Création d'une initiative européenne visant à désigner chaque année des capitales européennes des enfants (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, la place de l’enfant doit être centrale dans notre société. Nous en avons bien conscience, ici, au Parlement européen. Nous avons créé la garantie européenne pour l’enfance en 2021 pour financer des projets en faveur de l’accès des enfants à tous les services essentiels: la santé, l’éducation et une bonne alimentation. Mais il reste tellement à faire pour les enfants, qui sont les premières victimes de la pauvreté et des violences familiales. Nous devons agir dans la lutte contre les abus sexuels, contre l’inceste, pour la protection des enfants en ligne, pour l’éducation au numérique. Oui, une capitale serait une bonne initiative, mais nous devons avant tout progresser sur le plan réglementaire et social. Je soutiens cette idée, mais je plaide pour que les politiques européennes en faveur des enfants aient une vraie place, au-delà des nouvelles initiatives, qui peinent à exister. Nous avons en effet déjà les capitales européennes pour la jeunesse, mais, sans financement européen, elles ne peuvent pas se développer. Donnons donc plutôt de vrais moyens financiers et logistiques à ces capitales de la jeunesse, et, ensuite, créons les capitales européennes de l’enfant.
Législation européenne sur la liberté des médias (débat)
Monsieur le Président, Madame la Vice-Présidente, la législation sur la liberté des médias consacre aujourd’hui le droit pour les citoyens européens de disposer d’une information libre et pluraliste. C’est une avancée majeure pour notre démocratie. C’est aussi une arme contre la désinformation. D’abord, en permettant une réaction rapide contre les médias de propagande étrangers qui menacent notre sécurité, comme les officines du Kremlin que sont Russia Today ou Sputnik News. Ensuite, en faisant toute la transparence sur les structures capitalistiques et les concentrations, qui sont l’arme des dirigeants illibéraux pour contrôler les médias, et donc l’opinion. Enfin, en garantissant aux véritables médias d’information une meilleure protection face au retrait abusif de Facebook, X et autres plateformes. Je me réjouis également que figurent dans ce texte deux mesures que je portais: une interdiction des contenus générés par IA sans contrôle des journalistes et une meilleure prise en compte des médias régionaux, si importants pour la bonne information de nos concitoyens.
Conditions de travail des enseignants dans l'UE (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, pour une Europe souveraine, innovante, inspirée, il faut des enfants éveillés, des élèves éclairés. Le rôle des professeurs est évidemment crucial, et nous devons mieux reconnaître ces derniers, mieux travailler pour eux et avec eux. L’heure est grave. Nous traversons une crise des vocations, et il y a des pénuries d’enseignants partout, dans tous les pays européens. Pour y remédier, il faut des enseignants formés, soutenus, correctement payés. Si les politiques éducatives relèvent des États, nous pouvons y travailler au niveau européen. Depuis quatre ans, nous parlons de l’espace européen de l’éducation pour des standards communs de l’éducation. Faisons-le! Nous voulons numériser toutes les écoles, partout, dans toutes les régions les plus éloignées. Faisons-le! Nous devons aussi, au niveau européen, travailler sur des lignes directrices pour créer de nouvelles possibilités pour les enseignants – je pense notamment aux «Teacher Academies» dans le cadre d’Erasmus+ –, mettre en commun ce qui se fait de mieux dans nos différents pays, s’inspirer les uns des autres. La priorité doit être enfin donnée à l’éducation. Ce n’est pas une option, mais une obligation.
Remédier aux pénuries urgentes de compétences et trouver les bons talents pour stimuler la création d’emplois (Année européenne des compétences) (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, selon les données de la Commission, la pénurie de main d'œuvre dans les secteurs essentiels pour la transition verte a doublé entre 2015 et 2021. Plusieurs facteurs sont en cause: des cursus non adaptés, une main d'œuvre peu mobile, des formations peu attrayantes, une mauvaise orientation des jeunes. En France, c'est un jeune sur deux qui change de voie professionnelle une fois qu'il a obtenu son diplôme professionnel, particulièrement dans les domaines de l'industrie. C'est bien la preuve qu'il y a un manque d'adéquation entre les cursus, les aspirations des jeunes et la réalité du monde du travail. Je pense que le programme Erasmus+ a un rôle primordial à jouer via les alliances d'universités européennes, la mobilité longue des apprentis, mais aussi les centres d'excellence pour l'apprentissage. Dans le rapport de mise en œuvre du programme Erasmus+ que nous avons largement adopté hier, nous demandons à la Commission de présenter une vision claire du futur des centres d'excellence pour l'apprentissage et des alliances d'universités européennes. Ils doivent, à mon sens, devenir les catalyseurs des talents de demain et un véritable outil de gestion des compétences à long terme.
