Danger d'une normalisation des relations avec la Russie, notamment sa participation aux grandes manifestations culturelles et sportives (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, la réintégration d'athlètes russes sous drapeau russe lors des derniers Jeux paralympiques de Milan-Cortina est particulièrement grave et préoccupante. Que s'est-il passé au Comité paralympique international et au gouvernement italien pour céder ainsi à la pression de la Russie? Cela appelle vraiment des réponses. Nous ne pouvons pas accepter le retour de la Russie dans les compétitions sportives tant que la guerre contre l'Ukraine durera – cette guerre qui a fait des milliers de morts et, parmi eux, des centaines d'athlètes. Je rappelle à ce titre l'initiative que nous avons portée au sein de ce Parlement, avec plusieurs députés, pour demander au CIO de lever les sanctions contre l'athlète ukrainien qui portait, pendant les Jeux olympiques, un casque en hommage à ses camarades tués par les Russes. Je cite la réponse du CIO que nous venons de recevoir: «Le deuil et la mémoire s'expriment et sont perçus différemment selon les cultures.» Vraiment? Les assassinats de jeunes gens ne méritent-ils pas, au minimum, du respect et, au mieux, une condamnation unanime de la part d'une organisation représentative des valeurs de l'olympisme?
Journée internationale de l’éducation et lutte contre les inégalités d'accès à l'éducation (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, à l'heure des bouleversements géopolitiques majeurs, la souveraineté européenne est une nécessité et l'éducation est clé pour une Europe compétitive, libre et démocratique. Grâce aux objectifs de l'espace européen de l'éducation, les résultats sont là: entre 2002 et 2024, le décrochage scolaire est passé de 17 à 9 % et jamais autant de jeunes Européens n'ont obtenu un diplôme. Mais ce n'est pas suffisant, parce que les défis ont changé. Aux compétences fondamentales – lire, écrire, compter – s'ajoutent désormais la maîtrise du numérique et des médias, parce qu'il faut savoir utiliser ces outils, mais aussi et surtout, savoir les questionner, distinguer le vrai du faux et surtout savoir penser par soi-même. Dans ce combat pour une éducation de qualité, Erasmus joue un rôle majeur. Les enseignants du primaire et du secondaire l'ont compris, ils s'en saisissent pour eux-mêmes et pour leur classe. Alors, il faut être à la hauteur des attentes et faire des prochaines négociations budgétaires un moment décisif pour le renforcement d'Erasmus. La Commission nous propose 41,8 milliards pour la période 2028-2034. Je suis pour aller à 50 milliards d'euros au moins. C'est un investissement indispensable, parce qu'au sein d'Erasmus, il existe de nombreuses initiatives en faveur de la démocratisation de l'éducation, que l'on parle des alliances d'universités européennes aux future alliances scolaires européennes, en passant bien sûr par la mobilité longue des apprentis. L'éducation est notre meilleure arme contre la désinformation, contre le populisme et la haine. C'est aussi notre meilleur investissement pour des citoyens éclairés et pour une société compétitive.
Piratage en ligne des événements sportifs et autres contenus en direct: l’urgence de remédier aux problèmes qui perdurent (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, nous réclamons en effet urgemment une proposition législative pour contrer enfin efficacement le piratage des événements sportifs et autres contenus en ligne. Le piratage est malheureusement en hausse. Les JO de Paris 2024 ont en effet été victimes de cinq fois plus de cas de piratage que les JO de Tokyo, seulement trois ans plus tôt. Tout piratage est un manque à gagner pour nos industries culturelles et créatives, mais les contenus en direct sont particuliers. La valeur d'un match de football, d'un combat de boxe, d'une course automobile diminue de minute en minute. En France, ce manque se chiffrerait à 1,5 milliard d'euros en 2024, soit 12 % du marché audiovisuel légal. Et ce visionnage illégal fait perdre des revenus non seulement aux diffuseurs et aux plus grandes ligues sportives, mais aussi aux associations sportives de nos communes et régions qui bénéficient de ces droits sportifs. En effet, un tiers des recettes de chacun des clubs de football en France vient de la vente des droits. Le piratage influe donc directement sur leur compétitivité et sur leur attractivité. Monsieur le Commissaire, plus de rapidité et d'efficacité, c'est le sens de la lettre que nous avons envoyée à la présidente von der Leyen. Le DSA est la clé de voûte de notre environnement numérique, mais il n'est pas adapté au retrait rapide des contenus sportifs et des contenus en direct. Il nous faut donc une nouvelle proposition législative pour parvenir à des résultats concrets.
