20
Mai
2026
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De l’urgence que le marché unique produise des résultats, en garantissant sécurité et prévisibilité aux entreprises de l’Union, ainsi que des emplois de qualité (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Vice-président, chers collègues, il y a quelques jours, j'écoutais ce que déclarait Arthur Mensch, le cofondateur de l'entreprise Mistral, notre seul géant de l'intelligence artificielle en Europe. Il nous expliquait qu'aujourd'hui, les talents européens, qui sont très nombreux, partent à l'étranger pour fonder des entreprises. Parce que l'Union européenne est trop complexe et parce que son marché est trop fragmenté. Chers collègues, Arthur Mensch a raison. Et ce qui est vrai pour les start-ups, c'est vrai pour toutes nos entreprises. Une PME italienne, une scale-up polonaise, une industrie allemande. Elles doivent toutes naviguer dans 27 systèmes réglementaires différents. 27 systèmes, c'est l'équivalent de 110 % de droits de douane internes sur les services. Cela veut dire qu'on s'impose à nous-mêmes des barrières qu'on n'accepterait jamais de la part de nos concurrents. Et pendant ce temps, aux États-Unis, une entreprise, elle s'appuie sur un seul cadre réglementaire. En Chine, l'État met tout son poids derrière ses champions nationaux. Et nous, qu'est-ce qu'on fait en Europe? Eh bien, on perd chaque année 500 milliards d'euros de croissance. 500 milliards, c'est le prix de notre fragmentation. Alors oui, on a signé la feuille de route «Une Europe, un marché», c'est une étape. Mais une feuille de route, ça ne crée pas d'emplois. Des actes, oui. Et ce que Renew Europe demande, c'est du concret. Alors voici nos cinq priorités. Un, la sécurité et la prévisibilité pour nos entreprises. Une entreprise qui ne sait pas à quelles règles elle sera soumise dans six mois, eh bien, elle n'investit pas. Elle attend. Ou même elle part. Et le 28ᵉ régime, c'est la bonne réponse. Un cadre juridique unique, une création d'entreprise en 48 heures dans tous les États membres pour moins de 100 euros. Alors oui, on doit accélérer dans sa mise en œuvre. Deux, des marchés sectoriels véritablement intégrés. Finance, énergie, télécommunications, services numériques. C'est là que la fragmentation nous coûte le plus cher. Un opérateur télécom européen, il n'a pas la taille pour investir face à ses concurrents américains ou chinois. Alors il faut des règles communes, il faut une consolidation possible et il faut des acteurs qui puissent grandir à l'échelle du continent. Trois, la mobilisation des financements privés. Il y a 10 000 milliards d'euros d'épargne des ménages européens qui dorment dans des dépôts bancaires à faible rendement. 10 000 milliards, c'est ça notre carburant. L'union de l'épargne et de l'investissement doit permettre de les orienter vers nos entreprises, vers notre innovation, de soutenir les entreprises européennes et la production européenne. Les textes avancent et il faut évidemment qu'ils soient conclus le plus rapidement possible. Quatre, stop à la surtransposition. Les États membres qui ajoutent des couches nationales par-dessus nos règlements européens, cela doit être terminé. Un règlement européen, cela s'applique de la même manière à Varsovie, à Madrid ou à Amsterdam. Et cinq, des emplois de qualité. Parce qu'un marché intégré sans protection des travailleurs, ce n'est pas notre vision. La compétitivité par le bas, c'est non. La compétitivité par l'innovation, par la montée en gamme, par des salaires décents, c'est oui. Alors, chers collègues, nous avons la feuille de route, nous avons les propositions. Ce qui manque aujourd'hui, c'est la volonté politique. Alors oui, je sais que le marché unique n'est pas l'idée la plus romantique de l'Union européenne. Comme le disait Jacques Delors – vous l'avez cité, Madame la Présidente, je vais compléter la citation –, on ne tombe pas amoureux d'un grand marché. Mais ce marché unique, ce sont les emplois des Européens, c'est la réussite des entreprises dans tous nos territoires, c'est leur capacité de grandir et de créer de la richesse, c'est le ressort le plus efficace de notre compétitivité. Alors, chers collègues, les mois qui viennent doivent être ceux de l'action et non des reculs. C'est maintenant ou jamais.