Recommandation concernant la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, face aux défis du XXIᵉ siècle, nous n’avons jamais eu autant besoin de coopération internationale. Pourtant, les plus grandes puissances s’affranchissent ouvertement des règles collectives et marginalisent les institutions onusiennes héritées du XXᵉ siècle et de ses leçons. Le nationalisme, c’est la guerre. Lors de son sommet avec Xi Jinping il y a quelques jours, Trump a suggéré que les États-Unis, la Chine et la Russie devaient unir leurs forces pour combattre la Cour pénale internationale, héritière du tribunal de Nuremberg, en affirmant qu’ils avaient tous intérêt à ce que la Cour disparaisse. Alors, certainement, la CPI n’est pas l’amie de ce club des hommes forts: Xi Jinping, Trump, Poutine, Netanyahou, qui cèdent à leurs pulsions violentes, font la guerre dans la volonté de dominer coûte que coûte. La CPI et ses juges, même attaqués, intimidés sans cesse, tiennent le cap pour le respect du droit international, pour la justice rendue aux victimes des pires crimes dont l’homme est capable. Défendre la CPI aujourd’hui, c’est défendre un idéal pour un monde de paix et de justice. Et nous échouons: la CPI a son siège en Europe et pourtant l’Europe est incapable de la protéger face aux sanctions américaines qui menacent son indépendance, parce qu’il faut ménager Trump. Alors, la Commission européenne dit vouloir protéger la Cour, mais ne fait rien. Son hypocrisie est aujourd’hui une complicité. Que la Commission active enfin le règlement de blocage et que ce Parlement le clame haut et fort: non à la guerre et à l’impunité des criminels, oui à la paix et à la justice.
Rapport 2025 de la Commission sur l’état de droit (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, dans un monde où l'autoritarisme avance, notre Parlement peut-il encore être une boussole dans la lutte pour la démocratie et l'état de droit? Quand les droits des LGBT sont attaqués en Hongrie, quand les journalistes sont ciblés par des logiciels espions en Italie, quand la liberté des femmes d'avorter et de disposer de leur corps est menacée par un nouveau président nationaliste en Pologne, ou encore quand quelques milliardaires prennent en otage l'indépendance de la presse, notre Parlement est-il encore capable d'envoyer un message clair? Il y a quelques années encore, nous aurions été presque tous d'accord dans cet hémicycle pour défendre l'état de droit. Mais, aujourd'hui, alors que les idées réactionnaires sont devenues monnaie courante, ce n'est plus possible. Non, jamais nous ne banaliserons la corruption. Nous avons bien fait de tenir bon face à Orbán et à son système corruptif, et de retenir les milliards de fonds européens au nom de l'état de droit. Jamais nous ne banaliserons non plus les attaques qui rabaissent les femmes et les personnes homosexuelles ou transgenres, ni ceux qui s'attaquent à la presse et à son indépendance, ou ceux qui sanctionnent des juges, comme à la Cour pénale internationale, parce qu'ils luttent contre l'impunité des criminels de guerre. Bref, jamais nous ne cesserons de défendre l'état de droit, parce que c'est cela qui fait l'identité européenne, n'en déplaise à l'extrême droite de cet hémicycle.
«Global Gateway» – incidences passées et orientation future (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, merci beaucoup pour ce débat. Pour conclure, je voudrais redire l'essentiel: face à une recomposition géopolitique marquée par la brutalité, nous devons choisir une autre voie pour l'initiative «Global Gateway», celle d'une coopération qui soit fondée sur la justice, la réciprocité, le respect; bref, sur les valeurs européennes. Je veux répondre ici aux critiques qui ont pu émerger sur les bancs de l'extrême droite. D'abord, pour dire que, oui, les investissements européens à l'étranger, l'aide au développement sont nécessaires. Nous ne sommes pas une île au milieu de l'océan. Par ailleurs, non, «Global Gateway» n'est pas un outil de gestion des migrations. Cela n'est pas le sujet. Le succès de «Global Gateway» se mesurera à la qualité des relations internationales qu'il construit, à la place laissée aux pays partenaires pour définir leurs priorités et qu'ils soient traités sur un plan d'égal à égal, et à la capacité aussi de créer des emplois de qualité et de protéger les droits, les services publics, les personnes. «Global Gateway» ne peut en aucun cas reproduire des relations de domination. Cela ne peut pas être le guichet des multinationales européennes. Nous exigeons un «Global Gateway» plus transparent, plus démocratique, plus social, plus écologique. Une initiative qui n'organise pas la dépendance, mais qui renforce l'autonomie de nos partenaires et qui ne construit pas seulement des infrastructures, mais qui aussi incarne des principes: la solidarité, la justice, la dignité. C'est à la hauteur de cette ambition que l'Europe sera jugée. Et c'est à cette hauteur que nous devons nous placer.