La tentative de prise de contrôle du groupe audiovisuel public en Lituanie et la menace qui pèse sur la démocratie dans le pays (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, la situation en Lituanie est alarmante et – on le voit – très enflammée. Sous couvert de révision du budget et de modification des statuts, le gouvernement de coalition entre les sociaux-démocrates et un parti d’extrême droite attaque frontalement la radiotélévision publique et sa directrice. C’est d’autant plus grave que c’est une mesure de rétorsion contre les journalistes qui ont fait un travail d’investigation mettant à jour un scandale de corruption touchant le pouvoir. Malheureusement, cette situation de pression sur les médias publics n’est pas unique. Partout en Europe, les télévisions et radios publiques voient leur parole, leur structure, leur indépendance et leur financement remis en cause. Cela alors même que deux tiers des Européens déclarent avoir confiance en leurs médias de service public. Chers collègues, le règlement sur la liberté des médias s’applique depuis bientôt six mois et offre des protections contre de telles dérives. À la Commission et aux États membres de prendre leurs responsabilités et de lancer les enquêtes publiques, puisque la Commission en a le pouvoir et qu’elle peut s’appuyer désormais sur le Media Board! Il y va de la survie de notre modèle démocratique.
Madame la Présidente, Madame la Haute représentante, le sujet des accords commerciaux fait débat quand il s'agit de mauvais accords. Mais à l'heure de l'instabilité et des recompositions géostratégiques, l'Union européenne a besoin de s'ouvrir à de nouvelles régions du monde. L'Inde est un partenaire de choix. C'est une démocratie, c'est une force démographique, une puissance géostratégique sur l'axe indo-pacifique, c'est un champion technologique, mais aussi un marché porteur pour de nombreux secteurs, dont le marché des vins et spiritueux. L'Accord commercial qui sera signé dans les prochains jours est donc une grande opportunité et notre Parlement l'examinera avec beaucoup d'attention, notamment sur la possible exclusion des produits agricoles sensibles. Et bien évidemment, nous serons sensibles et attentifs au respect des droits de l'homme, sujet qui fait encore débat dans les négociations en cours. Le point important, ce n'est pas seulement le volet commercial de l'accord. C'est un véritable partenariat universitaire et scientifique que nous devons bâtir avec l'Inde. Ce pays est aujourd'hui l'un des moteurs mondiaux en matière de formation des ingénieurs et de chercheurs de haut niveau. Face aux défis technologiques, climatiques et industriels, nous avons beaucoup d'intérêt à coopérer pour former les talents de demain.
Présentation du programme des activités de la présidence chypriote (suite du débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Président de la République, chers collègues, la présidence chypriote s'ouvre dans un contexte de turbulences internationales majeures. Nous comptons sur vous. Face à la Russie, face à la Chine et désormais face aux États-Unis, il est temps que l'Europe assume pleinement sa puissance. Nous en avons les moyens, encore faut-il en avoir la volonté politique. Face aux menaces de Donald Trump, nous vous demandons d'activer l'instrument anti-coercition, maintenant. Faisons-nous respecter, revendiquons nos forces réelles. Personne n'a intérêt à cet affrontement économique, nos économies en souffriraient. Mais nous ne céderons pas sur la souveraineté de nos alliés, ni au Groenland, ni en Ukraine. La stratégie de l'apaisement a montré ses limites; il est temps d'assumer une ligne de fermeté dans l'intérêt des Européens. Enfin, Monsieur le Président, face aux puissances extérieures hostiles, face aux extrêmes qui cherchent à détruire l'Europe, vous devez défendre notre démocratie. Cela commence par le respect de ce Parlement. Un premier signal fort serait de refuser toute mise en œuvre de l'accord UE-Mercosur, tant que ce Parlement ne se sera pas prononcé.
Mise en œuvre de l'accord de commerce et de coopération UE-Royaume-Uni (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, depuis le Brexit, le nombre d'étudiants européens outre-Manche a chuté de moitié. Fin de la participation à Erasmus, flambée des frais d'inscription pour les étudiants européens, coût de la vie: tout pousse nos jeunes loin des universités britanniques. Mais, depuis l'arrivée de Keir Starmer, les choses évoluent. Les relations entre l'Union européenne et le Royaume-Uni reprennent des couleurs et, pour la première fois depuis le référendum de 2016, un rapprochement paraît possible. À ce titre, l'actualisation de l'accord de commerce et de coopération prévue l'an prochain doit être plus qu'une révision technique. En tant que rapporteure de la commission de la culture et de l'éducation, je demande donc à intégrer les échanges universitaires, les programmes pour la jeunesse – particulièrement le programme de mobilité des jeunes – et la coopération culturelle. Car ces dimensions, aujourd'hui totalement absentes de notre accord avec le Royaume-Uni, sont celles qui tissent les relations les plus durables entre nos sociétés.
