Propositions récentes pour lutter contre la pauvreté dans l’Union (débat)
Vous demandez les manettes, mais vous assumez complètement qu’en fait vous manipulez et mentez à vos électeurs puisque vous dites les défendre et, dans la réalité, vous ne votez jamais pour les défendre.
Propositions récentes pour lutter contre la pauvreté dans l’Union (débat)
Merci, Monsieur Leonardelli. Voilà, je suis contente de pouvoir vous poser une petite question, parce que vous faites le grand défenseur de la lutte contre la pauvreté des travailleurs et des travailleuses à travers l'Europe et dans votre pays. Mais comment se fait-il que les représentants de votre groupe ne votent jamais des mesures, notamment pour assurer un salaire minimum aux travailleurs, lutter contre la pauvreté, protéger les stagiaires contre les stages gratuits? Donc voilà, c'est fort intéressant évidemment de savoir pourquoi vous dites une chose et quand vous votez, vous votez autre chose.
Propositions récentes pour lutter contre la pauvreté dans l’Union (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, 93 millions d’Européens, soit un sur cinq, vivent dans la pauvreté ou l’exclusion sociale, et près d’un quart d’entre eux sont des enfants. Certes, la stratégie présentée par la Commission européenne constitue un pas important et a l’ambition d’éradiquer la pauvreté, mais à un horizon beaucoup trop lointain, car c’est maintenant qu’il faut agir. Cette stratégie évoque l’emploi de qualité, le logement abordable, l’accès aux services sociaux; mais elle restera lettre morte sans engagement budgétaire solide. Car aujourd’hui, aucun financement n’est garanti pour les politiques sociales dans le futur budget européen. Pire, les États membres ne recevront l’argent de l’Europe que si, et seulement si, ils réforment – ou plutôt affaiblissent – leur régime de pensions ou encore leur système de soins de santé. C’est pourquoi j’appelle la Commission européenne à revoir sa copie, parce qu’elle ne peut à la fois viser la réduction de la pauvreté et empêcher les États de mener des politiques sociales; elle ne devrait pas non plus affaiblir le pilier européen des droits sociaux, alors même qu’elle l’a mis en place et l’a soutenu. La lutte contre l’austérité et l’exclusion doit devenir notre priorité commune. C’est notre devoir en tant que démocrates. C’est aussi nécessaire pour lutter contre les extrémistes de tout poil. Enfin, c’est une condition sine qua non au maintien de notre vivre-ensemble qui est tellement précieux.
Conclusions de la réunion du Conseil européen du 19 mars 2026 (débat)
Madame la Présidente, vendredi, les 27 chefs d'État et de gouvernement se sont penchés sur les répercussions des attaques lancées par les États-Unis et Israël contre la République islamique d'Iran. Si le Conseil a appelé toutes les parties à une désescalade, juste constater que cette guerre n'est pas notre guerre n'est pas suffisant, car il faut condamner fermement, même si cette guerre vise une dictature sanguinaire. Cette guerre a aussi des répercussions inconsidérées sur toute la région, le monde entier et sur l'Europe. Les risques sur la sécurité d'approvisionnement et les coûts énergétiques sont colossaux, alors qu'il s'agit d'une question cruciale pour assurer notre autonomie stratégique, pour sauvegarder notre autonomie, nos industries et nos emplois, et pour garantir une énergie abordable à tous et à toutes. On ne peut accepter qu'aucune solution ne soit envisagée aujourd'hui au niveau européen. Il faut agir sans plus attendre, en prenant des mesures harmonisées. Et cette crise démontre aussi que la décarbonation est un enjeu crucial qu'il est urgent de renforcer, en l'accompagnant de mesures sociales pour soutenir, quand c'est nécessaire, les entreprises et les ménages dans cette transition.