«Global Gateway» – incidences passées et orientation future (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Vice-président, Monsieur le Commissaire Síkela, chère Hildegard, chers collègues, je suis heureuse de co-présenter ce matin le premier rapport du Parlement européen sur l'initiative européenne «Global Gateway». «Global Gateway», c'est une initiative pharaonique d'investissement en infrastructures à travers le monde, lancée en 2021 par l'Europe, pour tenter de concurrencer le projet chinois, notamment, des «Routes de la soie». C'est une initiative qui compte sur la mobilisation de financements publics, des banques de développement, mais aussi d'entreprises privées. Au-delà des annonces, des slogans, des montants colossaux qui sont affichés dans le cadre de cette initiative – on parle de 306 milliards d'euros –, notre rapport note que «Global Gateway» reste encore trop opaque. Ses effets concrets restent méconnus. C'est un peu une boîte noire en quelque sorte. Notre rapport veut analyser avec honnêteté cet instrument en train de devenir structurant pour les relations extérieures de l'Union européenne, au cœur de notre diplomatie économique. Dans un monde qui est marqué par la concurrence entre puissances, la recomposition géopolitique des dépendances, nous devons chercher à exister. Mais exister pour quoi? Et au service de qui? Ce qui frappe, c'est l'écart entre l'ambition affichée par l'initiative «Global Gateway» et les garanties réelles. Nous savons que «Global Gateway» finance des projets dans le numérique, l'énergie, les transports, la santé, l'éducation. Mais nous voulons qu'il constitue une alternative vertueuse, respectueuse des droits et de la démocratie face aux investissements chinois, russes ou américains. La gouvernance de «Global Gateway» reste peu lisible, avec des critères de sélection parfois inconnus, et surtout des retombées pour les populations locales qui restent insuffisamment démontrées. Notre rapport insiste donc sur un point essentiel: nous ne pourrons être une alternative convaincante aux investissements chinois ou russes que si nous proposons des investissements et des partenariats fondés sur la transparence, la responsabilité et la relation d'égal à égal. Il en va de la qualité de nos relations avec nos partenaires et de la crédibilité de l'initiative «Global Gateway». Nous demandons donc des données publiques sur les projets financés par «Global Gateway», des études d'impact sérieuses, une consultation réelle des autorités locales, de la société civile et des mécanismes qui permettent de prévenir les violations des droits de l'homme et les dommages environnementaux. S'il n'y a pas cette traçabilité, il n'y aura pas de confiance et pas de succès. Nous devons veiller à l'exemplarité sociale de nos investissements, car aucun projet d'infrastructure n'est neutre. Un corridor minier, un réseau numérique, un projet énergétique peuvent créer des emplois, mais ils peuvent aussi exclure, déplacer, précariser tout un tas de populations. C'est pourquoi, dans notre rapport, nous défendons une approche plus exigeante pour la valeur ajoutée locale des projets pour les PME locales, la création d'emplois de qualité, la formation et les services publics. «Global Gateway» ne doit pas seulement servir les chaînes de valeur européennes, il doit aussi renforcer les économies locales, les capacités institutionnelles et la stabilité dans les pays partenaires, mais aussi la santé, l'éducation, la recherche. J'aimerais enfin avoir un mot pour celles qui représentent la moitié de l'humanité, les femmes et les filles. Dans «Global Gateway», elles doivent aussi compter, car la diplomatie féministe est garante de stabilité et de prospérité. «Global Gateway» sera demain au cœur de la réalité économique géopolitique de l'Union européenne. Son succès déterminera l'avenir de nos relations avec le reste du monde. Et si nous voulons être à la hauteur des ambitions, nous devrons prouver que nous ne finançons pas seulement des infrastructures, mais aussi des droits, de l'égalité, des partenariats justes. C'est le sens du rapport que nous présentons aujourd'hui. Et je veux remercier l'ensemble des équipes qui ont travaillé avec nous, ma corapporteure, Hildegard Bentele, mais aussi toute notre équipe de shadow rapporteurs et bien sûr les secrétariats des commissions «Affaires étrangères» et «Développement»; merci beaucoup et je me réjouis du débat que nous allons avoir.
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chère Raquel, chers collègues, il y a trois ans, le scandale du «Qatargate» atteignait profondément la réputation du Parlement européen. Plus d'un million en petites coupures étaient retrouvés au domicile d'une vice-présidente de cette institution. Trois ans plus tard, nous adoptons enfin, aujourd'hui, la première grande directive européenne qui vise à lutter contre la corruption partout en Europe. Il était temps. La corruption des agents publics et des responsables politiques n'est pas seulement une atteinte à la démocratie et à la confiance populaire. C'est aussi l'un des principaux vecteurs d'ingérence étrangère. Elle offre aux puissances qui cherchent à déstabiliser l'Europe une prise directe sur ses décisions politiques, et donc garantir la probité et l'intégrité en politique est aussi un défi de souveraineté. Pour la première fois aujourd'hui, les États membres de l'Union européenne se dotent d'un cadre commun pour prévenir, détecter et sanctionner la corruption. Cette directive fixe des définitions communes et des sanctions pénales pour la corruption active et passive, le trafic d'influence, le détournement de fonds ou encore l'abus de fonctions. Elle impose aussi à tous les États membres de prévenir la corruption avant qu'elle n'advienne, en luttant contre les conflits d'intérêts, en encadrant le lobbying et le pantouflage ou en protégeant les lanceurs d'alerte. L'ensemble de ces règles préventives devront être appliquées par un organisme indépendant du pouvoir politique dans chaque État membre. Songez qu'il y a des pays où, en Europe, les ministres ne sont même pas tenus de faire des déclarations de patrimoine et de conflits d'intérêts à leur entrée en fonction. Avec cette directive, cela va changer. Stop à l'impunité! Nous accusons aujourd'hui une avancée majeure, mais elle ne règle pas tout. Nous devons faire plus: en régulant le financement des partis politiques, pour qu'il soit transparent et qu'il ne donne pas l'avantage aux milliardaires; en renforçant aussi les moyens du Parquet européen et ses pouvoirs d'enquête; en interdisant aussi, une bonne fois pour toutes, au Parlement européen, que des députés ne puissent cumuler leur mandat avec l'exercice de fonctions professionnelles dans des entreprises privées. Aujourd'hui, on peut encore être lobbyiste et député. Alors, chers collègues, la corruption prospère là où la volonté politique fait défaut. N'attendons pas de prochain scandale pour avancer.