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, il y a un mois, je me suis rendue en Inde et mon groupe politique était le plus représenté lors de cette mission officielle. La raison, c’est que nous pensons que la coopération avec l’Inde est stratégique, et même géostratégique, face à la Chine. Alors, je salue particulièrement ce rapport équilibré qui souligne les opportunités de relations renforcées entre l’Inde et l’Union européenne, sans rien cacher des progrès à accomplir pour le climat et plus particulièrement pour les droits de l’homme. Il y a néanmoins un sujet sur lequel je voudrais m’arrêter, c’est l’investissement de l’Inde pour l’éducation. L’Inde, c’est 1 400 000 000 habitants, dont 40 % ont moins de 25 ans. Elle a sorti 400 millions de personnes de la pauvreté en quinze ans. Et c’est aujourd’hui un pays d’ingénieurs qui irrigue les plus grandes entreprises de la «tech» américaine. Prenons exemple et surtout renforçons nos partenariats académiques. Au-delà des échanges commerciaux, nous avons besoin, pour innover en Europe, d’échanges de compétences et de savoir-faire. L’Inde est un partenaire et un interlocuteur tout désigné.
Stratégie de l’UE pour aider les jeunes confrontés à la crise du logement et du coût de la vie (débat d'actualité)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, imaginez: vous avez 21 ans, vous trouvez votre premier emploi dans une ville éloignée, et vous devez partir de chez vos parents. Malheureusement pour vous, ils ne sont pas en mesure de vous aider financièrement, et les logements sont rares et chers. C’est une histoire banale, trop banale: 80 % des 18-24 ans et près de 40 % des 25-29 ans doivent rester vivre chez leurs parents, alors même que l’accès à l’indépendance passe principalement par le départ du logement familial. Sans parler de ces jeunes qui doivent habiter des logements insalubres, trop petits, mal isolés, faute de solution familiale. C’est pourquoi, avec mon groupe politique, nous faisons du logement des jeunes une priorité. Dans notre pacte Renew pour la jeunesse, nous demandons l’utilisation d’une partie du FSE+ pour la création d’un programme d’aide au logement pour les jeunes, afin de faire face aux cautions trop élevées et à la demande de garants solides. Un autre aspect de la crise du logement qui me frappe est que, depuis quelques années, certaines villes appellent les étudiants à ne pas venir étudier chez elles en Erasmus, car il n’y a plus de logements étudiants disponibles. Comment en est-on arrivés là? Dans le cadre des fonds régionaux européens, une initiative spécifique devrait être mise en place pour soutenir la construction et la rénovation de logements étudiants abordables dans les villes universitaires. Alors que la précarité des jeunes a fortement augmenté avec la crise sanitaire et l’inflation, nous devons permettre aux jeunes de démarrer leur vie d’adulte dans les meilleures conditions. Avoir un endroit où vivre, un toit sur la tête, est la première de ces conditions.
Propositions du Parlement européen pour la révision des traités (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, en juin 2022, notre Parlement appelait à l’ouverture d’une convention pour réformer nos traités européens. Aujourd’hui, nous franchissons une étape cruciale avec le vote de nos propositions. «Plus d’Europe» et «mieux d’Europe», c’est ce que nous voulons. C’est surtout ce que les citoyens nous ont demandé lors de la Conférence pour l’avenir de l’Europe. C’est la fin de l’unanimité au Conseil, c’est une Europe renforcée, c’est une Europe plus réactive. Car les défis qui attendent l’Europe sont nombreux: élargissement, défense européenne, protection de nos valeurs démocratiques, rôle de l’UE dans le monde. Cette Europe forte ne se fera pas sans des citoyens unis et éclairés. Nous devons donner à tous les moyens de comprendre notre histoire et nos institutions, et de résister à la désinformation nationaliste, et cela dès le plus jeune âge. Comment pouvons-nous être Européens sans le savoir? Pour cela, chaque citoyen doit accéder à un minimum d’éducation civique européenne dans chaque État membre et cela appelle à plus de compétences partagées en la matière. C’est un grand pas que nous faisons ici, avec cette demande, et c’est ce pour quoi je me suis toujours investie.
