savions pas. On ne pourra plus ignorer comment les anti-vaccins ont pu être manipulés. On aura compris que, du Brexit aux élections américaines en passant par la Catalogne, des scrutins ont été exploités depuis des capitales étrangères pour tenter de fracturer nos démocraties. On ne pourra plus fermer les yeux sur les idiots utiles qui récitent la propagande dictée par des dictatures, ni faire semblant de ne pas voir que cette Assemblée en compte quelques-uns. Le rapport que nous allons voter formule également des recommandations. Elles s’adressent aux États, à l’Union européenne, aux plateformes numériques, aux médias, aux universités. La première exigence est celle de la transparence des algorithmes, des financements des partis politiques, des accointances de certains responsables ou anciens responsables. La deuxième exigence est celle de la mobilisation de tous. Le peuple ukrainien se bat aujourd’hui pour la liberté. N’attendons pas d’en arriver là pour... (Le Président retire la parole à l’orateur)
Monsieur le Président, il a fallu une guerre sur le sol européen pour que l’Europe apprenne à parler le langage de la puissance. Il a fallu Vladimir Poutine et sa guerre de trop pour que le lien transatlantique se resserre, pour que l’OTAN se réveille et pour que la défense européenne naisse enfin. Il a surtout fallu l’extraordinaire courage de Volodymyr Zelensky et du peuple ukrainien pour que nous nous sentions enfin obligés d’essayer d’être à la hauteur. Ne nous leurrons pas: la crise sera longue et elle sera dure. Nous allons devoir tenir, assumer le prix de nos décisions et surtout aller plus loin dans le renforcement de notre Union. À Midane, en 2014, c’est le drapeau européen que les Ukrainiens brandissaient pour réclamer la fin de la tutelle de Moscou. Aujourd’hui, dans les abris où ils se réfugient contre les bombes, on voit encore des drapeaux européens. C’est vers nous que l’Ukraine regarde. Nous devons prouver aux Ukrainiens qu’ils ont raison de croire en nous. Nous devons aimer l’Europe autant qu’ils l’aiment. Slava Ukraini.
Relations UE-Russie, sécurité européenne et menace militaire de la Russie contre l'Ukraine (débat)
Monsieur le Président, cher Josep Borrell, l’Ukraine ne veut pas d’une guerre, l’Europe non plus, pas plus que les États-Unis, et je suis profondément convaincue que le peuple russe, lui aussi, veut la paix. Pourtant, plus de 130 000 soldats russes sont massés à la frontière ukrainienne. Des manœuvres russes sans précédent se déroulent en Biélorussie. Des navires russes croisent en mer Noire en nombre tout à fait inhabituel. On nous annonce que des troupes pourraient être retirées; mais dans le même temps l’Ukraine subit de nouvelles cyberattaques et Vladimir Poutine dénonce un prétendu génocide au Donbass, qui n’existe que dans son imagination. C’est Vladimir Poutine, et lui seul, qui menace de recourir à la force. Si une guerre advient, en dépit des efforts diplomatiques d’Emmanuel Macron et d’Olaf Scholz, en dépit de la retenue observée par Volodymyr Zelensky, le président russe en sera le seul responsable et il devra en payer le prix. Il a choisi d’intimider l’Ukraine et de tenter de l’affaiblir non pas parce que l’OTAN le menace, mais pour un motif beaucoup plus profond et qui nous concerne tous. Aujourd’hui, Kiev tourne le dos à la Russie et regarde vers l’Europe. L’Ukraine ne rêve en rien d’un retour vers l’Union soviétique. Ce qui fait rêver l’Ukraine, c’est l’Union européenne. Mes chers collègues, nous sommes le plus grand espoir de l’Ukraine. Je nous appelle solennellement à ne pas la décevoir.