Le Conseil européen et la situation au Moyen-Orient (discussion commune)
Monsieur le Président, chers collègues, la guerre illégale lancée sur l'Iran par les États-Unis et Israël est hors de contrôle et plonge le Moyen-Orient dans le chaos. Le régime des mollahs est l'un des pires qui existe, mais la guerre en cours n'est pas la façon de rendre justice au mouvement «Femme, Vie, Liberté», ni aux 30 000 Iraniens tombés sous les balles du régime en janvier. En l'absence de tout scénario crédible de transition en Iran, les États-Unis et Israël détruisent non seulement les installations militaires, mais aussi les infrastructures pétrolières du pays, ses usines de désalinisation d'eau et d'autres infrastructures essentielles. Ces bombardements massifs vont créer un désastre humanitaire, sanitaire et environnemental dont les civils iraniens seront les premières victimes. Sans parler des Libanais qui, au sud du Liban, souffrent, alors que le gouvernement israélien menace de le transformer en un nouveau Gaza. La seule bénéficiaire de cette guerre pourrait bien être la Russie qui peut vendre son pétrole plus cher, exempté des sanctions américaines, pour continuer de financer son effort de guerre contre nous. Alors, Madame von der Leyen, sortez de la torpeur. Ce n'est pas aux Européens de payer le prix de cette guerre décidée sans eux et au mépris du droit international. Protégez les citoyens contre la hausse des prix du pétrole et les spéculateurs qui en profitent. Défaites notre dépendance au gaz et au pétrole. Faites que l'Europe protège les civils iraniens. Et enfin, plutôt que de déplorer que le droit internatio…
Recommandation relative à une coopération renforcée UE-Canada à la lumière du contexte géopolitique actuel, y compris les menaces pour la stabilité économique et la souveraineté du Canada (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, cher Tobias, qui seront nos alliés demain? Dans un monde secoué par le retour de la force brutale, l'Europe doit se regrouper avec les pays qui ont le courage de défier l'impérialisme, qu'il soit russe, chinois ou américain. Le Canada est un de ces pays. Quand le Premier ministre canadien Mark Carney s'est exprimé à Davos en janvier 2026, il a dit tout haut ce que beaucoup d'Européens pensent tout bas. Il a dit que nous avons atteint un point de rupture dans les relations internationales, que les États-Unis n'étaient plus un partenaire fiable. Il a dit, je cite, qu'«à partir de cette fracture, nous pouvons bâtir quelque chose de mieux, de plus fort et de plus juste». Le Premier ministre canadien a eu le courage de s'opposer à Trump, alors que son pays est menacé de droits de douane américains et que trois quarts des exportations canadiennes dépendent du marché américain. Son peuple n'a pas hésité non plus à boycotter les produits américains quand Trump les menaçait d'être transformés en un 51ᵉ État. C'est une leçon de dignité pour l'Europe, savoir être fidèle à ses valeurs et se faire respecter. Alors, dans un monde marqué par la rivalité entre grandes puissances, les puissances moyennes ont le choix: soit se faire concurrence pour obtenir des faveurs, soit s'unir pour créer une troisième voie. Voilà la marche à suivre: la solidarité entre Européens et avec les autres démocraties, comme le Canada, qui refusent la brutalisation.
Lutter contre la répression transnationale des défenseurs des droits de l’homme (brève présentation)
Monsieur le Président, chers collègues, notre Parlement s’apprête à se prononcer pour la première fois sur un enjeu de sécurité, de souveraineté et de démocratie essentiel: je veux parler de la répression transnationale. La répression transnationale, c’est quand un État poursuit des opposants, des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes par-delà ses frontières pour les faire taire. C’est une pratique mafieuse, d’une violence inouïe, en dehors de toute procédure judiciaire. C’est une entrave à la liberté et à la démocratie. En Europe, la répression transnationale explose, et pourtant aucune politique n’existe pour la contrer. Alors, pour la première fois, à travers ce rapport, le Parlement européen va nommer ce fléau et sortir du silence. Parce que nous devons refuser que, sur notre sol, des régimes autoritaires puissent poursuivre leurs opposants, harceler leurs journalistes, intimider leur diaspora en toute impunité. La répression transnationale, ce sont des assassinats, des enlèvements, des demandes d’extradition abusives, notamment par l’intermédiaire des notices rouges d’Interpol. Ce sont de l’espionnage numérique, du chantage, du harcèlement. C’est toute une panoplie de tactiques déployées dans nos démocraties pour réduire au silence, harceler, contrôler des défenseurs des droits de l’homme, voire n’importe quel citoyen qui critique des régimes autoritaires. Trop souvent, ces violences se déroulent chez nous dans l’indifférence, et même avec un certain degré de complicité de nos gouvernements. Il faut savoir qu’un quart des gouvernements de la planète ont aujourd’hui recours à des pratiques de répression transnationale, parmi lesquels 10 États – notamment la Chine, la Turquie, la Russie, l’Égypte, l’Iran et la Biélorussie – sont responsables de près de 80 % des cas connus. La répression transnationale prolifère à mesure que les régimes autoritaires eux-mêmes prolifèrent. Sur le sol européen, c’est la France qui serait le pays le plus visé par ce phénomène. Soyons clairs: la répression transnationale, c’est une ombre autoritaire qui franchit nos frontières, qui sape notre état de droit, notre souveraineté, notre sécurité. Cette répression, elle n’est pas seulement physique, elle investit aussi tous les espaces numériques pour traquer les opposants jusque dans leur intimité, avec des logiciels espions sur téléphone, des campagnes de harcèlement en ligne, des vols de données personnelles, de la diffamation numérique. Alors – il faut le rappeler –, les actes de répression transnationale ne sont pas des accidents. Ils traduisent la volonté de régimes autoritaires d’imposer leurs lois jusque dans nos démocraties. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur cette répression parce que nous ne pouvons pas accepter que des puissances étrangères infiltrent nos territoires et fassent taire leurs voix critiques ici, chez nous, où nous avons tout intérêt à ce qu’elles puissent s’exprimer. C’est une forme d’ingérence qui s’installe ici, en Europe, et en silence. Chaque fois qu’un réfugié politique est harcelé, espionné ou menacé sur le sol de l’Union européenne sans réaction de notre part, c’est le principe même d’asile et la liberté d’expression qui s’effritent. Donc oui, il est temps de sortir de notre naïveté européenne! Jusqu’à présent nous avons laissé faire la répression transnationale: il est temps d’y mettre un terme. C’est ce que je propose à travers ce rapport, qui avance une stratégie européenne nouvelle pour endiguer la répression transnationale, pour construire une base de données européenne qui puisse identifier et partager les informations sur les victimes de cette répression – aucune donnée n’existe actuellement. Nous devons former aussi nos forces de l’ordre à reconnaître les cas de répression transnationale. Nous devons créer des unités spécialisées dans chaque État membre et nous coordonner au niveau européen. Nous pourrions aussi élargir le mandat d’Europol, afin que cette agence soit compétente en matière de répression transnationale et statue sur le caractère abusif ou non des notices rouges d’Interpol. Nous pouvons aussi sanctionner les régimes et les individus qui se rendent coupables de ce type de répression. Nous pouvons également interdire l’exportation de logiciels espions qui sont produits en Europe, et qui sont ensuite exportés vers des régimes autoritaires avant d’être utilisés contre nous. Bref, nous pouvons agir! Depuis que j’ai commencé à travailler sur ce rapport, j’ai reçu plusieurs dizaines de messages de familles ou de proches de victimes de répression transnationale, qu’ils soient indiens, ouïghours, russes, turcs, saoudiens, égyptiens… Toutes les victimes attendent que nous agissions. Alors, montrons nous-en dignes! L’Europe doit rester un refuge pour celles et ceux qui se battent pour la liberté et la démocratie.
Les attaques continues contre les institutions démocratiques et l'état de droit en Bulgarie (débat d'actualité)
Madame la Présidente, chers collègues, en Bulgarie, la machine de déstabilisation russe tourne à plein et menace de faire que ce pays, après quelques années à construire sa démocratie, ne sombre dans l'illibéralisme. Il y a des signaux inquiétants, comme l'arrestation du maire de Varna, un opposant. Il y a aussi des lois discriminantes envers la communauté LGBTQIA+. Cette dérive doit être stoppée maintenant pour que la Bulgarie ne passe pas d'un modèle tel que celui de l'Europe démocratique à l'illibéralisme. Parce que cette dérive menace tout ce qui fonde notre union, l'état de droit, la dignité humaine et la liberté. Aussi, l'Europe ne peut pas détourner le regard. Et nous devons veiller, la Commission doit veiller, à ce que les fonds européens destinés à la Hongrie ne nourrissent pas la répression politique dans ce pays, ou la corruption. Nous demandons à ce que les fonds européens soient examinés tant que l'indépendance de la justice n'est pas complètement garantie. Défendre la démocratie bulgare, c'est défendre l'Europe.
Le récent accord de paix au Proche-Orient et le rôle de l’UE (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, nous l'observons avec inquiétude, le cessez-le-feu à Gaza est bien fragile. Ce weekend, 54 Palestiniens ont été tués, l'aide humanitaire a de nouveau été bloquée, deux soldats israéliens ont aussi trouvé la mort. En Cisjordanie, la violence des colons se poursuit, un enfant de 11 ans a été tué par les tirs de l'armée israélienne. Alors nous savions très bien que nous ne pourrions compter ni sur le gouvernement israélien, ni sur le Hamas, cela va sans dire, ni sur Trump, pour avancer vers une paix juste et durable. C'est pourquoi il est essentiel de rester fermes et lucides. C'est maintenant qu'il faut redoubler d'efforts. Il serait impensable que l'Union européenne renonce à suspendre l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël, ou à sanctionner les ministres messianiques israéliens qui encouragent la colonisation en Cisjordanie, ou encore à soutenir la justice internationale pour que les criminels soient jugés. C'est maintenant aussi qu'il nous faut protéger les acteurs des sociétés civiles israélienne et palestinienne, qui tiennent le fil ténu de l'espoir, parce qu'ils travaillent ensemble pour la justice, l'égalité et une solution de paix viable. Je veux vous alerter sur un projet de loi israélien très dangereux, qui vise à priver les ONG israéliennes de financements en les taxant à des taux prohibitifs. Notre Parlement doit absolument élever la voix sur ce sujet. Ce n'est pas maintenant qu'il nous faut baisser la garde. C'est le moment d'imposer la justice pour la paix.
Situation en Afghanistan: soutenir les femmes et les communautés touchées par les récents tremblements de terre (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, en Afghanistan, le calvaire des femmes sous le régime des talibans se poursuit. Le 31 août, un terrible tremblement de terre a ravagé le pays et les femmes ont été volontairement oubliées sous les décombres. Les blessées ont été isolées, privées de soins dans les zones sinistrées. Les ONG n'avaient même pas accès aux camps réservés aux femmes. Voilà où conduit l'obscurantisme religieux. Que va devenir la santé des femmes dans ce pays où elles ne peuvent être soignées que par des femmes, mais où on leur interdit l'accès aux études et aux professions médicales? C'est un crime prémédité d'une perversion absolue. Voilà quatre ans que les talibans font méticuleusement disparaître 28 millions de femmes de l'espace public. Interdites de chanter, de parler ou d'être, tout simplement. Nous l'avons dit et redit, il s'agit d'un apartheid de genre qui doit être inscrit dans le droit international comme un crime contre l'humanité. Mais la lutte pour les droits des femmes partout dans le monde n'est pas qu'une question de justice; c'est un enjeu de sécurité internationale. Quand nous parlons de la défense européenne, il ne faut pas oublier d'investir dans l'émancipation des femmes et des filles, car là où il y a plus d'égalité entre les femmes et les hommes, il est prouvé qu'il y a aussi plus de développement et plus de sécurité. Moins les femmes seront en sécurité, moins nous le serons toutes et tous. Tenons-en donc compte et investissons dans l'émancipation des femmes et des filles.