Monsieur le Président, Madame la Vice-présidente, chers collègues, l'Europe est le premier espace politique à avoir créé un état de droit sur internet. Le premier, avec un règlement sur la protection de nos données personnelles, le RGPD; avec le DSA et le DMA pour responsabiliser en particulier les très grands opérateurs américains et chinois; avec l'acte sur l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, ces règles seraient trop compliquées. Mais pour qui? Pour les Européens ou pour ceux qui nous mettent sous pression jour après jour, de l'autre côté de l'Atlantique? Ce plan de simplification numérique, c'est un peu: «Donald Trump en rêvait, la Commission européenne l'a fait». Nos entreprises savent composer depuis des années avec le RGPD et vous voulez remettre nos données personnelles en circulation pour entraîner les IA? L'acte sur l'intelligence artificielle n'est même pas encore en application, et vous voulez déjà repousser de deux ans la réglementation des IA à haut risque et de six mois la labellisation des contenus générés par l'intelligence artificielle, à l'heure des «fake news» et des «deepfakes»? Madame la Vice-présidente, nous devons vraiment reparler de ce plan.
Obligations au titre de la directive «Services de médias audiovisuels» dans le dialogue transatlantique (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, Donald Trump a une obsession, attaquer nos lois européennes pour nous déstabiliser. Après les offensives sur le climat, le commerce, la défense, l'industrie ou encore notre agriculture, Donald Trump persiste et signe et remet désormais en cause notre modèle culturel. En février dernier, l'administration Trump, bien aidée par les «majors» du cinéma et de la vidéo à la demande, a publié un document recensant toutes les barrières au bon développement du business américain. Parmi les lois dénoncées, on trouve la directive «Services de médias audiovisuels», la pierre angulaire de la diversité culturelle sur les plateformes de vidéo à la demande. Elle nous permet, depuis 2019, de faire contribuer Netflix, Disney, Amazon et autres à la production et à la diffusion de séries et de films européens. Le sens de la résolution que nous votons aujourd'hui est de combattre ces attaques répétées, qui sont renforcées à nouveau par cette nouvelle menace de taxer à 100 % tous les films réalisés hors des États-Unis. Ce que le président américain attaque, c'est notre modèle culturel européen qui parvient à exprimer sa singularité face à Hollywood et à son hyperpuissance. Dans ces conditions de guerre culturelle, peut-on vraiment imaginer faire confiance à Donald Trump pour tenir sa parole dans les accords commerciaux que nous discutons en ce moment? Désolée, M. le président, mais nous continuerons à défendre nos talents, nos Palmes d'or, nos Ours d'or, nos Lions d'or, qu'ils soient franco-iraniens, suédois, danois, espagnols.
Rôle des politiques de l'Union dans la définition du modèle européen du sport (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, imaginons un match de football entre deux équipes espagnoles qui aurait lieu aux États-Unis. Cela vous semble absurde? Pourtant, c'est le projet de la Liga espagnole, et c'est l'un des derniers exemples de tentatives d'affaiblissement de notre modèle sportif européen pour l'américaniser. Ces tentatives sont l'exact inverse du modèle qui doit être respectueux des athlètes, des supporters et des territoires dans lesquels les clubs et les fédérations sont ancrés. Économie, santé, cohésion territoriale et sociale: les questions liées au sport sont au cœur de notre modèle de société. L'excellent rapport de notre collègue, monsieur Bogdan Zdrojewski, le rappelle avec force. Notre modèle sportif européen est unique au monde. Il faut le défendre et les politiques européennes peuvent le renforcer. À nous, au niveau européen, d'apporter notre soutien au sport de masse et au volontariat par Erasmus+, de contrer le piratage des matchs par nos lois sur le numérique et de protéger les droits des athlètes avec nos règles sur le marché unique. Nous avons tous les atouts pour gagner ce match.