Écart de rémunération et de retraite entre les femmes et les hommes dans l’Union: état des lieux, défis et voie à suivre, ainsi qu’élaboration de lignes directrices en vue d’une meilleure évaluation et d’une rémunération plus équitable du travail dans les secteurs à prédominance féminine (débat)
Madame la Présidente, ce 8 mars, nous étions à nouveau des milliers dans la rue pour réclamer qu'à travail égal, salaire égal. Cela fait pourtant presque 70 ans que ce principe a été inscrit dans le traité de Rome. Bien sûr, nous avons progressé, mais nous sommes toujours bien loin de l'égalité. En Europe, l'inégalité de salaires entre les femmes et les hommes grimpe à 30 % si l'on prend en compte les temps partiels qui sont, pour la plupart, non choisis. Et, pendant ce temps, certaines organisations patronales, comme Business Europe, ne trouvent rien d'autre à faire que d'attaquer la directive sur la transparence salariale. Allô, messieurs de Business Europe, on se réveille, on est en 2026 et l'expérience montre que ces mesures fonctionnent! En Belgique, nous avons une loi qui existe depuis 2012 et qui a permis de réduire l'inégalité salariale horaire à 5 %. Il est donc hors de question de suivre ces voix sexistes. L'égalité de salaire, ce n'est pas seulement une question de justice et d'enfin mettre un terme à une violence économique inacceptable faite aux femmes, c'est aussi un levier plus efficace pour garantir la cohésion sociale en Europe.
Aborder la question des chaînes de sous-traitance et du rôle des intermédiaires afin de protéger les droits des travailleurs (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, Mykhailo est mort sur un chantier en Belgique. Il était ukrainien, détaché par une entreprise polonaise pour laquelle il n'avait jamais travaillé. Cette même entreprise sous-traitait à une société enregistrée aux Pays-Bas, sans salarié. L'entreprise a disparu, l'accident n'a jamais été déclaré. Quatre ans plus tard, sa famille est sans revenu, sans droit, sans justice. Et ce n'est malheureusement pas un cas isolé. Dans la construction, la logistique et les secteurs de l'alimentation, l'abus de sous-traitance est un véritable business model pour des entreprises sans scrupules. Des montages transnationaux, des sociétés-écrans, des responsabilités qui se diluent; les inspecteurs le disent eux-mêmes: identifier le véritable employeur est parfois impossible. Certaines chaînes de sous-traitance comptent jusqu'à 17 niveaux d'entreprises. Plus la chaîne est longue, plus les droits des travailleurs et des travailleuses sont mis à mal. C'est pourquoi une directive est indispensable. Elle doit comprendre, entre autres, une limitation des chaînes de sous-traitance. Il s'agit d'une question de sécurité d'existence, mais aussi de protection de l'intégrité physique pour les travailleurs, une responsabilisation du contractant principal et, jusqu'au dernier maillon de la chaîne, la lutte contre les intermédiaires frauduleux et les pratiques de gangmaster, l'accès à la formation pour les représentants des travailleurs, le renforcement des inspections sociales et du travail. Il est urgent de mettre fin à l'exploitation des travailleurs et des pratiques qui tuent, littéralement, et qui bafouent les valeurs de l'Europe.
Élaboration d’une nouvelle stratégie de l’Union pour lutter contre la pauvreté (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, comment est-il encore possible qu'en 2026, en Europe, on doive se battre pour éradiquer la pauvreté? Il y a cinq ans, des objectifs ambitieux avaient pourtant été fixés à l'horizon 2030. Mais notre état social est de plus en plus attaqué par des politiques de droite, et aujourd'hui, un Européen sur cinq est menacé de pauvreté ou d'exclusion sociale. Les enfants sont particulièrement fragilisés. Plus d'un travailleur sur dix est pauvre et n'arrive pas à vivre dignement de son travail. Et l'on continue à flexibiliser l'emploi et à comprimer les salaires. Le résultat? Précarité, mal-logement, pauvreté, report ou non-recours aux soins, exclusion sociale, surtout pour les femmes et aussi pour nos jeunes et nos seniors. Ce que nous demandons à la future stratégie anti-pauvreté, c'est que l'Europe garde sa boussole sociale, ni plus ni moins. Cela veut dire concrètement un budget de 20 milliards d'euros pour la garantie européenne pour l'enfance, des investissements massifs dans le logement, la santé et les services publics, des emplois de qualité et un revenu minimum européen. Notre autonomie stratégique, dont on parle tant aujourd'hui, a aussi beaucoup à voir avec la sécurité d'existence de chaque Européenne et chaque Européen. Comment croire qu'une Europe compétitive puisse se construire sur un désert social? Éradiquer la pauvreté est un choix politique. Nous devons tracer ensemble une ligne d'horizon pour un avenir digne pour tous et toutes.