Le rôle de l'UE dans le soutien aux récents efforts de paix pour Gaza et une solution à deux États (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, il y a deux ans, les attaques terroristes du Hamas le 7 octobre nous plongeaient dans l'effroi. Aujourd'hui, je pense aux 1 219 morts, aux 251 otages israéliens et à leurs familles. Je pense aussi à tous les militants israéliens pour la justice et pour la paix, qui tentent de sortir leur pays d'une spirale de vengeance. Depuis deux ans, l'Union européenne a été impuissante à exercer une pression suffisante sur un gouvernement israélien génocidaire. Aujourd'hui, elle observe en spectatrice Donald Trump imposer son «plan de paix» – utilisons des guillemets car de la paix, nous en sommes encore loin. Si ce plan permet un cessez-le-feu avec la libération des otages israéliens, la fin de la famine à Gaza par l'acheminement de l'aide humanitaire et l'engagement d'Israël à ne pas occuper Gaza, alors oui, nous devons le soutenir. Mais ce cessez-le-feu, aussi nécessaire soit-il pour alléger les atroces souffrances humaines des Gazaouis et des otages israéliens, n'apportera la paix que s'il est suivi par des politiques de justice pour les Palestiniens. Pour y arriver, l'Europe devra enfin choisir entre la complicité et le courage. Tous les États membres de l'Union européenne doivent maintenant reconnaître l'État palestinien et refuser que la bande de Gaza soit administrée par des technocrates non palestiniens envoyés par Trump. Nous devons aussi valider la suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël, les sanctions contre les ministres israéliens, l'embargo sur les armes et la punition des criminels de guerre...
Renforcer la résilience de la Moldavie face aux menaces hybrides et aux ingérences malveillantes russes (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, c'était en Ukraine, en Biélorussie et, maintenant, c'est en Moldavie: quand les citoyens déclarent leur attachement aux valeurs démocratiques, au projet européen lors d'un référendum comme celui qui a eu lieu en Moldavie en 2024, Vladimir Poutine déchaîne sa folie impériale. Vexé, frénétique, manipulateur et ridicule, il s'agite et s'ingère là où personne ne l'avait invité. Ce sont de fausses informations, des montages, des anecdotes grotesques, mais aussi des achats de votes. Tous les moyens sont bons pour la Russie, pour le tyran et ses oligarques, relayés par des plateformes peu scrupuleuses. Lorsque celle qui dérange est une femme cheffe d'État comme Maia Sandu, c'est la double peine. On l'accusera tantôt d'être psychologiquement instable, vénale, menteuse ou même d'être dépendante à la drogue. Cette campagne de désinformation russe en Moldavie s'appelle «Matriochka». Elle cherche à priver 2 millions et demi d'Européens de démocratie. Alors, à nos voisins moldaves, à vous, Madame la Présidente Maia Sandu, nous vous le redisons, vous pouvez compter sur nous pour dénoncer cette ingérence insupportable et défendre la paix et la démocratie sur notre continent européen. Vous avez toute votre place dans la famille européenne. Vous méritez des élections libres, équitables et justes. Ne laissons pas des tyrans mégalomanes et corrompus voler votre avenir, qui est aussi le nôtre.
Vague de violence et recours récurrent à la force contre les manifestants en Serbie (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, depuis près d'un an, le mouvement citoyen contre la corruption et pour la démocratie en Serbie ne faiblit pas. Ce mouvement non violent est mené par la jeunesse: des jeunes travailleurs, des étudiants qui occupent leurs facultés, dorment à même le sol dans leurs salles de classe, organisent les plus grandes manifestations de l'histoire du pays, parcourent leur pays, même à vélo, jusqu'aux plus petits villages, pour informer leur peuple et le convaincre de se lever contre la dérive autoritaire du chef de l'État, Aleksandar Vučić. Aujourd'hui, ce mouvement citoyen pacifique est durement réprimé. Les manifestants sont frappés, arrêtés, intimidés par des forces supplétives composées de nervis du pouvoir, qui sont masqués, qui sont armés de barres de fer. Le pouvoir explique désormais que le mouvement citoyen en Serbie est un complot étranger. Les manifestations serbes sont traitées, au choix, de terroristes ou de nazies. Alors que faisons-nous? Presque rien. En France, Emmanuel Macron a même accueilli Aleksandar Vučić à l'Élysée, sans rien dire à propos des manifestations. Nous nous aplatirions, nous l'Europe, devant Trump, mais nous ne serions pas capables de soutenir un mouvement citoyen pour la démocratie qui se déroule sur notre continent, dans un pays candidat à l'Union européenne et qui demande notre soutien? Que deviendront nos valeurs si nous ne les défendons pas? Elles s'éteindront. Je veux dire à la jeunesse serbe et à tous les citoyens qui la suivent: votre combat est le nôtre. L'Europe doit tendre la main et elle doit peser pour l'organisation d'élections réellement libres et démocratiques en Serbie.