La nouvelle stratégie européenne pour un internet mieux adapté aux enfants (BIK+) (débat)
Madame la Présidente, Madame la Vice-présidente, chers collègues, 13 ans, c’est l’âge minimum pour s’inscrire sur les principaux réseaux sociaux qui sont utilisés par les jeunes. Et pourtant, par exemple en France, 63 % des jeunes Français de moins de treize ans sont présents sur les réseaux sociaux et 80 % des parents déclarent ne pas savoir ce que font leurs enfants sur ces réseaux sociaux. En Europe, ce sont 23 % des enfants européens qui ont déjà fait l’expérience du harcèlement en ligne. Ces enfants n’ont conscience ni de leur visibilité, ni de leur vulnérabilité en ligne. Depuis leur chambre, sur Snapchat, TikTok, Instagram, ils naviguent sans surveillance dans un monde dont ils n’ont pas les codes et dont ils ne mesurent pas la portée. Si les outils numériques sont bien évidemment une opportunité pour eux, c’est aussi un très grand facteur de risque: exposition à des contenus violents, pornographiques, cyber-harcèlement ou encore risque de pédopornographie. Je salue donc la volonté de la Commission européenne de mettre en place d’ici à 2024 une norme européenne de vérification de l’âge en ligne. C’est une question complexe sur laquelle la France a déjà commencé à travailler dans le cadre de sa loi de juillet dernier sur la majorité numérique. Un cadre européen sera donc plus que bienvenu. Oui, nos enfants doivent pouvoir bénéficier des outils numériques. Les en priver serait contreproductif, mais Internet pour les enfants doit avoir des règles et des mesures de surveillance.
Législation européenne sur la liberté des médias (débat)
Madame la Présidente, Madame la Vice-présidente, chers collègues, ce règlement sur la liberté des médias est une avancée majeure pour affirmer nos valeurs européennes, pour la liberté d’informer et la protection des journalistes à l’échelle de l’Union européenne. Madame la Vice-présidente, nous pouvons en être particulièrement fiers, car c’est la victoire de notre groupe politique Renew. C’est à notre initiative qu’entre aujourd’hui, dans la législation européenne, un droit pour tous les Européens à disposer d’une information libre, indépendante et pluraliste. C’est aussi par notre action que, désormais, nous allons pouvoir enquêter plus efficacement et remettre en question les concentrations médiatiques, quand il s’agit de la mainmise de pouvoirs illibéraux ou de groupes privés en quête d’influences douteuses. Je suis également particulièrement satisfaite que mon amendement pour interdire les contenus générés par intelligence artificielle sans contrôle éditorial humain figure aujourd’hui dans ce texte. C’est crucial pour la lutte contre la désinformation et l’avenir d’un journalisme de qualité.
Violence et discrimination dans le monde du sport après la coupe du monde féminine de la FIFA (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, un baiser sur la bouche sans consentement n’est pas un acte mutuel et consensuel. Non, Monsieur Rubiales, c’est une agression intolérable. Heureusement, ce geste de l’ancien président de la Fédération de football espagnole sur Jenni Hermoso a été filmé, ce qui a valu à la joueuse internationale le soutien de l’opinion. Sans cela, il n’aurait jamais démissionné, protégé par sa fédération et un sentiment d’impunité trop bien ancré. Mais combien d’autres agressions silencieuses, combien de sportives et de sportifs victimes de coachs, médecins, encadrants abusifs, combien de douleurs étouffées par les fédérations sportives? Les agressions sexuelles sont pourtant répréhensibles partout dans l’Union européenne. C’est bien l’omerta qui règne encore dans le sport jusqu’au sommet des fédérations et qui détruit des femmes et des hommes. La loi existe et elle n’est pas respectée. À nous, parlementaires, de la faire appliquer, de faire pression sur les grandes organisations sportives comme la FIFA, de porter les voix des victimes, de favoriser la féminisation des encadrements sportifs, de promouvoir l’éducation au consentement dès le plus jeune âge, et d’harmoniser toujours davantage nos instruments judiciaires. Parce que plus jamais un homme ne doit salir la victoire des femmes.