Urgence d'agir pour relancer la compétitivité de l'Union européenne, approfondir son marché unique et réduire le coût de la vie - du rapport Draghi à la réalité (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, demain, António Costa réunit les 27 chefs d'État européens pour une retraite sur la compétitivité. C'est une initiative à saluer, parce qu'il est urgent de travailler à l'autonomie stratégique de l'Union européenne. Aujourd'hui, sur les 18 secteurs industriels clés, un seul se porte mieux que nos concurrents chinois ou américains: l'aéronautique. C'est pourquoi il faut d'urgence une véritable stratégie industrielle européenne. Cela passera évidemment par des investissements ambitieux, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. L'Europe doit sortir de l'ornière et mettre fin à la dérégulation de nos standards sociaux et environnementaux, à la conclusion d'accords de libre échange déséquilibrés, mais aussi à la concurrence au sein même de l'Union européenne sur le coût de l'énergie. L'autonomie stratégique de l'Europe est une urgence absolue et une opportunité de créer des emplois de qualité. C'est aussi la condition indispensable à la fabrication de produits made in Europe à haute valeur ajoutée sociale et environnementale.
Nouveau plan d’action pour la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, depuis 2017, le socle européen des droits sociaux est notre boussole pour une Europe vraiment plus sociale. Depuis 2021, le premier plan d’action pour mettre en œuvre cette boussole s’est décliné en trois objectifs majeurs: pour augmenter le taux d’emploi, pour un accès à la formation, pour réduire drastiquement la pauvreté – en particulier celle des enfants. Où en sommes-nous aujourd’hui, alors que la nouvelle boussole de l’Europe est devenue celle du «tout à la compétitivité»? Si le nombre d’emplois a augmenté en Europe, cet emploi est malheureusement de plus en plus précaire, en particulier pour les jeunes et les femmes. Un Européen sur cinq vit dans la pauvreté ou risque la pauvreté, et ce taux s’aggrave – un sur quatre – pour les enfants. C’est pourquoi le nouveau plan d’action annoncé par la Commission doit permettre de changer de cap – et c’est urgent! Il doit être ambitieux et viser la qualité des emplois – et pas seulement leur quantité –, avec une approche multidimensionnelle sur l’accès à la santé, à un logement de qualité, à l’éducation, pour véritablement lutter contre la pauvreté. Enfin, et surtout, le futur budget européen doit garantir des moyens ambitieux pour le Fonds social européen et pour la garantie pour la jeunesse, car, sans moyens pour les politiques sociales, le futur plan d’action risque de rester une boîte vide.
Madame la Présidente, Madame Kallas, Monsieur Costa, chers collègues, la Commission et les États membres sont en train de négocier le futur budget européen. Et ce que nous entendons est inquiétant, car il est notamment question de diluer la politique sociale européenne dans un vaste programme, avec la politique agricole ou la pêche. Et résultat : il n'y aurait plus les mêmes obligations pour les États membres d'utiliser les fonds européens, d'investir dans le social et dans l'emploi. Pour mon groupe politique et moi-même, c'est non. Investir dans l'inclusion sociale, l'accès à l'emploi de qualité, la santé, lutter contre la pauvreté ne sont pas juste une option. Comme Mme von der Leyen s'y est elle-même personnellement engagée, l'intégrité du Fonds social européen doit être préservée et il doit bénéficier d'un budget ambitieux, à la hauteur des défis auxquels nous faisons face. Il y va de l'avenir de l'Europe, de sa souveraineté, de nos valeurs et même de notre sécurité intérieure et géopolitique. Ne laissez pas la colère sociale et la détresse faire le lit de l'extrême droite, ici, en Europe. C'est votre, c'est notre responsabilité.
