18
Avr
2023
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La nécessité d'une stratégie cohérente pour les relations UE-Chine (débat)
Monsieur le Président, Madame la Présidente de la Commission, Monsieur le Haut Représentant, Madame la Ministre, je commencerais peut-être par la fin du discours de la présidente du groupe socialiste. Monsieur Weber, je voudrais quand même réagir en partie à votre discours, qui était plus axé sur Emmanuel Macron que sur la Chine. On a un peu changé le titre, mais je vous rappelle que la stratégie cohérente pour les relations UE-Chine ne relève pas non plus des affaires internes. Je voulais quand même vous dire que je n’ai aucune leçon à recevoir d’un parti politique qui a notamment construit méthodiquement depuis dix ans nos dépendances européennes sur le volet industriel, sur le volet énergétique, sur le volet aussi diplomatique, et ce systématiquement, y compris avec les membres de vos gouvernements respectifs. Le format 16 + 1 d’ailleurs, Monsieur le Haut Représentant, était un format quand même un peu particulier, où on organisait méthodiquement la vente de nos infrastructures portuaires et aéroportuaires aux Chinois. Et ce sont notamment les gouvernements du PPE qui étaient en pleine responsabilité là-dessus. Alors, c’est quoi le problème, Monsieur Weber? C’est que le président de la République française dise qu’il faut une puissance européenne ou c’est qu’on organise méthodiquement notre dépendance chinoise? Quel est le problème? Où se situe le problème? Sur ce, j’aimerais entrer dans le vif du sujet. Je pense que le discours du haut représentant et de la présidente de la Commission sont là aussi pour nous montrer qu’il y a un consensus pour voir la Chine comme un partenaire, comme un concurrent et comme un rival systémique. Et ce sont les trois. C’est notre vision européenne des trois. Il faut le prendre comme ça, avec nos intérêts. En cela, je voudrais d’abord remercier la présidente de la Commission, le haut représentant, le président du Conseil aussi, pour leur travail, car je pense qu’il y a une ligne qui doit dicter nos intérêts économiques, mais aussi nos valeurs, dans notre relation avec la Chine. Notre premier intérêt, c’est l’ordre mondial, qui doit être fondé sur le droit international, les valeurs démocratiques et les droits de l’homme. En cela je suis entièrement d’accord avec mes collègues: les États-Unis sont un allié précieux dans la stabilité de l’Indo—pacifique, dont dépend d’ailleurs la sécurité de Taïwan, et aussi les affaires européennes. C’est à ce titre que nous développons notre coopération avec Taipei, mais c’est aussi à ce titre – celui de nos valeurs – que cette institution, le Parlement européen, ne peut considérer aucun nouvel accord avec la Chine tant que nos collègues eurodéputés seront sanctionnés et tant que les Ouïgours seront persécutés. Ce sont les deux conditions en même temps, les deux. Notre deuxième intérêt: le commerce, régulé, équitable et réciproque. Le commerce international doit rester effectivement le pilier de notre prospérité, mais il crée à l’évidence des dépendances contraires à notre souveraineté. Sur le sujet, ne remplaçons pas un dogme par un autre. Ne passons pas sans aucune réflexion du tout-commerce illimité à une absence absolue de commerce, qui est un peu la stratégie des États-Unis aujourd’hui, également préoccupante. Alors, l’arsenal proposé par la Commission en la matière constitue, je pense, une bonne étape: pour ce qui est des matières premières et du développement de nos industries vertes notamment. Il viendra compléter de nouveaux mécanismes, notamment dans la lutte contre la concurrence déloyale chinoise. Bref – je conclus là, Monsieur le Président – quels sont alors les obstacles à la poursuite de cette voie européenne vers un consensus sur la stratégie commune et cohérente de nos relations? Moi, j’écoute les chefs d’État ou de gouvernement, j’écoute nos représentants institutionnels. Je ne vois ni la naïveté d’il y a dix ou quinze ans, ni de politique antichinoise. Mais je tombe cependant des nues quand j’entends ici, dans cette maison, des responsables politiques qui pensent que la méfiance doit venir du principe d’autonomie stratégique, du principe de puissance européenne. Je ne sais pas de quoi nous avons peur nous-mêmes, mais je pense que si nous souhaitons que les Chinois nous considèrent comme une telle puissance, nous devons nous organiser comme une telle puissance, dans l’intérêt des Européens et seulement dans l’intérêt des Européens.