Parlementarisme, citoyenneté européenne et démocratie (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, ce rapport sur le parlementarisme et la citoyenneté européenne est crucial. À la veille des élections européennes, il rappelle que ce Parlement est le cœur de la démocratie européenne. Il rappelle que nous, députés européens, représentons les citoyens directement. Mais les citoyens le savent-ils? Comment leur donnons-nous les moyens de résister à la désinformation nationaliste, aux discours qui attaquent l’Union européenne, pourtant si protectrice au travers de chaque crise? La solution est dans ce rapport: c’est l’éducation civique européenne. C’est une nécessité. Comment savoir qu’on est citoyen européen si on ne connaît pas le fonctionnement de l’Union européenne ni ses valeurs fondamentales? L’Éducation civique européenne, les citoyens nous l’ont d’ailleurs demandée directement lors de la Conférence pour l’avenir de l’Europe. Mais pour que chacun puisse accéder à un minimum d’éducation civique européenne dans chaque État membre, cela appelle à plus de compétences partagées en matière d’éducation, et c’est là encore un objectif de ce rapport: aller plus loin avec une réforme institutionnelle incluant la réouverture des traités pour une Europe encore plus efficace pour nos concitoyens.
Convergence mondiale en matière d'IA générative (débat)
C’est un grand sujet que cette phase amont pendant laquelle tout notre patrimoine culturel est accessible. On peut s’interroger sur ce qui nourrit les bases. Et puis peut-être, parce que je ne suis pas pour une réouverture des copyrights, si c’est une question implicite, mais peut-être pour une compensation, pourquoi pas sous forme de taxe, qui pourrait nourrir la création et financer à l’avenir les vrais artistes pour leurs œuvres?
Convergence mondiale en matière d'IA générative (débat)
Monsieur le Président, Madame la Vice-présidente, chers collègues, oui, il faut prôner une convergence mondiale en matière d’intelligence artificielle générative, et je me félicite que l’Union européenne soit à la manœuvre. L’acte pour l’IA que nous avons initié il y a quelques semaines servira sans aucun doute de base pour une norme mondiale. Néanmoins, les IA génératives posent des défis sectoriels, comme dans le monde de la culture et de la création. Comment distinguer une œuvre produite par l’intelligence artificielle d’une véritable œuvre créée par un artiste avec l’aide de l’IA? Quel statut juridique donner à ces œuvres? Comment s’assurer que nos créateurs européens soient justement compensés pour les œuvres qui sont aspirées dans les bases d’entraînement de ces modèles? À nous, Européens, de peser dans le débat mondial pour concilier propriété intellectuelle, innovation et démocratisation. À nous, Européens, de faire de la culture un facteur de premier plan dans la régulation mondiale de l’IA. (L’oratrice accepte de répondre à une question «carton bleu»)
Des stages de qualité dans l’Union européenne (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, pouvoir faire un stage, c’est un véritable tremplin pour l’avenir. Pourtant, encore trop souvent, des jeunes doivent renoncer à des stages, car ils ne sont pas rémunérés ou pas assez. Tous les jeunes que j’ai rencontrés, notamment lors de l’Année européenne de la jeunesse et maintenant dans cette Année européenne des compétences, font des stages rémunérés une priorité. Nous les avons entendus. Avec ce rapport, nous demandons donc que, en Europe, les stages post-études soient rémunérés et que les stages pendant les études soient justement compensés. C’est juste, cohérent et légitime. Je suis donc très surprise par les amendements déposés par les députés de la droite de notre hémicycle, et plus particulièrement par les amendements déposés par ID et par les Français du Rassemblement national, qui pourtant se targuent d’être à l’écoute des préoccupations sociales des citoyens. Leurs amendements visent en effet tout simplement à supprimer cette demande de juste rémunération des stages. C’est révoltant, et j’espère de tout cœur que ces amendements seront rejetés, demain, lors du vote.