Stratégie de l’UE en faveur des droits des personnes handicapées après 2024 (débat)
Madame la Présidente, en Europe, l'égalité ne peut plus attendre. Les personnes en situation de handicap font face à des murs invisibles, mais bien réels. Ces barrières ne sont pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques, ou plutôt de l'absence de choix politiques, et nous avons le devoir de les renverser. D'autant plus que les femmes et les filles en situation de handicap subissent une discrimination accrue, avec encore moins d'opportunités professionnelles, plus de risques de pauvreté, un accès limité aux soins et plus d'exposition aux violences. Quant aux enfants, beaucoup restent privés d'une scolarisation complète ou de services adaptés. Une Europe inclusive doit les placer au cœur des priorités. Une stratégie renforcée s'impose, avec des droits cohérents dans toute l'Union européenne et surtout des mesures concrètes pour l'inclusion professionnelle. Cela signifie des formations réellement accessibles, un accompagnement solide et, oui, des quotas obligatoires pour faire de l'embauche des personnes handicapées une exigence et pas seulement une intention. L'accessibilité doit devenir la norme, qu'il s'agisse de transports, de sport, de culture ou d'espaces publics. Financer la garantie européenne pour l'enfance avec 20 milliards d'euros est une nécessité pour mon groupe. Car une Europe digne ne peut exister tant que des millions d'adultes, de femmes et d'enfants restent négligés et invisibilisés.
Préparation de la réunion du Conseil européen du 23 octobre 2025 (débat)
Madame la Présidente, aujourd'hui, le Conseil européen se réunit avec, en tête de son agenda, compétitivité et simplification. Alors soyons clairs, personne n'aime la bureaucratie et ne s'oppose à une saine simplification. Mais ce qui est en marche en Europe est tout autre chose, avec une dérégulation en mode Far West, avec en ligne de mire la destruction d'importantes réglementations sociales et environnementales, des normes qui sont pourtant essentielles pour contrer les effets néfastes du tout au marché. Madame von der Leyen, cette dérégulation que vous prônez, c'est une menace pour l'Europe. Elle nourrit le sentiment anti-européen et fait le lit de l'extrême droite. Ce que les travailleurs et les citoyens veulent, c'est une Europe qui veille à l'intérêt collectif et non au profit des multinationales; une Europe qui protège, avec des emplois de qualité et des salaires décents; une économie au service de l'humain et pas l'inverse. C'est notre sécurité intérieure et notre sécurité d'existence qui sont en jeu. C'est pourquoi aujourd'hui je voterai contre la mise à sac du devoir de vigilance et donc pour une Europe qui respecte les droits humains et les droits sociaux.
Deuxième Sommet mondial pour le développement social (débat)
Monsieur le Président, en raison de l'actualité géopolitique et des tensions au niveau mondial, la justice sociale passe aujourd'hui largement sous les radars, y compris au niveau européen. C'est une très grave erreur. Même si je ne peux comprendre le choix du Qatar pour accueillir le second sommet pour le développement social, car le moins que l’on puisse dire est que ce pays n’est pas un modèle dans ce domaine, ni dans celui du respect des droits humains, il est néanmoins très important d’y porter une position européenne ambitieuse. Cette position ne doit d'ailleurs pas se limiter à des intentions, mais doit servir de tremplin à des actions concrètes pour les gens plutôt que pour l’argent ou le profit, pour les droits plutôt que pour l’exploitation des travailleurs; des actions qui nourrissent les solidarités plutôt que les inégalités. Parce que les inégalités nous appauvrissent et nous insécurisent un peu plus chaque jour, tous et toutes. Une position ambitieuse du Parlement européen est une position qui, d’une part, rappelle nos fondamentaux, car nos valeurs ne sont pas négociables et, d’autre part, trace la ligne d’horizon pour l’avenir. Ainsi, le texte que j’appelle à soutenir demain met l’accent sur la nécessité d’une transition juste comme l'occasion de créer des emplois durables et de qualité. Il exige aussi des États membres d’investir dans des services publics qui réduisent les inégalités sociales et participent à la lutte contre la pauvreté. Il appelle encore les États membres à intégrer l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines. Enfin, la résolution souligne la nécessité d’encadrer l’intelligence artificielle sur le lieu de travail et le management par algorithme, et d’assurer un vrai droit à la déconnexion, car il n’y aura pas d’Europe forte et résiliente sans Europe sociale.