Utilisation abusive présumée de fonds de l’UE par des députés d’extrême droite et mesures visant à garantir l’intégrité institutionnelle (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, le vrai visage de l’extrême droite, c’est la corruption. Il y a quelques mois, Marine Le Pen était condamnée dans l’affaire des assistants fictifs du RN. Ce matin même, en France, le siège du Rassemblement national a été perquisitionné dans le cadre d’une nouvelle enquête sur le financement de ses dernières campagnes électorales. La semaine dernière encore, le Parquet européen ouvrait une autre enquête sur une autre affaire de détournement de fonds publics par le groupe du RN au Parlement européen. Ce n’est pas comme si nous étions surpris… Le procureur de la République en France nous avait prévenus lors de la conclusion du procès des assistants parlementaires fictifs du RN: le RN entendait continuer à «faire du Parlement européen sa vache à lait». Dans cette nouvelle affaire, on apprend que le groupe du Rassemblement national aurait détourné 4,3 millions d’euros de fonds européens entre 2020 et 2024. Cette fois-ci, les fonds n’ont pas servi à financer des assistants fictifs, mais des associations liées au RN et des entreprises présidées par des proches de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. Il y en a pour 3,6 millions d’euros de commandes passées en dehors de toute procédure, sans appel d’offres, pour des impressions manifestement surfacturées à des entreprises, comme par exemple Unanime. Unanime est une société enregistrée au nom de Sighild Blanc, l’épouse de l’ancien chef du GUD, Frédéric Chatillon. Le rapport d’enquête dévoile que cette société aurait remporté un appel d’offres du RN en 2020 sans même avoir présenté de candidature officielle. Cette société Unanime, qui se présentait comme une société d’imprimerie, n’a en fait ni local, ni le moindre matériel, ni même de personnel. Elle sous-traitait entièrement la prestation d’imprimerie et aura au passage empoché une marge délirante de 260 000 euros. Malgré ces faits accablants, chers collègues, le RN crie au scandale, à l’acharnement. Il nous expliquera que nous sommes tous complotistes, que nous cherchons à confisquer la démocratie, qu’il n’était au courant de rien, etc. La vérité, c’est que Jordan Bardella ne travaille pas pour les Français, au Parlement européen – il y brille par son absentéisme, c’est de notoriété publique –, mais qu’il travaille plutôt à en piller les ressources avec beaucoup d’assiduité. Son seul bilan ici, c’est le détournement de fonds, et le comble, c’est que le RN tente en ce moment même d’inventer de toutes pièces un prétendu scandale de financement des ONG pour le climat avec le budget de l’Union européenne. Comment peut-on hurler soi-même à la corruption quand on est corrompu? Rappelons que le Rassemblement national est de ceux qui refusent la création d’un organe d’éthique européen, que nous réclamons depuis des mois – on comprend mieux pourquoi aujourd’hui. L’Europe ne peut plus fermer les yeux. Il ne suffit pas de réagir au scandale, il faut agir, prévenir, protéger, et cela commence ici, dans ce Parlement, en refusant la complaisance avec les corrompus.
Madame la Présidente, chers collègues, parfois je me demande: «Dans quel monde vit-on?» Pendant que Benyamin Netanyahou nomme Donald Trump au prix Nobel de la paix, pendant que ces deux-là sont en ce moment même à Washington et qu’ils discutent à nouveau du transfert forcé de Palestiniens hors de la bande de Gaza, à Gaza le cauchemar perdure: les bombardements, la faim, la soif, la mort. Depuis que l’aide humanitaire est gérée par la Gaza Humanitarian Foundation, au moins 613 Palestiniens ont été tués lors de distributions d’aide. Cette déshumanisation d’une population en détresse est insupportable. Des soldats israéliens sortent du silence pour dire l’horreur de la guerre. Ils expriment leur sentiment de trahison face à Netanyahou. Yotan, pilote de char, témoigne: «Cette guerre me hante. Personne ne nous avait dit les intentions du gouvernement, le nettoyage ethnique de la bande de Gaza pour s’y réinstaller ensuite.» Par vengeance et par messianisme, Netanyahou sème la terreur sans ouvrir aucune perspective politique de justice et de paix pour la région. Encore aujourd’hui, à Washington, il a refusé la création d’un État palestinien et le retrait d’Israël de la bande de Gaza à terme. Alors, le 15 juillet, les chefs d’État européens ont rendez-vous avec l’histoire. Ils peuvent s’afficher complices d’un criminel de guerre ou ils peuvent suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. Ils peuvent encore montrer qu’ils défendent la solution à deux États, pour deux peuples vivant côte à côte en égales liberté et sécurité.
Condamnation arbitraire de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, après Boualem Sansal, cet écrivain franco-algérien âgé de 80 ans qui se trouve dans un état de santé alarmant, qui a été condamné à cinq ans de prison par l’Algérie du seul fait de sa plume et de ses idées critiques, et dont nous avons déjà demandé la libération ici même, c’est avec stupeur que nous avons appris, la semaine dernière, l’arrestation puis la détention du Français Christophe Gleizes en Algérie. Christophe est un journaliste sportif, passionné par son métier, amoureux du football et de l’Afrique. Il a été arrêté par la police algérienne en mai 2024, alors qu’il enquêtait sur un club de football emblématique, la Jeunesse sportive de Kabylie, et sur la mort obscure d’un footballeur camerounais dans ce même club. Il faisait simplement son travail de journaliste. Il a été placé sous contrôle judiciaire pendant un an, puis condamné la semaine dernière à sept ans de prison. C’est la peine la plus lourde pour un journaliste français en Algérie depuis plus de dix ans. Son enquête n’avait rien à voir avec l’apologie du terrorisme dont il est accusé par le gouvernement algérien. Nous condamnons avec la plus grande fermeté l’arbitraire de ces condamnations sans preuve et demandons la libération immédiate de Boualem Sansal et de Christophe Gleizes. Ces deux cas montrent l’autoritarisme du gouvernement algérien, qui rejoint les nombreux régimes qui silencient et intimident sans distinction leurs opposants, ceux-là mêmes qui exercent leur liberté de pensée. Aux côtés de nos compatriotes Boualem Sansal et Christophe Gleizes, je pense aux 300 prisonniers politiques algériens du Hirak. Nous ne nous tairons pas tant qu’ils ne seront pas libérés!