Une nouvelle vision pour les alliances «universités européennes» (débat)
Monsieur le Président, je suis vraiment profondément persuadée de l'atout que représentent ces alliances «universités européennes» et je suis ravie de voir que nous partageons largement ce point de vue au sein du Parlement. Ces alliances représentent d'abord un atout intellectuel, parce que découvrir de nouvelles façons de penser, échanger, élaborer des programmes d'études innovants, faire collaborer les professeurs et des chercheurs, tout cela au-delà des frontières nationales, c'est crucial dans notre combat contre l'obscurantisme, qui, malheureusement, s'est exprimé pendant les débats, contre la désinformation scientifique et pour le développement de l'esprit critique. Nous avons plus que jamais besoin d'une Europe des Lumières. Étudier au sein d'une alliance, c'est l'assurance pour un étudiant de bénéficier des meilleurs enseignements dans son domaine et d'ouvrir des horizons intellectuels. Les alliances, cela a été dit par un collègue, démocratisent l'accès à ce savoir partout, dans les régions ultrapériphériques et dans les plus petites villes. Je suis bien placée pour le savoir. Économiquement aussi, elles sont stratégiques parce que tous nos débats actuels tournent autour de la compétitivité européenne, de notre souveraineté, de notre réindustrialisation, du nécessaire investissement européen dans l'industrie. Et cette prise de conscience est nécessaire et salutaire. Mais, trop souvent, nous oublions ce qui est à la base de tout: l'éducation. Or, nous disposons en Europe d'universités de pointe de très grande qualité. Les alliances participent en collaborant au niveau européen en matière de recherche et d'innovation. Ces collaborations peuvent être à l'origine de découvertes et d'avancées scientifiques majeures. Monsieur le Commissaire – et nous sommes aussi très heureux d'avoir, au-delà de Mme Mînzatu qui est présente moralement ici, la présence du commissaire au budget –, j'ai entendu votre engagement, bien sûr, sur l'accroissement d'Erasmus+, mais aussi sur la considération qui sera apportée à ce programme d'alliances «universités européennes». On a vu combien il était stratégique. Encore une fois, je vous remercie pour cet engagement qui, je l'espère, sera concrétisé très prochainement.
Une nouvelle vision pour les alliances «universités européennes» (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, cela fait déjà plus de 1 000 ans que l'Europe se construit par des échanges intellectuels et universitaires, depuis la fondation de l'université de Bologne en 1088, en passant par les voyages d'Erasme au XVIᵉ siècle ou encore le Grand Tour, ce voyage éducatif à travers l'Europe entrepris par les jeunes hommes entre le XVIIᵉ et le XIXᵉ siècle. C'est dans la continuité de cette riche tradition intellectuelle que s'inscrivent les alliances «universités européennes». Évoquées initialement par le président de la République française, Emmanuel Macron, dans son discours fondateur de la Sorbonne en 2017, les premières alliances ont vu le jour en 2019 dans le cadre du programme Erasmus+. Elles sont d'ores et déjà au nombre de 65 en seulement quelques années. Cela démontre bien l'engouement du monde universitaire pour cette initiative, ce besoin de coopération européenne qui est enfin comblé. Les alliances sont allées au-delà de l'idée initiale de mise en réseau d'universités. En plus des mobilités de cursus commun, des échanges d'étudiants, de professeurs et de chercheurs, elles permettent aux universités, partout en Europe, de repenser leur modèle pédagogique et de passer d'une logique de projets entre universités à une coopération sur le long terme. Bien loin de créer un système universitaire à deux vitesses, comme certains essaient de le faire croire, les alliances servent de laboratoire pour faire émerger un véritable espace européen de l'enseignement supérieur. Elles sont en première ligne pour tester et imaginer des solutions qui peuvent ensuite être généralisées à toutes les autres universités. Par exemple, quelques alliances testent actuellement le projet de diplôme européen qui, à terme, devra être accessible à toutes les universités, qu'elles soient dans les alliances ou non. Je pense également au travail des alliances sur la reconnaissance européenne des diplômes, qui a fait changer la législation de certains pays comme l'Espagne, au bénéfice du monde universitaire. Comme je l'ai écrit dans mon rapport, je pense que, désormais, plutôt que de développer encore et toujours le nombre des alliances, il est indispensable d'approfondir celles qui existent déjà et surtout de diversifier et de sécuriser sur le long terme leurs sources de financement. Le programme Erasmus+ seul ne peut porter à bout de bras une initiative d'une telle envergure. Il faut des financements européens, régionaux, nationaux et privés. Je suis à ce titre satisfaite de voir que les alliances sont mentionnées dans la proposition de fonds de compétitivité que vous avez présentée en juillet, Monsieur le Commissaire, mais espérons seulement que les fameuses synergies, constamment évoquées, entre programmes européens deviennent enfin une réalité et pas seulement un terme à la mode européen. Un dernier point sur la recherche et l'innovation. Nous avons jusqu'ici mis l'accent sur le volet «éducation» des alliances. C'était sans doute nécessaire pendant quelques années au démarrage. Je suis convaincue qu'il faut désormais renforcer leur capacité d'innovation et de recherche et permettre aux alliances qui en font le choix de se concentrer sur les secteurs les plus stratégiques pour notre avenir: évidemment le changement climatique, les nouvelles technologies, l'intelligence artificielle particulièrement. J'aurais aimé que le discours sur l'état de l'Union prononcé hier par Ursula von der Leyen mentionne notre besoin de compétences et d'une éducation renforcée, et le rôle que doit jouer le secteur de l'enseignement supérieur, surtout après une année des compétences décrétée en 2023 et les constats du rapport Draghi à ce sujet. Je suis très heureuse que nous puissions avoir un débat sur ce sujet très important de notre excellence éducative et de notre enseignement supérieur.