Législation sur l’intelligence artificielle (débat)
Madame la Présidente, Madame la Vice-Présidente, chers collègues, l’Union européenne va faire cette semaine une avancée majeure. Nous sommes en effet la première institution et le premier continent au monde à poser des règles pour l’intelligence artificielle. Ce texte est ambitieux; il est le fruit de deux ans de travail de la Commission et du Parlement. Il a été remis sur le métier pour répondre aux bouleversements de l’IA générative, dont ChatGPT est un exemple. Il va établir des responsabilités pour les concepteurs et pour les fournisseurs en classifiant les risques, pour garantir à nos concitoyens des IA dignes de confiance, qui respectent nos valeurs. C’est un début. Cette révolution doit nous amener à des réflexions presque philosophiques sur l’avenir de notre civilisation. En tant qu’humaniste, je demande une IA toujours encadrée par l’intelligence humaine. Il faut former à la maîtrise de ces outils pour innover et pour transformer nos emplois, et non pour les détruire. Nous devons rapidement disposer d’un cadre pour la création culturelle qui s’appuie sur les acquis de la directive sur le droit d’auteur et qui la complète, pour que la machine ne remplace jamais ce qu’il y a d’unique dans la sensibilité humaine et que les droits d’auteur soient préservés.
Lutter contre le cyberharcèlement des jeunes dans l'ensemble de l'UE (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, l’Union européenne est pionnière dans la régulation du numérique. Avec la législation sur les services numériques, nous avons rendu illégal en ligne ce qui est illégal hors ligne et nous avons soumis les géants du net – type Google, Amazon, Facebook, Instagram – à de nouvelles obligations pour assurer que nos entreprises et nos citoyens puissent être en sécurité en ligne. Oui, nous avons des règles fortes, uniques, mais une priorité demeure: mettre fin à la loi du plus fort. La lutte contre le cyberharcèlement est une urgence car nous sommes face à de véritables tragédies que nous découvrons trop tard. Que dire aux enfants harcelés à l’école et dont le calvaire continue à la maison sur Internet? Que faire pour les adolescents qui peuvent être menacés, insultés sur les réseaux sociaux, victimes de chantage, mis en scène dans des «deepfakes» pornographiques comme cela arrive à de nombreuses streameuses de jeux vidéo? Enfin, que répondre aux parents – Madame Fox, merci pour votre initiative –, que dire aux parents dont les enfants ont décidé de mettre fin à leurs jours à cause du cyberharcèlement? Il nous faut maintenant passer d’un état de fait à un état de droit. Cela passe par une volonté forte, une volonté européenne, car ce harcèlement ne connaît pas de frontières. Oui, il faut renforcer le règlement sur les services numériques. Il faut sensibiliser dès le plus jeune âge aux conséquences du cyberharcèlement. Il faut avoir une attention particulière pour les jeunes filles et surtout rester à l’écoute de l’innovation et se préparer aux diverses formes de harcèlement qui arriveront notamment dans le cadre du métavers. Ces défis appellent une stratégie européenne forte à laquelle nous devons veiller pour protéger nos enfants.
Lancement de l’Année européenne des compétences (débat)
Madame la Présidente, Madame la Ministre, Monsieur le Commissaire, chers collègues, la formation professionnelle retrouve enfin ses lettres de noblesse. Avec cette Année européenne des compétences, bien sûr, mais surtout avec les grands changements que nous opérons pour réindustrialiser notre continent et pour créer les métiers de la transition écologique. Nous avons besoin de nouvelles compétences dans le bâtiment, dans le numérique, dans le tourisme, dans l'industrie, dans l'énergie et le transport. Partout, il y a des opportunités de carrière valorisantes pour les jeunes. Pour cela, il faut que les entreprises s'engagent dans le mentorat et dans les stages rémunérés. Il faut aussi se saisir plus largement des opportunités d'Erasmus qui, rappelons-le, est ouvert à l'apprentissage et aux formations professionnelles. Pour mieux partager nos compétences européennes et parce que les bassins d'emploi sont d'un côté et de l'autre de nos frontières européennes. Enfin, nous comptons bien sûr sur vous, Monsieur le Commissaire, pour que cette Année des compétences soit faite de réalisations concrètes.
Mise en œuvre de la directive «Services de médias audiovisuels» (brève présentation)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, la directive sur les services de médias audiovisuels est une véritable réussite européenne, un premier acte vers notre souveraineté culturelle. En demandant aux géants du streaming – Netflix, Amazon Prime, Disney plus, etc. – de mettre en avant 30 % d’œuvres européennes dans leurs offres et en leur imposant de financer notre production, nous faisons formellement reconnaître notre culture audiovisuelle et sa capacité à briller, à rassembler et à émouvoir. Cerise sur le gâteau, les plateformes américaines ont découvert que l’Europe avait du talent et elles en redemandent. Aujourd’hui, nous devons aller plus loin, tenir compte des bouleversements dans nos modes de création comme l’intelligence artificielle, investir les nouveaux espaces culturels comme les métavers, ces mondes virtuels aux nombreux défis. La directive SMA fixe des règles vertueuses. Nous pouvons aller plus loin dans les quotas en généralisant des niveaux de financement élevés dans tous les États membres pour projeter nos créateurs et notre audiovisuel vers le XXIe siècle.