Liberté de réunion en Hongrie et nécessité que la Commission agisse (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, dans mon pays, la France, on entend souvent dire: l'extrême droite, on n'a jamais essayé. Alors, je recommande à mes concitoyens qui sont de cet avis de regarder ce qu'il se passe dans la Hongrie de M. Orbán, meilleur allié européen de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. D'abord, la Hongrie est le pays le plus corrompu d'Europe. Des milliards de fonds européens, nos impôts, sont détournés au profit de projets inutiles ou au bénéfice des amis personnels de Viktor Orbán. D'ailleurs, son ami d'enfance, Lőrinc Mészáros, chauffagiste de métier, est désormais milliardaire et l'homme le plus riche du pays. La liberté de la presse a disparu. Les chercheurs sont censurés et pourchassés. Qu'en est-il des travailleurs? L'extrême droite hongroise serait-elle au service des plus modestes? Certainement pas. En 2019, Orbán a donné la possibilité aux employeurs d'exiger de leurs salariés, qui sont déjà soumis à un rythme de 40 heures de travail par semaine, de pouvoir travailler jusqu'à 400 heures supplémentaires par an. La Hongrie est aussi le cheval de Troie de Vladimir Poutine en Europe. D'ailleurs, elle le prend en exemple quand elle s'attaque aux personnes homosexuelles qui sont continuellement discriminées et pointées du doigt pour ce qu'elles sont, qui n'ont plus le droit au mariage et qui sont même désormais interdites de manifestation et de réunion. Nous ne considérerons jamais que la protection de nos enfants passe par leur apprendre la haine et l'homophobie. Nous n'accepterons jamais que, sur le sol européen, des gens soient interdits de manifester et nous ne laisserons pas l'autoritarisme détruire l'Europe de l'intérieur. C'est pourquoi nous irons marcher à Budapest le 28 juin.
La situation au Proche-Orient (discussion commune)
Monsieur le Président, chers collègues, nous débattons enfin de la suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël, qui est censé être conditionné au respect des droits humains. J'ai du mal à comprendre de quoi il faudrait encore débattre puisque la violation de tous les droits humains par Israël est flagrante, mais allons-y. Madame la Haute Représentante, la presse nous apprend que vous aviez sur votre bureau, depuis octobre 2024, un rapport qui documentait de façon précise les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité à Gaza. Mais aucune révision de l'accord n'a alors été demandée. Depuis un an et huit mois, 55 000 Palestiniens ont été tués, dont 16 000 enfants. Toutes les infrastructures ont été détruites. À Gaza, c'est un génocide et nous sommes encore à nous demander si la clause des droits humains de l'accord d'association est respectée. La Cour internationale de justice avait dénoncé le risque génocidaire dès avril 2024 et nous en sommes encore là. L'inaction européenne est dictée par la droite et l'extrême droite, dont l'histoire n'oubliera pas la complicité. Nous entendions encore tout à l'heure une députée européenne italienne de Georgia Meloni nous expliquer que les enfants de Gaza étaient des enfants de terroristes et ne méritaient pas notre compassion. On peut encore entendre des propos génocidaires dans cet hémicycle! Alors, Madame la Haute représentante, l'Union européenne doit agir immédiatement si elle veut encore un jour pouvoir se revendiquer du droit international. Il faut immédiatement suspendre l'accord d'association. Agissez!
Rapport 2024 de la Commission sur l’état de droit (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, alors que nous discutons aujourd'hui du rapport de l'Union européenne sur l'état de droit, je voudrais vous parler d'un phénomène qui menace l'état de droit et la démocratie: la corruption. La corruption ressemble à un iceberg. Une toute petite partie seulement est visible et une toute petite partie des fautifs sont condamnés. Cette semaine encore, en France, nous avons appris que Rachida Dati, actuellement ministre, avait perçu 300 000 euros de l'entreprise GDF Suez alors qu'elle siégeait ici même comme député au Parlement européen et que, dans le même temps, elle défendait les intérêts du secteur gazier et qu'elle freinait les investissements dans les énergies renouvelables en toute impunité. Si la corruption perdure, c'est parce que nous n'avons pas assez de règles pour prévenir les conflits d'intérêts, pour faire la transparence sur les collusions avec les lobbys, sur le financement des partis politiques ou encore pour renforcer les moyens de la justice. C'est pour cela que nous négocions actuellement une directive européenne contre la corruption qui va mettre des règles. Mais cette directive, les États font tout pour en réduire l'ambition. C'est l'Italie de Giorgia Meloni qui bloque l'adoption de cette directive en refusant par exemple que l'abus de fonction y soit puni comme un crime. L'abus de fonctions, je le rappelle, c'est un élu qui attribue un marché public à une entreprise amie sans procédure transparente. Voilà ce que défend l'extrême droite européenne aujourd'hui autour de Giorgia Meloni. Voilà ce qui fait qu'en 2025, nous devons toujours nous battre contre l'impunité des délinquants en col blanc...