Institution et fonctionnement de comités d’entreprise européens - application effective (débat)
Madame la Présidente, en 2024, les travailleurs d'Audi Brussels ont été informés de la délocalisation de la production de leur entreprise par un journal spécialisé en automobile, ce qui conduira un an plus tard à la fermeture du site et à la suppression de quelque 6 000 emplois directs et indirects. Un tel procédé est intolérable. Il est donc urgent de renforcer la directive sur les conseils d'entreprise européens. C'est pourquoi le texte soumis au vote est essentiel, non seulement parce qu'il concerne plus de 5 millions de travailleurs et 320 multinationales, mais surtout car il renforce les obligations d'information et de consultation et donc la démocratie au sein même des entreprises. Par ailleurs, la confidentialité ne pourra plus être invoquée aveuglément pour bloquer l'accès à l'information, et le texte prévoit aussi la présence d'un minimum de 40 % de femmes au sein même de ces conseils d'entreprise. Ce projet de révision démontre donc que l'on peut à la fois simplifier les législations tout en renforçant les droits des travailleurs et des travailleuses plutôt que de les déréguler.
De l'institutionnalisation à l'inclusion: un plan d’action de l’UE sur la désinstitutionnalisation et une prise en charge familiale ou de proximité (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, qu’elles soient mineures ou adultes, les personnes en situation de handicap, les personnes dépendantes, les personnes avec des problèmes de santé mentale, partout en Europe, sont soit livrées à leur sort – et alors, souvent, à charge de leur entourage, et particulièrement des femmes de leur entourage, qui subissent tout autant la dépendance, la précarité et l’isolement de ces personnes –, soit contraintes de vivre dans des institutions, dans des conditions parfois inhumaines, sans respect de leurs droits les plus fondamentaux. Il existe pourtant des manières de pallier cet abandon autant que l’enfermement: des structures qui s’avèrent moins coûteuses pour la société, mais qui surtout respectent l’autonomie et les droits de ces personnes. Des structures à taille humaine, adaptées à leurs besoins. Il est donc urgent de prendre des mesures qui soutiennent et investissent dans de telles structures, qu’elles soient publiques ou d’économie sociale, pour que les personnes fragiles et dépendantes ne soient plus cachées ni traitées comme des charges, pour qu’elles ne soient plus victimes d’une exploitation juteuse opérée par des entreprises sans scrupules, et pour que leur entourage n’ait plus à payer le prix de leur situation. Il faut pour cela changer de paradigme et cesser de considérer le handicap, la dépendance ou la santé mentale comme autant de problèmes à gérer à moindre coût, et loin des regards. Il faut au contraire investir dans le bien-être de tous et de toutes et donc mettre un terme aux politiques d’austérité, qui sont une atteinte grave à la santé, à la dignité et à la justice sociale.
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues, stress, burn-out, harcèlement: les problèmes de santé mentale explosent dans un contexte d'intensification, de pression au travail, de travail connecté ou encore de perte de sens. Selon l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, 50 % des travailleurs sont soumis à une forte pression ou à du surmenage. Il est donc essentiel de contrer ce phénomène, qui entraîne chaque jour de véritables drames personnels et familiaux. Pourtant, la lutte contre ces risques psychosociaux profite à tous, tant le travailleur, qui peut alors exécuter des tâches dans lesquelles il se reconnaît, que l'employeur, qui appréciera un travail de qualité, et elle contribuera également à éviter les pénuries dans de nombreux secteurs. En matière de risques psychosociaux, la prévention est essentielle, de même que le dialogue social sur les conditions de travail et son organisation. Cependant, tous les travailleurs ne sont pas égaux. La pénibilité de l'emploi des femmes est encore trop souvent ignorée et invisibilisée. Or, en Belgique, les femmes représentent deux tiers des cas d'invalidité pour burn-out ou dépression. C'est pour toutes ces raisons que je déposerai un rapport d'initiative législative qui doit contribuer à améliorer le bien-être et la santé mentale au travail, a fortiori pour les plus fragiles. Ce rapport doit déboucher sur une directive et des règles contraignantes de la part de la Commission. Elles doivent être prises au niveau européen pour que tous les travailleurs et les travailleuses soient protégés partout de façon identique, à plus forte raison dans un contexte de marché unique dont on connaît toutes les dérives. Il est urgent de s'attaquer à cette part d'ombre du marché du travail.