Heure des questions à la Commission - Acquis pérennes de l’Année européenne de la jeunesse
Madame la Présidente, merci à Mme Gabriel pour cette réponse. Je voulais rebondir, car je pense qu’en effet il y a beaucoup de sujets qui doivent être discutés avec les jeunes eux-mêmes, d’autant que nous faisons la bascule aujourd’hui avec l’Année européenne des compétences. Nous avons une communication sur tout le plan de l’industrie décarbonée, avec beaucoup de place donnée à la formation. Je crois qu’il y a de la place dès à présent pour intégrer les jeunes à cette réflexion sur les emplois de demain. Je voulais savoir si d’ores et déjà vous faisiez le lien entre ces deux Années – parce qu’il y a tellement de cohérence entre elles –, et notamment en consultant directement les jeunes?
Heure des questions à la Commission - Acquis pérennes de l’Année européenne de la jeunesse
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, cette Année européenne de la jeunesse, pleine de promesses et si importante après la COVID-19, me laisse un goût d’inachevé. Oui, nous avons eu des événements, des forums, mais pas d’avancées concrètes, pas de nouvelles propositions législatives. Pourtant, il y a tellement de sujets: la santé mentale des jeunes, la crise du logement, la juste rémunération des stages, l’aide à l’installation dans la vie active, l’égalité entre les femmes et les hommes… Les chantiers sont nombreux et ils nous ont déjà été rappelés par les jeunes durant la conférence sur l’avenir de l’Europe. Les jeunes sont en demande. Je suis heureuse d’en voir tellement dans cet hémicycle aujourd’hui. Je voudrais aussi revenir sur un point en particulier: la clause d’un pacte jeunesse, le fameux Youth Test, qui nous avait été annoncé par la présidente von der Leyen. C’est un outil à la fois de consultation des jeunes en amont des propositions législatives, mais également un outil d’évaluation de l’incidence des politiques européennes sur les jeunes. Il faut vraiment s’assurer d’y inclure les associations, mais aussi les jeunes Européens, même les plus éloignés. Je voulais savoir comment vous alliez mettre en place cet outil si important pour que la politique européenne colle aux attentes des jeunes.
Protection des consommateurs en matière de jeux vidéo en ligne: approche à l'échelle du marché unique européen (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, c’est la deuxième fois en quelques semaines que nous avons ici un débat sur le jeu vidéo et c’est une très bonne chose. Ce secteur est en plein essor. Il est une ressource particulièrement importante pour nos compétences numériques, pour nos industries culturelles et donc pour notre rayonnement international. Il concerne un Européen sur deux, c’est pourquoi il faut être très vigilant en ce qui concerne la protection des joueurs. L’Union européenne est bien le niveau pertinent pour cela – on le voit avec le système PEGI qui indique de manière claire à quel âge un jeu s’adresse et quelle est la nature de ses contenus. Nous pouvons aller plus loin, comme le recommande ce rapport, pour protéger les mineurs des pratiques commerciales potentiellement trompeuses. Il faut aller plus loin aussi pour garantir aux femmes qu’elles pourront jouer dans un univers sain et respectueux. Et oui, nous devons garantir que les modèles économiques soient vertueux et transparents pour les utilisateurs. Mais il faut aller plus loin aussi, plus généralement, pour bâtir une véritable stratégie européenne en faveur du jeu vidéo. Une stratégie ambitieuse et porteuse que j’ai préconisée dans un précédent rapport qui a été largement voté ici.