État d'avancement de la mise en œuvre du règlement européen sur la liberté des médias dans les États membres (débat)
Monsieur le Président, Madame la Ministre, Madame la Commissaire, chers collègues, le 8 août, le règlement sur la liberté des médias entrera en vigueur. Cette loi, la première à donner un cadre clair pour la structuration de la presse européenne et pour la protection des journalistes, est désormais un pilier de notre démocratie. Pourquoi? Parce qu’elle permet à la Commission européenne d’agir de façon déterminante sur la concentration des médias. Cela est essentiel, parce que la liberté d’opinion n’est pas la liberté de désinformation et que seul le pluralisme garantit la liberté d’opinion. Voilà pourquoi il faut empêcher Viktor Orban d’assujettir au pouvoir l’ensemble des médias hongrois, de même que Vincent Bolloré, en France, d’étendre indéfiniment son empire médiatique par la seule force de l’argent. Encore une fois, c’est la garantie du pluralisme qui doit prévaloir. Il faut donc une application claire et rapide du règlement sur la liberté des médias, qui devra être conforté par le futur bouclier démocratique. Et il n’y aura pas de bouclier démocratique sans volonté d’investir massivement dans nos médias européens, ce que nous exigerons dans le futur budget.
Lutte contre les abus sexuels et l’exploitation sexuelle des enfants, ainsi que contre les matériels relatifs à des abus sexuels sur enfants, et remplaçant la décision-cadre 2004/68/JAI du Conseil (refonte) (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, en France, près de 10 % des enfants sont victimes d'abus sexuels et les petites filles le sont deux fois plus que les garçons. En France, c'est toutes les trois minutes qu'un enfant est victime de viol, d'inceste ou d'abus sexuels. Cette mise à jour de la directive de 2011 est donc un grand progrès parce qu'elle actualise et unifie nos définitions des infractions liées aux abus sexuels sur enfants et c'est un grand progrès, mais il faut que le combat continue pour protéger nos enfants, et en ligne tout particulièrement. Oui, le web et les réseaux sociaux sont maintenant régulés par la législation sur les services numériques. Pourtant, le pire continue à se produire et c'est pourquoi je voudrais plaider pour des avancées encore nouvelles, notamment sur des lignes fortes données par la Commission en matière de protection des mineurs et de vérification de l'âge, avec l'établissement d'une majorité numérique à quinze ans partout dans l'Union européenne. Et, surtout, avancer et conclure ce dossier de lutte contre les abus sexuels en ligne, pour lequel les négociations s'éternisent et qui est malheureusement encore bloqué au niveau des conseils. Pendant ce temps, les abus sur enfants continuent.
Protéger l'accès aux médias démocratiques, comme Radio Free Europe/Radio Liberty (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, Radio Free Europe, pour des millions d’Européens, c’est la voix de l’Occident, celle qui a fait tomber des régimes autoritaires et s’écrouler le Rideau de fer. Le 15 mars, par un simple courriel, Trump a mis fin à soixante-quinze ans de défense par les États-Unis de la liberté de la presse et de la liberté de s’informer dans les pays où ces libertés se trouvent menacées. L’annonce a été sévèrement critiquée, et à juste titre, car la justice a suspendu la décision de couper les financements. Mais ce n’est là qu’un répit de quelques mois. C’est à l’Union européenne de prendre le relais. Nous avons le cadre juridique nécessaire, avec le règlement européen sur la liberté des médias et la directive contre les poursuites-bâillons. Nous avons le cadre qu’il faut, avec des services de médias publics et privés parmi les plus indépendants au monde. Ce qu’il nous manque, c’est une véritable volonté. Nous devons en effet considérer que cette époque, faite de crises démocratiques, d’ingérences et de guerres, a besoin qu’un vrai budget européen soit mis en placepour la protection des journalistes et pour la promotion d’une information libre et indépendante.