Un budget à long terme rénové pour l’Union dans un monde en mutation (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, le futur budget sera le reflet de l'ambition de l'Europe et, à ce titre, je refuse de hurler avec la droite et d'opposer défense et Europe sociale, parce que nous pouvons répondre à ces deux enjeux. Pour cela, il est indispensable d'aller chercher de nouvelles ressources, en particulier du côté des épaules les plus larges. Oui, la solidarité est une condition sine qua non de notre sécurité extérieure, mais aussi sociale. Ne mentons pas aux citoyens en leur faisant croire qu'une politique de défense va les sauver de tout; le manque d'investissement dans nos politiques sociales et de cohésion renforcerait les inégalités et créerait une insécurité insoutenable au sein même de nos sociétés. Ne faisons pas ce cadeau aux vampires de la misère humaine, les partis d'extrême droite, qui se nourrissent du sentiment d'abandon. Renforçons notre défense, certes, mais répondons aussi aux préoccupations des citoyens et des travailleurs. Ils ont droit à un emploi de qualité bien rémunéré, à une pension décente et à des soins de santé et un logement accessibles. L'Europe n'a pas d'avenir sans Europe sociale, car sans Europe sociale, il n'y a pas de sécurité pour les citoyens.
Plan d'action européen sur les maladies rares (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, entre 27 et 36 millions de personnes sont diagnostiquées comme souffrant d’une maladie rare dans l’Union européenne. Un chiffre largement sous-estimé. Même quand ils sont diagnostiqués, c’est un véritable parcours du combattant pour ces malades et pour leurs proches, car peu de traitements sont adaptés ou accessibles financièrement. La recherche et le développement de médicaments et de traitements adaptés n’intéressent pas les industries pharmaceutiques car ils ne sont pas jugés rentables, ce qui entraîne de fortes inégalités sociales et de santé, voire un risque létal pour les malades. C’est totalement inacceptable! Il est urgent que la Commission propose enfin un plan d’action clair pour les maladies rares, qui fasse de la recherche et du développement de thérapies innovantes et adaptées une priorité de la politique pharmaceutique européenne et qui inclue la création d’un instrument de solidarité financier européen pour assurer l’accès à des traitements adaptés. La solidarité avec les patients atteints d’une maladie rare, c’est aussi tout le sens et la force de notre projet européen.
Débat d’actualité (article 169 du règlement intérieur) - Europe sociale: rendre la vie abordable et protéger les emplois, les salaires et la santé pour tous
Monsieur le Président, chers collègues, si l’Europe est en train de repenser sa défense extérieure, elle ne peut faire l’impasse sur sa sécurité intérieure, c’est-à-dire la cohésion sociale. Or, aujourd’hui, c’est à une attaque en règle, quasi systématique, des politiques sociales que nous assistons, le motif invoqué étant la compétitivité. Il y a pourtant urgence. Les Européens subissent de plein fouet la précarisation du travail et les inégalités sociales. Nous vivons une crise du coût de la vie sans précédent. Les prix de l’alimentation, des soins de santé ou encore du logement explosent. Quelque 100 millions d’Européens vivent en situation de pauvreté, singulièrement des jeunes et des femmes. Des millions de travailleurs n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois, conséquence de quarante années d’austérité salariale. L’Union européenne doit prendre ses responsabilités et prévoir des réglementations sociales contraignantes pour protéger les salaires, la concertation sociale, les conditions de travail et nos systèmes de sécurité sociale. Nous demandons à la Commission un renforcement du Fonds social européen plus pour les prochains cadres financiers pluriannuels. Il n’y aura pas d’Europe prospère sans renforcement des droits sociaux, car, sans protection sociale forte, l’Europe vacille.
Améliorer la mise en œuvre de la politique de cohésion grâce au réexamen à mi-parcours pour parvenir à une politique de cohésion solide après 2027 (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, il semble que les discussions actuelles sur l’avenir de la politique de cohésion soient à nouveau l’occasion pour certains de tenter de fragiliser les politiques sociales européennes. La politique de cohésion représente un tiers du budget européen. Elle est la principale politique d’investissement de long terme et porte sur des investissements sociaux, économiques et territoriaux. Elle est inscrite dans les traités pour réduire les inégalités entre les régions tout en créant des solidarités entre les territoires. Elle n’a pas vocation à être un instrument de gestion de crise. Son objectif n’est pas de répondre à des urgences conjoncturelles et encore moins de couvrir des besoins d’investissement pour l’industrie de la défense, pour lesquels il faut aller chercher d’autres moyens – d’autant que le futur cadre financier pluriannuel doit absolument réserver des budgets pour une véritable mise en œuvre du socle européen des droits sociaux et que le Fonds social européen plus doit rester un instrument fort et autonome pour renforcer la dimension sociale de l’Union européenne.