Héritage de l’Année européenne de la jeunesse 2022 (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, oui, c’était une bonne idée de faire de 2022 l’Année européenne de la jeunesse. J’ai défendu cette idée quand elle a été présentée par la présidente von der Leyen. Nous étions en pleine COVID. Les jeunes avaient souffert lourdement du confinement dans leur vie quotidienne. Cela a bouleversé leur quotidien. Oui, c’était une bonne idée, mais on ne peut pas s’arrêter là. Alors oui, il y a eu des progrès. L’implication des jeunes a progressé, mais nous n’avons abouti à rien de concret. Et ça, c’est le pire en politique: les promesses non tenues, de celles qui font les abstentionnistes, qui font que les citoyens se détournent de nous. Nous avons demandé par exemple de respecter les engagements sur la conférence sur l’avenir de l’Europe en consultant les jeunes sur les grandes politiques qui les concernent et qui les touchent. Nous attendions cette annonce lors du discours sur l’état de l’Union d’Ursula von der Leyen, mais elle n’est pas venue. Nous avons demandé d’engager un cadre européen pour des stages de qualité et justement rémunérés. Nous avons aussi demandé un cadre pour la santé mentale des jeunes. Rien de concret n’a été annoncé. Alors, je suis particulièrement fière, avec mon groupe Renew, mes collègues, Dragoş Pîslaru, d’avoir mis en place un groupe de travail qui met les jeunes au cœur de la consultation politique et de nos réflexions. Nous avançons ensemble. Mais, au plan de l’Union européenne, le travail reste à aboutir. C’est pour cela que l’Année européenne de la jeunesse doit se poursuivre encore six mois et c’est ce que nous demandons dans cette résolution.
Situation des droits de l'homme dans le contexte de la Coupe du monde de la FIFA au Qatar (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, hier, on espérait un geste de la FIFA, un hommage aux 6 500 ouvriers morts en construisant au Qatar, dans des conditions inhumaines, des stades démesurés, climatisés, en plein désert. L’hommage n’a pas eu lieu. Aujourd’hui, la FIFA fait pression directement sur les joueurs pour qu’ils renoncent à porter un brassard en soutien aux LGBT, dont les droits sont bafoués au Qatar. Messieurs de la FIFA, il y a des limites à la compromission. Alors que nous devrions célébrer la grande fête du football, nous sommes honteux de vivre ce choix fait en 2010 et entaché de soupçons de corruption. Certes, l’actuel président de la FIFA n’était pas là en 2010. Mais où sont ses regrets quand il dit souhaiter ouvrir de grandes compétitions à des pays comme, je cite, la Corée du Nord? La dernière Coupe du monde en Russie ou les JO en Chine n’ont rien changé. Mais en fin de compte, la Coupe du monde a agi comme un immense révélateur. L’opération séduction du Qatar a viré au «bad buzz» planétaire. Et le message est clair pour la FIFA: réformez vos instances, renouez avec les valeurs d’égalité, de tolérance, de transparence et d’universalité. Les vraies valeurs du sport.
Monsieur le Président, merci beaucoup pour ces contributions. On voit combien les perspectives qu’offre le secteur suscitent l’intérêt dans tous nos États membres et à l’échelle de l’Union européenne. Je voulais en conclusion ajouter un dernier mot sur les défis que doit relever le secteur, qui sont majeurs. Certains de mes collègues en ont parlé. Nous avons la question de la féminisation, qui est un élément clé dans le jeu vidéo, puisque le secteur compte 50 % de joueuses, mais n’y emploie que 22 % de femmes. Nous devons donc faire mieux, indubitablement. Nous devons garantir aux femmes des perspectives de carrière dans ce secteur, mais aussi un environnement numérique sans harcèlement et respectueux des valeurs de l’Union – et je sais qu’aujourd’hui notre Union européenne dispose des instruments pour ce faire: on vient d’avoir un débat, notamment en France, sur le harcèlement des streameuses, et nous sommes mieux armés pour lutter contre ce phénomène. La prévention, d’autre part, doit demeurer au cœur de nos priorités pour garantir que le jeu vidéo reste un plaisir, sans contenu inadapté à l’âge du joueur, et que celui-ci ne s’isole pas dans un environnement numérique. Pour cela, nous avons d’ores et déjà le système paneuropéen PEGI, qui a fait ses preuves et qui doit continuer à être soutenu. Nous devons rester également attentifs au respect des règles européennes en matière de pratiques commerciales injustes. Enfin, le jeu vidéo et le sport électronique doivent également participer à la transition écologique, non seulement en réduisant leurs émissions de CO2, mais aussi en utilisant la puissance qu’offre ce média pour éduquer et sensibiliser les joueurs – on sait que la valeur d’immersion du jeu vidéo peut permettre de faire passer beaucoup de messages. Nous en sommes donc convaincus: le jeu vidéo et le sport électronique sont des atouts pour l’avenir. L’Union européenne, en prenant son destin numérique en main par davantage d’investissements dans ce secteur, pourra donner une véritable culture européenne aux univers numériques.