La situation des universitaires et des chercheurs européens aux États-Unis et les incidences sur la liberté académique (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, «la liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit». Cette citation de Georges Orwell a une résonance particulière, aujourd’hui, dans l’Amérique de Donald Trump. La recherche de la vérité, la science se fondant sur des faits: tout cela est balayé sur l’autel de l’idéologie trumpiste. Depuis deux mois, pour les universités américaines, ce ne sont que fonds gelés, licenciements, intimidations. Et les trumpistes vont plus loin dans la dystopie. Pollution, femme, victime, handicap, racisme, égalité, changement climatique, santé mentale: voici quelques mots parmi la centaine à avoir été censurés par l’administration Trump. Autant de mots que les scientifiques ne peuvent plus utiliser dans leurs projets de recherche. Les États-Unis, jusqu’alors eldorado des chercheurs du monde entier, sont devenus un repoussoir. L’Union européenne a bien sûr une place à prendre dans cette reconfiguration. Elle doit devenir un phare pour la liberté académique, un nouveau pôle d’attraction des scientifiques internationaux. Cela doit se traduire par un plan ambitieux et par des investissements de long terme pour nos universités.
La boussole culturelle européenne comme force motrice de la compétitivité économique et de la résilience (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, promouvoir notre culture, c’est aussi nous défendre et nous imposer. Notre boussole culturelle, c’est notre boussole de souveraineté. Alors que les attaques contre notre modèle européen se multiplient, ne cédons pas aux menaces américaines. Abandonner notre régulation du numérique et ne pas défendre bec et ongles la reconnaissance du droit d’auteur face à l’intelligence artificielle seraient des fautes historiques, le coup de grâce pour le secteur culturel et, au-delà, pour notre civilisation. Alors soyons intransigeants! Par ailleurs, Monsieur le Commissaire – je connais votre engagement –, donnons une vision! Les consultations, c’est bien, mais donnons une vision! En promouvant le multilinguisme pour la circulation des œuvres, en donnant un statut protecteur aux artistes, en renforçant les coproductions dans tous les arts – de l’audiovisuel au théâtre –, en donnant la main aux villes et aux collectivités locales pour créer ensemble et au plus près des citoyens, et pour valoriser leur patrimoine local et leur culture locale. Il n’y aura pas d’Europe demain sans culture européenne.
Union des compétences: multiplier et améliorer les possibilités d'étude, de formation ou de travail dans l'Union et faire revenir nos cerveaux (débat)
Monsieur le Président, Madame la Vice-Présidente, chers collègues, l’Union des compétences est un réel progrès pour l’Union européenne. Enfin, nous concrétisons les préconisations du rapport Draghi pour notre compétitivité – parce que, oui, derrière nos économies il y a surtout des femmes et des hommes qui la font fonctionner et qui doivent être formés tout au long de la vie. Les initiatives annoncées sont un progrès, et je retiens particulièrement celles pour la reconnaissance européenne des diplômes et pour la création d’un diplôme européen pour les apprentis, mais également les bourses pour attirer les chercheurs à haut potentiel, l’observatoire pour prévoir les besoins en compétences futures ou encore votre engagement à renforcer le programme Erasmus+. L’Union des compétences est un pas de géant pour l’Europe de l’éducation, et parce que c’est une compétence nationale, voire régionale, il relève de la responsabilité de nos États membres de coordonner leurs politiques éducatives, de faire progresser le niveau et de permettre à tous nos talents de rivaliser avec le monde entier.
Hommage à Ján Kuciak et à Martina Kušnírová: faire progresser la liberté des médias, consolider l'état de droit et protéger les journalistes dans toute l'Union européenne (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, honorer la mémoire de Ján Kuciak et Martina Kušnírová, sept ans après leur assassinat, c'est redire l'importance vitale des médias dans nos démocraties. Leur mort met en évidence le risque que courent ceux qui recherchent la vérité en Slovaquie et partout où la liberté de la presse est menacée. Je rappelle donc: l'Union européenne a désormais un règlement sur la liberté des médias et, je le rappelle aussi, l'extrême droite n'a pas voté ce texte. Avec ce texte, nous renforçons l'indépendance de la presse et faisons en sorte que les journalistes puissent exercer leur métier sans risque de représailles. Le règlement européen sur la liberté des médias, c'est aussi l'assurance de médias fiables, alors que nous sommes entrés, avec X et Meta, dans une ère de post-vérité, où l'on parle de liberté d'expression quand il s'agit de pure désinformation et où la vérification des faits est devenue un acte de subversion. En hommage à Ján Kuciak et Martina Kušnírová, rappelons que la lutte pour la liberté de la presse continue, ici, en Europe et particulièrement au Parlement européen.