Les aspects sociaux et liés à l’emploi des processus de restructuration: nécessité de protéger les emplois et les droits des travailleurs (débat)
Madame la Présidente, Madame la Vice-Présidente exécutive, chers collègues, plus que jamais, l’Europe est confrontée à des transformations majeures, non seulement de l’activité industrielle, mais aussi de nombreux secteurs comme la distribution, l’énergie ou le transport. Il y a des défis liés aux transitions climatique et numérique. C’est pourquoi il est indispensable de s’engager à mieux prévenir et accompagner les restructurations. Trop souvent, des entreprises décident du sort de milliers de personnes, sans respect du dialogue social, pour répondre à l’appétit de leurs actionnaires. Les travailleurs et les travailleuses ne sont pas des mouchoirs jetables ou des pièces de rechange. Ne pas accompagner les mutations est aussi dommageable d’un point de vue économique, car cela risque d’entraîner des pertes de main-d’œuvre qualifiée, dont les entreprises ont pourtant cruellement besoin. Demain, une résolution sera votée ici, dans ce Parlement. Cette résolution réclame un cadre clair des restructurations, pour maintenir et sauver les emplois autant que possible (notamment par des mécanismes de reconversion dans les mêmes secteurs ou dans les régions), pérenniser le programme SURE, garantir un vrai dialogue social, interdire les licenciements abusifs et assurer un meilleur soutien aux travailleurs sous-traitants, souvent directement touchés. Cette résolution insiste aussi sur la nécessité d’une politique industrielle et économique ambitieuse au niveau européen en proposant la création d’un outil d’investissement permanent et une révision de la directive sur les marchés publics, pour enfin favoriser les entreprises respectant les droits sociaux et environnementaux. Ainsi, cette résolution trace un cadre qui est essentiel à la relance de la compétitivité européenne, et qui fait pourtant l’objet d’attaques de la part des lobbys patronaux, mais malheureusement aussi de l’extrême droite, qui non seulement refuse une directive sur la transition juste, mais rejette également le rôle des syndicats dans le processus de restructuration. Cette position dogmatique est étonnante, plus qu’étonnante, même. Le dialogue social, la protection et la formation des travailleurs sont une force, pas un frein. Il est temps d’agir pour une transition juste, pour des politiques économiques et industrielles qui profitent à tous, et non à quelques-uns.
Union des compétences: multiplier et améliorer les possibilités d'étude, de formation ou de travail dans l'Union et faire revenir nos cerveaux (débat)
Monsieur le Président, Madame la Vice-Présidente exécutive, chers collègues, aujourd’hui, en Europe, un tiers de la population active, soit 75 millions de personnes, ne possède qu’un faible niveau de qualification, voire aucune qualification. Dans le même temps, 15 % des jeunes quittent l’école sans diplôme. Pourtant, la nécessaire réindustrialisation de l’Europe et la transition numérique et climatique exigent des compétences nouvelles et adaptées. C’est pourquoi nous, au sein du groupe S&D, nous réclamons un véritable droit à la formation, rémunéré pendant les heures de travail, pour les travailleurs et les travailleuses. Il ne suffit pas d’encourager la formation; il faut garantir ce droit. Nous souhaitons aussi rappeler que, si 50 % des employeurs dans les secteurs en tension peinent à recruter, il ne s’agit pas seulement d’un problème de compétences. Les conditions de travail sont essentielles, particulièrement pour les jeunes, et elles doivent être améliorées. L’Union des compétences présentée par la Commission est ambitieuse, mais elle reste une déclaration d’intention. Elle doit être concrétisée et devenir un levier de progrès social et économique. Sinon, sans engagement fort et clair, elle restera une coquille vide.
