21
Mai
2026
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Décision du Parlement azerbaïdjanais de suspendre sa coopération avec le Parlement européen (débat)
Madame la Présidente, en 1997, Levon Ter-Petrossian, premier président de l'Arménie indépendante, celui-là même qui avait gagné la guerre du Karabagh, a publié un essai fondateur. Il y posait des questions dont les réponses conditionnaient l'avenir de toute la région: la question du Karabagh doit-elle se résoudre par la guerre ou par des négociations? Est-il possible de maintenir le statu quo sur le long terme? Et surtout, qui sera la partie vaincue si l'on refuse des concessions mutuelles? Ses réponses étaient sans ambiguïté: la guerre doit être exclue; le statu quo ne peut pas durer, car les capacités économiques de l'Arménie ne le permettront pas; et il ajoutait que la tendance à vouloir obtenir le maximum plutôt que ce qui est possible mènerait, je le cite, «à la chute totale du Karabagh et à l'aggravation de la situation de l'Arménie». Ter-Petrossian n'était pas n'importe qui; il avait gagné la guerre, il connaissait les équilibres et les limites du possible. Il fut pourtant renversé, mais sa prophétie, elle, s'est réalisée avec une précision glaçante. L'Azerbaïdjan a repris militairement l'intégralité des territoires illégalement occupés, mais le président Aliyev a eu l'intelligence politique de s'arrêter aux frontières internationalement reconnues. C'est un fait, un fait douloureux pour certains, mais un fait que l'on ne peut pas effacer par des résolutions du Parlement européen. Aujourd'hui, nous sommes à un moment historique: l'Azerbaïdjan du président Aliyev et l'Arménie du Premier ministre Pashinyan négocient. Comme lorsqu'en 1963, le général de Gaulle et le chancelier Adenauer signaient le traité de l'amitié. Deux nations qui s'étaient déchirées pendant un siècle, qui avaient fait trois guerres, scellaient leur réconciliation. Personne ne croyait cela possible. Et pourtant, c'est ce qui se passe aujourd'hui dans le Caucase, si on laisse ces pays travailler. Or, que fait le Parlement européen? Il vote des résolutions à charge, il stigmatise et il jette de l'huile sur le feu. On doit comprendre que l'Azerbaïdjan, lassé d'être vilipendé au sein d'institutions avec lesquelles il cherche pourtant à entretenir des relations cordiales et constructives, finisse par claquer la porte. C'est le signal d'une exaspération profonde et légitime. Cette attitude du Parlement européen est irresponsable. Et si l'Union européenne veut continuer à se mettre hors-jeu à chaque tournant géopolitique majeur, elle est sur le bon chemin. La paix dans le Caucase ne viendra pas d'une ingérence supplémentaire de notre Parlement. Elle viendra d'une négociation directe entre les deux parties, entre les deux pays de la région. Notre rôle, si nous en voulons un, est d'accompagner ce processus et non pas de l'envenimer.