8
Mai
2025
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Anciens défis et nouvelles pratiques commerciales dans le marché intérieur (débat)
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députés, je remercie évidemment le Parlement européen pour ce débat, et je vous remercie en particulier, Madame la Présidente Cavazzini, car votre question orale couvre tous les grands enjeux relatifs au marché intérieur. Elle réaffirme d'ailleurs son rôle essentiel pour la prospérité de l'Europe. C'est aussi l'ambition que portera la stratégie pour le marché unique que la Commission présentera dans deux semaines exactement. Une ébauche de cette stratégie a, vous le savez, déjà fuité dans la presse. Je vais donc en dire quelques mots avant de répondre très concrètement à l'ensemble des questions qui sont posées par la rapporteure. Revenons ensemble sur le contexte, tout d'abord, puisque, après les excellents rapports, qui ont été unanimement salués, d'Enrico Letta et de Mario Draghi, les tensions et la fragmentation géopolitiques nous rappellent que le marché intérieur est notre premier atout et que les meilleurs partenaires des Européens sont les Européens eux-mêmes. Face à l'urgence de mieux puiser dans ce formidable espace économique, je propose donc une méthode ainsi qu'un certain nombre de compromis que nous devons collectivement trouver ensemble. D'abord, la méthode, qui consiste à s'attaquer aux barrières les plus coûteuses et les plus concrètes pour notre marché intérieur. Puis des compromis, qu'il faut que l'on fasse également, entre les États, avec les États membres, mais également entre les groupes politiques. Il est également question d'avoir moins de barrières internes contre plus de protection à l'extérieur. Vous parliez éminemment du commerce extérieur et du e-commerce, qui est probablement la cause, dans ce moment précis, d'un certain nombre de dérégulations de notre marché intérieur. Se protéger davantage de l'extérieur, mais dans un esprit d'ouverture aux nouveaux partenariats commerciaux, tout en adoptant une doctrine de la préférence européenne, du «made in Europe», pour certains secteurs stratégiques. Je serai ravi de revenir vers cette assemblée lors de la mini-plénière du mois de mai pour présenter très officiellement la stratégie sur le marché intérieur. Je vais maintenant revenir sur les questions que vous avez posées dans votre résolution. Vous le savez, les efforts pour renforcer notre marché intérieur doivent être partagés par tous les acteurs de l'Union européenne. Au sein de la Commission, mes collègues et moi-même avons compté et savons pouvoir compter sur l'engagement du Parlement européen sur cette question. Bien évidemment, les États membres sont des acteurs centraux et, je le dis sans ambages, trop souvent encore, la lettre et l'esprit des règles adoptées au niveau européen se perdent au niveau national, souvent en raison d'une sous-transposition, parfois d'une surtransposition, parfois même d'une absence totale de transposition. Quelques mots sur les biens et les services en général. La libre circulation est effective pour les biens. Néanmoins, comme vous l'avez souligné très justement, Madame la Rapporteure, nous devons faire face à l'émergence de nouvelles problématiques, notamment en termes de conformité, de durabilité et également de transparence envers les consommateurs. En ce qui concerne la conformité, je pense par exemple à l'explosion du e-commerce, comme je l'évoquais en introduction. Elle exige de notre part des douanes fortes, des contrôles homogénéisés partout en Europe. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui et je voudrais vraiment remercier le Parlement européen pour sa proposition ambitieuse sur le sujet. La balle est maintenant dans le camp des États membres pour ce qui est de la réforme des douanes et nous allons également porter cette dynamique. La montée du e-commerce exige également des mécanismes de surveillance du marché plus harmonisés et plus performants. En matière de durabilité, un marché intérieur pour l'économie circulaire est nécessaire pour mettre en œuvre le droit à la réutilisation ainsi qu'à la réparation. Nous y travaillerons également avec vous. Quant à la transparence, je pense évidemment à la «shrinkflation», ce