Stimuler l’enseignement et la formation professionnels en période de transitions sur le marché du travail (débat)
Madame la Présidente, Madame la Vice-Présidente, Monsieur le Commissaire et Monsieur le Ministre, chers collègues, il n'y aura pas d'Europe souveraine sans Europe des compétences. C'est ce que dit le rapport Draghi sur la compétitivité. Les grands défis industriels, les innovations de rupture comme l'IA transforment en profondeur le monde du travail et nos besoins en compétences, particulièrement dans le secteur de la formation professionnelle et de l'apprentissage et de la formation tout au long de la vie. Oui, il faut décider d'urgence d'un fonds de souveraineté pour financer les secteurs d'avenir, mais il faut investir dans l'humain. Notre retard est important. Les États membres doivent sortir de leur logique nationale pour faire progresser le niveau scolaire, pour coordonner au plan européen des formations plus stratégiques, pour finaliser la reconnaissance de tous les diplômes et particulièrement les diplômes professionnels. Je lance l'alerte sur Erasmus: c'est un nouveau pourvoyeur de talents depuis que le programme s'est ouvert à la mobilité longue des apprentis. Ce programme semble pourtant menacé par les projets de budget qui circulent. Madame la Commissaire, Madame la Vice-Présidente, je vous le dis ici, nous nous battrons pour Erasmus, tout comme nous nous battrons pour que le mot «éducation» revienne dans le nom de votre portefeuille.
Ingérence étrangère et espionnage par des acteurs de pays tiers dans des universités européennes (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, il y a un angle mort dans la lutte contre les ingérences étrangères: ce sont nos universités et notre enseignement supérieur. C'est pourquoi j'ai demandé la tenue de ce débat avec mon groupe Renew. Les universités sont au cœur de la bataille pour notre recherche et notre compétitivité européenne. S'il faut bien sûr continuer à accueillir des étudiants étrangers et à défendre la liberté académique, ne soyons pas pour autant naïfs. Des puissances étrangères, gouvernements comme entreprises, tentent de capter nos découvertes scientifiques. Elles mettent aussi en place des stratégies d'influence agressives via leurs étudiants pour faire passer des messages positifs sur leurs régimes. Parmi elles, la Chine, la Turquie, la Russie ou encore les pays du Golfe. Certains pays européens sont très complaisants à leur égard; je pense comme toujours à la Hongrie de Viktor Orban. Assumons donc de défendre notre sécurité académique et sortons des logiques nationales. Si nous voulons assurer notre souveraineté scientifique et technologique dans un monde incertain, adoptons une approche européenne cohérente dans l'accueil des étudiants étrangers et nos partenariats avec les entreprises et renforçons le renseignement européen.
Détournement des nouvelles technologies en vue de manipuler et de radicaliser des jeunes par des discours de haine et antidémocratiques (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, depuis peu la propagande néonazie est devenue cool. Ça s’appelle le «pop fascisme», ça fait florès sur les réseaux sociaux, c’est du prêt-à-penser pour les jeunes. Il y a quelques semaines, j’ai été profondément choquée en découvrant un clip et un jeu vidéo sur le thème de la remigration créé par la branche jeunesse de l’AfD, parti allemand d’extrême droite dont quatorze députés siègent ici, dans ce Parlement. C’est pourquoi j’ai demandé ce débat. Les images, créées par intelligence artificielle, utilisent tous les codes de la propagande nazie. On y voit des personnes blanches, blondes, aryennes, qui dansent sur de la musique techno en refoulant dans des avions des personnes racisées. Le refrain? «Nous les renvoyons tous!» C’est intolérable. Si les œuvres racistes envahissent l'internet, je note ici une escalade, parce que ce clip et ce jeu vidéo ont été créés par un parti politique – l’AfD. On peut certes s’abriter derrière les législations. Oui, nous avons le règlement sur les services numériques pour rendre les plateformes responsables des contenus qu’elles hébergent – et notamment TikTok, quand on s’adresse aux jeunes. Oui, il faut rendre ces plateformes responsables, mais, à ma connaissance, cette vidéo circule toujours sur X. Alors qu’en France, par exemple, un jeune sur cinq ne sait pas ce qu’est la Shoah, il faut aller plus loin et condamner effectivement tous les contenus racistes, en commençant par sanctionner les ennemis de la démocratie qui sont déjà parmi nous.