Monsieur le Président, fin janvier, la Présidente de la Commission a présenté sa boussole pour la compétitivité, mais ne nous fait pas l'honneur d'être là aujourd'hui pour en débattre avec nous. Vous oui, c'est bien. Si l'Union européenne est à la croisée des chemins à de nombreux égards, dont la nécessité de reconstruire une autonomie stratégique sur le plan industriel, digital ou énergétique, le projet sur la table est plus que préoccupant, avec le retour du dogme de la compétitivité comme une fin en soi. Le volet simplification, en particulier, annonce des reculs importants sur le plan social et environnemental. En effet, on parle bien de dérégulation. Or, l'Union européenne ne reviendra pas au plus haut niveau des grandes puissances mondiales sans les travailleurs et les travailleuses. Mme von der Leyen, Monsieur le Commissaire, ne donnez pas l'image d'un Javier Milei ou d'un Elon Musk brandissant tronçonneuses ou bâtons de dynamite pour détruire les services publics et les droits sociaux fondamentaux. Ne perdez pas de vue que le bien-être, la qualité de vie et la prospérité des Européennes et des Européens sont vos points cardinaux. Ne faites pas fausse route, remettez l'économie au service de l'humain et pas l'inverse.
La collaboration entre les conservateurs et l'extrême droite, une menace pour la compétitivité dans l'Union (débat d'actualité)
Monsieur le Président, la collaboration entre les partis conservateurs et l'extrême droite représente-t-elle une menace pour la compétitivité? Évidemment oui. Mais cette collaboration est surtout un danger pour nos démocraties et nos valeurs fondamentales. Il est donc essentiel de maintenir le cordon sanitaire. Si l'extrême droite aujourd'hui tente de se montrer fréquentable, son ADN n'a pas changé. Elle reste fondamentalement raciste, sexiste et autoritaire. Ces partis trompent leurs électeurs, exacerbant l'anxiété de celles et ceux qui, dans un monde devenu complexe, craignent un déclassement social, économique ou culturel. Mais ils n'apportent jamais, mais jamais, aucune réponse à ces craintes légitimes, bien au contraire. Ces partis se nourrissent de la haine de l'autre, de l'étranger. Mais attention, comme l'histoire et l'actualité nous le démontrent, nous sommes tous potentiellement cet autre et cet étranger. Collaborer avec eux est donc une compromission inacceptable, tout comme il est dangereux d'emboîter le pas à leurs discours et leurs idées, comme malheureusement on l'a encore entendu aujourd'hui, car on préfère toujours l'original à la copie. Il est de notre responsabilité d'apporter des réponses concrètes aux préoccupations des citoyens, en particulier sur les...
Nécessité de remédier aux pénuries pressantes de main-d’œuvre et de garantir des emplois de qualité dans le secteur des soins de santé (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, il y a cinq ans, l'Europe et le monde étaient confrontés à la pire crise sanitaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Durant cette période, nous avons tous vécu intimement à quel point la santé est notre bien le plus précieux et combien nos systèmes de santé sont essentiels non seulement pour l'ensemble de la société, mais aussi sur le plan économique. Les travailleurs de ce secteur, qui sont majoritairement des travailleuses, ont alors été reconnus comme essentiels et applaudis. Malgré des années de désinvestissement massif, ils et elles ont permis à nos pays de tenir, et ce au mépris de leur propre sécurité. On a tous dit alors: «Plus jamais ça.» Mais notre mémoire est à court terme. Aujourd'hui, l'Europe a beau être confrontée à d'autres défis géopolitiques, économiques, démographiques, il ne peut être question d'oublier les urgences liées à la santé, dont un des premiers défis est la pénurie de personnel. Certaines régions ou villes sont même en passe de devenir des déserts médicaux. Il est urgent d'investir dans les services de santé, non seulement sur le plan des traitements et techniques médicales, mais surtout dans le personnel. Il faut améliorer les conditions de travail de ce personnel en assurant qu'il soit suffisant, ce qui est aussi la première condition de bien-être des patients, mais aussi en adoptant une directive sur la prévention des risques psychosociaux afin d'améliorer globalement la santé mentale au travail. En santé aussi, les impératifs humains doivent reprendre le pas sur les enjeux économiques et budgétaires. C'est notre responsabilité. Sinon, nous devrons rendre des comptes quand une prochaine crise sanitaire se produira.