La réponse de l'UE pour faire face au projet du gouvernement israélien de prendre le contrôle de la bande de Gaza ainsi que pour garantir l'acheminement effectif de l'aide humanitaire et la libération des otages (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, les plans du gouvernement israélien à Gaza sont clairs: le but de l'armée israélienne n'est pas de libérer les otages israéliens du Hamas, mais de détruire le peu qu'il reste de la bande de Gaza et de l'occuper pour en chasser le plus possible de Palestiniens. Chaque jour, une centaine de Palestiniens sont tués, dont une majorité de civils, de femmes et d'enfants. S'ils ne meurent pas sous les bombes, ils meurent de faim ou par manque de soins, parce que l'aide humanitaire est bloquée depuis début mars. 14 000 bébés pourraient mourir dans les prochains jours si la nourriture n'arrive pas. M. Netanyahou peut être arrêté. Il peut l'être si les États-Unis, l'Europe et les États arabes prennent leurs responsabilités. Or, l'Union européenne, depuis un an et demi, s'est tue et n'a rien fait. Les images des enfants de Gaza devraient nous hanter, mais il y a trop de gens ici qui ont l'humanisme à géométrie variable. Aujourd'hui, ce n'est pas de vagues appels à respecter le droit international dont nous avons besoin, mais d'actions. Il faut agir, suspendre et pas simplement réviser l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël. Il faut sanctionner les responsables du gouvernement israélien, décréter un embargo sur les armes, faire en sorte que les pays de l'Union européenne reconnaissent enfin l'État de Palestine. Le monde nous regarde, l'histoire nous regarde. Agissons!
Modifications récentes de la législation en Hongrie et conséquences pour les droits fondamentaux (débat)
Madame la Présidente, hier, Viktor Orbán accueillait amicalement en Hongrie Benyamin Netanyahou, sous mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité. Lundi, Viktor Orbán soutenait Marine Le Pen, condamnée par la justice française pour avoir détourné l'argent public de ce parlement au profit de son parti politique. Il y a deux semaines, Viktor Orbán faisait adopter une loi qui interdit purement et simplement l'organisation de la marche des fiertés à Budapest: c'est une violation flagrante du droit de réunion, de manifestation, et un crachat à la figure des personnes qui souffrent d'être discriminées en raison de ce qu'elles sont. Et après vous osez vous revendiquer de la liberté et de la liberté d'expression. Mais quelle lâcheté, quelle faiblesse même! Vous interdisez parce que vous paniquez. Orbán veut la paix avec Poutine, mais il mène une guerre contre la dignité humaine, contre le savoir, contre la liberté. Ce parlement doit condamner avec force les agissements de cet autocrate en rupture avec tout ce pour quoi les peuples européens se sont battus depuis le siècle des Lumières: la liberté, le progrès, l'égalité et la dignité humaine. M. Orbán, nous ne vous laisserons pas faire. Nous refusons votre idéologie moyenâgeuse et nous ne reculerons pas sur les droits acquis, sur l'avortement, sur la contraception, sur les droits des personnes trans et homosexuelles, sur la liberté.
Les droits de l’homme et la démocratie dans le monde et la politique de l’Union européenne en la matière – rapport annuel 2024 (débat)
Mais si, vous avez parfaitement raison, il y a plus de 250 millions d'enfants, en l'occurrence, qui, dans le monde, sont privés du droit à l'éducation, par exemple. Nous devons prendre conscience que notre sécurité ne découlera pas uniquement de l'investissement, pourtant nécessaire, dans la dissuasion militaire, mais aussi d'une politique de développement robuste, parce que c'est comme cela qu'on aidera à la stabilité mondiale et à la paix sur le moyen et le long terme. Il faut donc, quand on parle de droits fondamentaux, se donner aussi les moyens de financer le développement à travers le monde, et notamment les droits des femmes et des filles. Si l'on est conscient que cette internationale réactionnaire, dont je parlais juste avant, est aussi une internationale masculiniste, il faut que nous défendions – et je me tourne vers vous, Madame Kallas – une diplomatie féministe et que nous considérions l'égalité entre les femmes et les hommes comme une politique de sécurité.
Les droits de l’homme et la démocratie dans le monde et la politique de l’Union européenne en la matière – rapport annuel 2024 (débat)
Madame la Présidente, chère Madame Kallas, alors que le monde n’a jamais eu autant besoin de paix et de coopération pour faire face aux défis du XXIe siècle – à commencer par le réchauffement climatique –, le spectre de la guerre refait surface. Les dépenses militaires mondiales atteignent 2 300 milliards d’euros. Elles n’ont jamais été aussi élevées et représentent dix fois le montant de l’aide publique au développement. La montée de l’autoritarisme, cette internationale réactionnaire qui rassemble depuis Donald Trump jusqu’à Viktor Orban, est la plus grande menace contre les droits fondamentaux et contre nos libertés. Pour nous, le combat pour les droits de l’homme n’est pas juste un impératif moral ou de justice: c’est notre intérêt, c’est notre sécurité. Alors faisons plus! Si nous sommes, comme nous le disons, le continent de la dignité humaine, montrons-le! Nous devons défendre le droit international partout, sans géométrie variable, et nous en sommes bien loin – quand on voit ce qu’on a accepté tout au long de cette année 2024, notamment les exactions qui ont eu lieu à Gaza, dont nous n’aurions jamais accepté le dixième en Ukraine! Utilisons notre arsenal de sanctions et protégeons les institutions internationales chargées de rendre justice! Finançons notre dissuasion militaire, mais aussi notre développement!
La nécessité d'assurer le pluralisme démocratique et de renforcer les politiques d'intégrité, de transparence et de lutte contre la corruption dans l'UE (débat)
Je ne suis pas totalement en désaccord avec vous, mais la corruption a toujours besoin d’au moins deux personnes, d’au moins deux parties pour advenir – ici les multinationales d’un côté, vous avez raison, et les représentants politiques de l’autre. Il faut donc que nous soyons irréprochables et capables de résister au lobbying des multinationales – qu’il s’agirait d’encadrer davantage, d’ailleurs –, et même au-delà, puisque cette affaire nous montre que, derrière la multinationale Huawei, il y a l’État chinois. Il faut donc que nos règles de transparence prennent aussi en compte le pouvoir d’influençage des États étrangers. Je maintiens par ailleurs mon propos, et je le redis: toute affaire de corruption, même si elle ne concerne que quelques élus de cet hémicycle, entache l’image de l’ensemble de notre institution.