Protéger le budget de l’UE et veiller à ce que les fonds de l’UE ne profitent pas à des entités ou des personnes liées à des mouvements terroristes ou islamistes (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, il y a visiblement encore des manquements dans l'attribution des subventions Erasmus. Après la Femyso liée aux Frères musulmans, on nous signale donc une université turque recevant des financements européens et dont le recteur aurait soutenu publiquement l'organisation terroriste du Hamas. C'est inacceptable. La Commission européenne doit faire son travail plus scrupuleusement dans l'instruction des dossiers. Je l'avais d'ailleurs rappelé lors de la révision à mi-mandat du programme Erasmus; je dois dire que j'avais été assez seule dans ce Parlement en invoquant le nécessaire respect de nos valeurs européennes de tolérance, de liberté et d'anti-discrimination. J'ai vécu la complaisance de l'extrême gauche, l'ambiguïté de la gauche et l'indignation sélective de l'extrême droite, car oui, il y a des dérives et des volontés d'entrisme dans d'autres religions que l'islam. Pour moi et pour le groupe Renew, les choses sont claires: pas d'argent européen sans respect des valeurs européennes. Encore une fois et solennellement, la Commission européenne a une responsabilité immense pour ne pas laisser instrumentaliser l'éducation. Rappelons que ce mois-ci, nous commémorons le décès de deux professeurs, Samuel Paty et Dominique Bernard, assassinés par des terroristes islamistes.
Faire face aux fausses informations, au populisme et à la désinformation dans l’UE – L’importance des services publics de radiodiffusion, du pluralisme des médias et du journalisme indépendant (débat)
Madame la Présidente, Madame la Vice-présidente, notre démocratie meurt chaque jour de la désinformation. Oui, il y a des ingérences, il y a des usines à trolls, mais leur carburant, ce sont les algorithmes qui accélèrent la diffusion de contenus mensongers parce qu'ils sont sensationnels, et la sensation fait de l'argent. Nous avons mis les grandes plateformes face à leurs responsabilités avec le DSA et le DMA, mais nous devons encore reprendre le contrôle avec la transparence des algorithmes et la labellisation des contenus générés par l'intelligence artificielle. Plus que tout, nous devons garantir aux citoyens européens une information libre, pluraliste et indépendante. C'est le préalable à la grande loi sur la liberté des médias. Cet objectif, c'est aussi la mission prioritaire des médias publics, à qui il faut donner les moyens d'exister et d'informer. Ce n'est pas un hasard s'ils sont attaqués partout par l'extrême droite, par Marine Le Pen et le RN, qui veulent les privatiser, mais aussi par l'AfD en Allemagne et le FPÖ en Autriche, qui veulent les déstabiliser. Ce que notre Parlement attend, c'est le bouclier démocratique promis par la présidente de la Commission européenne, mais aussi une véritable stratégie de soutien aux médias qui peut bénéficier à France TV, à Arte, à Radio France, à France Médias Monde, à leurs homologues européens et, in fine, à la démocratie.
Madame la Présidente, le 7 janvier 2015 avait lieu la tuerie de Charlie Hebdo. Douze personnes massacrées pour un dessin, pour une caricature qui invoquait la religion. Parmi les rescapés, une dessinatrice de presse, Coco, qui vit sous protection policière. Cette dessinatrice a fait paraître lundi dans le journal Libération, une caricature qui dénonce l'horreur de la situation de famine à Gaza et évoque une nouvelle fois la religion. Depuis cette parution, Coco est l'objet d'un déchaînement de haine, de propos antisémites sur les réseaux sociaux et d'appels à la violence. Pire encore, ce ciblage est relayé par un parti politique représenté dans cet hémicycle, la France Insoumise. Vous n'aurez pas notre haine, mais vous la méritez, voilà ce qu'a déclaré une députée française de ce parti. En ce jour où nous votons l'acte sur la liberté des médias, je voudrais que ce Parlement condamne fermement les attaques contre Coco. Je voudrais qu'à travers ce texte qui consacre la liberté des journalistes, nous reconnaissions également celle des dessinateurs et des caricaturistes. Solidarité avec Coco et restons Charlie.