phénomène sur lequel vous avez souhaité interpeller la Commission, mais aussi à la «skimpflation». Le premier consiste à réduire la quantité à prix constants et, le second, à réduire le niveau de service sans réduire le prix. Ce sont de nouveaux mots-valises qui mettent le doigt sur un manque de transparence grandissant pour les consommateurs, sur lequel le Parlement européen et les institutions doivent se pencher. Des garde-fous réglementaires existent déjà à l'échelle de l'Union européenne pour mieux protéger les consommateurs et les États membres doivent mettre en place les dispositions que nous avions proposées – et les mettre en place pleinement. La Commission continuera en tout cas, de son côté, à aider les États membres, à travers des réseaux dédiés de coopération en la matière, et nous veillerons également à inscrire ces problématiques au cœur de l'agenda des consommateurs pour la période 2025-2030, sous la responsabilité du commissaire McGrath. Ensuite, Monsieur le Président, après les biens, quelques mots sur les services. Là aussi, vous interpellez la Commission sur les risques persistants de fragmentation de notre marché. Il est vrai que la situation actuelle est loin d'être satisfaisante. Près de deux tiers des barrières qui existent aujourd'hui sont les barrières qui existaient il y a 20 ans et qui persistent encore aujourd'hui. En particulier, l'accès à près de 5 700 services réglementés est encore très entravé au niveau des États membres, tandis que l'hétérogénéité des régimes concernant les travailleurs détachés ou les saisonniers complique encore un peu plus les services et les investissements transfrontaliers. Nous devons y remédier une bonne fois pour toutes. C'est pour cela que nous proposerons des solutions concrètes pour faciliter le recrutement des travailleurs et la reconnaissance des compétences et des qualifications dans les professions réglementées. Elles s'inscriront dans l'initiative de la Commission pour la portabilité des compétences, qui sera publiée à la fin de l'année prochaine. Nous allons également privilégier une approche sectorielle dans les services pour être plus efficaces. Votre question orale évoquait également la protection des consommateurs, en particulier eu égard aux usages numériques. J'ai parlé de l'explosion du commerce en ligne, mais, vous le savez, nous avons également voté, lors de la dernière mandature, le règlement sur les services numériques (DSA). L'Union européenne s'est dotée d'un outil unique au monde qui responsabilise les plateformes. Nous disposons également d'un règlement sur les marchés numériques (DMA), qui permet au plus grand nombre d'acteurs, quelle que soit leur taille ou leur statut, d'entrer sur le marché, lequel était jusque-là verrouillé par ceux qu'on appelle les «gate keepers». La mise en œuvre du DSA et du DMA démarre à peine, mais nous continuons et continuerons à porter exactement la même ambition pour ces deux textes que lors de la mandature précédente. Ils seront mis en œuvre par les différentes directions de la Commission et sous la supervision d'Henna Virkkunen, responsable de ces questions-là. Madame la Rapporteure, Monsieur le Président, je voudrais terminer par un mot, puisque je l'évoquais également en introduction: lors de la présentation de la stratégie sur le marché unique, qui occupera une place essentielle dans nos débats vers la fin de l'année, ce sera l'occasion pour nous d'accorder également une place à la question de la simplification. C'est du reste pour cela que nous présenterons, le 21 mai, le quatrième train de mesures omnibus de simplification. Son objectif est assez clair: pour nous, il s'agit de libérer le potentiel de toutes les entreprises qui font et organisent le marché unique et qui y opèrent. Nous travaillons sur deux enjeux en particulier: la définition des petites entreprises à moyenne capitalisation, qui est très attendue par les parlementaires, et la numérisation des procédures administratives et la mise en conformité pour les produits entrant sur le marché. Je sais pouvoir compter sur l'approche constructive du Parlement européen pour faire avancer ce dossier rapidement. Je me réjouis de cette opportunité de pouvoir recueillir, lors de ce débat, vos suggestions et vos priorités.