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, il y a tout juste cinquante ans, un motif très simple apparaissait sur des écrans un peu partout dans le monde: il s’agissait de deux barres verticales et d’un pixel qui se déplaçait entre elles. Le concept de ce jeu – il s’appelait – était très simple: se renvoyer la balle et marquer le plus de points possible contre son adversaire. Ce simple jeu marquait le début de la révolution du jeu vidéo. Cinquante ans plus tard, le jeu vidéo est devenu pour l’Europe une industrie majeure, qui pèse 23 milliards d’euros et emploie près de 100 000 personnes. Le jeu vidéo est le secteur de nos industries culturelles et créatives le plus dynamique, le seul à avoir connu une croissance pendant la période de la COVID-19. Le jeu vidéo est devenu une pratique culturelle incontournable pour un Européen sur deux et un métier à temps plein pour les professionnels du sport électronique. Pourtant, nous n’avons toujours pas de vision européenne consacrée à ce secteur. Aussi, nous, Parlement européen, demandons formellement aujourd’hui une stratégie européenne pour ce secteur, une stratégie pour promouvoir une industrie qui n’a eu de cesse de se réinventer artistiquement. Car oui, le jeu vidéo est un art, et même un art total. Il développe des récits uniques, souvent fondés sur notre histoire européenne. Il fait appel à des graphistes, à des musiciens de grand talent. Il est aussi une mine d’innovations technologiques. De la réalité virtuelle à l’architecture des métavers, il participe à notre souveraineté numérique. Des milliers de jeux vidéo à succès sont développés chaque année par des entreprises européennes et ils connaissent un grand succès à l’international. The Witcher, Assassin’s Creed, A Plague Tale, Minecraft: nous pouvons faire plus pour faire connaître nos pépites au monde entier, avec – pourquoi pas? – la création d’un label du jeu vidéo européen – c’est là une recommandation. Nous devons aussi avoir une stratégie pour protéger. Protéger nos jeux, nos studios, nos talents et nos éditeurs, en favorisant l’investissement européen. Bon nombre de nos entreprises, comme beaucoup dans le secteur culturel et créatif, ont un fort potentiel de croissance, mais sont la cible de rachats étrangers, faute d’investisseurs européens. Je me félicite du plan Media Invest annoncé par la Commission européenne, mais, je le redis ici, il y a urgence: dans la période de consolidation que nous traversons, nos jeux vidéo sont des actifs culturels stratégiques, et ils doivent rester dans le giron européen. Nous avons aussi besoin d’une stratégie pour éduquer, parce que le jeu vidéo est un médium formidable, qui, lorsqu’il est combiné avec des programmes éducatifs, permet de faciliter l’apprentissage à tout âge, pour les plus jeunes comme pour les plus âgés. Il donne goût aux savoirs scientifiques, mais aussi à la lecture. Ainsi, l’Union européenne a besoin d’une stratégie européenne pour le jeu vidéo, mais elle devrait aussi se doter d’une approche commune pour le sport électronique, parce que le sport électronique est une discipline à part entière, qui ne ressemble à aucune autre. Il réunit des joueurs autour d’une même passion: pratiquer le jeu vidéo en compétition. Plus que dans tout autre discipline, l’Europe y transcende les frontières. Il est donc logique que l’Union embrasse ce phénomène en promouvant nos valeurs européennes, en faisant une juste place aux femmes, en fournissant des règles claires concernant le statut et les visas des professionnels. Je me réjouis notamment de voir que des compétitions mondiales sont prévues en 2023 sur notre continent. Mais nous pouvons encore faire mieux, en insistant sur le rôle des villes et des régions pour développer une nouvelle offre de loisirs pour des joueurs de plus en plus nombreux et développer par là même leur caractère attrayant. Chers collègues, je tiens à remercier la présidente de la commission CULT pour son soutien et les rapporteurs fictifs pour leur travail. Le jeu vidéo et le sport électronique ont d’importants défis économiques et sociétaux à relever. Aussi, avec ce rapport, nous marquons la première étape d’une véritable prise en considération du secteur au niveau européen.