État des lieux de la mise en œuvre de la stratégie «Global Gateway» et de sa gouvernance, deux ans après son lancement (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, un peu à la manière d’un rouleau compresseur, les crises et les conflits ont, depuis plusieurs années, violemment percuté l’équilibre du monde. En embuscade ou de façon complètement assumée, la Russie et la Chine bousculent l’Europe et viennent attaquer systématiquement nos démocraties. Il faut donc impérativement, aujourd’hui, que l’Europe retrouve sa place sur l’échiquier politique mondial et qu’elle la défende. Dans cette optique, la stratégie «Global Gateway» est en quelque sorte l’antidote au violent poison des nouvelles routes de la soie de Pékin. Il faut impérativement dire et redire la réalité. Dans sa coopération, l’Europe doit être le miroir inversé de la Chine. Nous, nous ne reprenons pas de la main droite ce que nous avons donné de la main gauche. Sur l’axe indo-pacifique comme en Afrique, l’Europe investit beaucoup, mais nous manquons cruellement de visibilité. En plus de la bataille de la communication, ce que nous devons gagner, c’est le respect et la confiance de nos partenaires. Le respect et la confiance, qui se construisent en consolidant l’efficacité de nos coopérations.
Résultats de la Conférence des nations unies sur les changements climatiques 2023, à Dubaï aux Émirats arabes unis (COP28) (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, le sens des responsabilités, la solidarité: à Dubaï, nous avons eu beaucoup de mal à imposer ces deux éléments fondamentaux pour gagner notre bataille pour le climat. Pourtant, absolument partout, absolument tout le monde sait aujourd'hui que le rouleau compresseur du dérèglement climatique nous impose de changer immédiatement nos modes de vie. Catastrophe après catastrophe, le signal d'alarme dévastateur exige beaucoup plus que des mots, beaucoup plus qu'une déclaration d'intention. La COP 28 fixe un nouveau cap et c'est bien. Mais pour des millions d'Européens dans les territoires d'outre-mer, comme pour nos voisins des petits États insulaires, nous sommes en première ligne et notre urgence est de renforcer la coopération internationale pour sauver l'océan, pour préserver la biodiversité et pour gagner la bataille de l'eau. Pour nous, pour nos enfants, pour aujourd'hui et pour demain, nous avons impérativement besoin de nouveaux financements pour construire des solutions. Nous n'avons pas de deuxième planète, nous n'aurons pas de deuxième chance.
Pénurie d'eau et investissements structurels dans l'accès à l'eau dans l'UE (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Monsieur le Secrétaire général, chers collègues, bien évidemment les humains ne peuvent pas vivre sans eau. Pour mille raisons – biologiques, sanitaires, économiques, humanitaires – nous avons impérativement besoin d’eau. Cette crise de l’eau frappe le monde et est devenue une urgence. C’est même une urgence vitale pour les Européens à Mayotte. En ce moment même, près de 300 000 personnes, 300 000 Européens n’ont plus d’eau. Des hommes, des femmes, des milliers d’enfants sont dans une grande souffrance. Bien évidemment, le gouvernement français intervient et organise la solidarité nationale. On peut certes polémiquer, on peut tomber dans la facilité de la polémique populiste, mais les Mahorais attendent surtout des solutions durables. Comme chacun de nous, ils savent que le monde entier va être frappé par cette crise de l’eau. Et à cet égard, Mayotte envoie en quelque sorte un signal d’alarme mondial. Nous devons nous organiser, nous devons accompagner et favoriser le changement de nos modes de vie, comme nous devons – surtout – investir dans des infrastructures et dans des technologies innovantes. Ce combat pour l’eau doit devenir un grand combat européen. C’est un devoir de solidarité. C’est surtout un impératif d’avenir.
Nouveau programme pour l’Amérique latine et les Caraïbes à la suite du sommet UE-CELAC (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Haut Représentant, nous sommes nombreux à alerter régulièrement sur le rouleau compresseur chinois qui dévaste nos relations avec le reste du monde, et notamment avec l’Amérique latine et les Caraïbes. Face à cette offensive chinoise, notre responsabilité collective est de riposter. Beaucoup d’argent a été engagé. Que ferons-nous de cet argent? Une fois encore, je veux plaider pour l’intelligence de la coopération régionale. Dans cette région, nous avons plusieurs territoires européens, français, qui peuvent être des points d’ancrage et, en même temps, des points de projection pour construire cette relation gagnant-gagnant dont nous avons besoin. Monsieur le Haut Représentant, je veux une nouvelle fois attirer votre attention sur ces territoires européens de la Caraïbe sur lesquels nous devons miser, et redire que jouer la carte de la coopération régionale, c’est aussi nous donner, en Européens, la capacité à être beaucoup plus efficace.
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, l’immense danger qui nous menace nous interdit d’être naïfs. Il faut bien comprendre que, quand Vladimir Poutine fait exploser un barrage hydraulique en Ukraine, c’est bien l’eau qu’il utilise comme une arme de guerre. Parce que Poutine, comme chacun de nous, sait très bien qu’on ne peut pas vivre sans eau. D’ailleurs, l’ONU lance l’alerte sur le fait que, d’ici quelques années, un humain sur deux va manquer d’eau. Comment pouvons-nous éviter la catastrophe? Notre responsabilité collective est engagée. Il faut d’abord faire évoluer nos modes de vie. La sobriété n’est plus une option, elle est aujourd’hui indispensable. Les petits gestes comme les grandes solutions sont importants, et l’Europe doit impérativement miser et investir sur la recherche et sur l’innovation, sur le traitement des eaux usées, sur la lutte contre le gaspillage. Chaque effort individuel doit être encouragé, et chaque initiative collective doit être consolidée. Une fois encore, il faut construire le bon équilibre entre tous les usagers de l’eau. Chacun doit faire preuve de responsabilité, mais aussi de solidarité.
Mise en œuvre et réalisation des objectifs de développement durable (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, les sept dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète, et cette urgence climatique réduit fortement notre capacité à réaliser les objectifs de développement durable, d’autant plus que le rouleau compresseur climatique déferle absolument partout. Il faut agir beaucoup plus vite; il faut surtout agir différemment. C’est d’ailleurs l’esprit du grand sommet international organisé à Paris dans quelques jours, à l’initiative du président Emmanuel Macron et de l’État caribéen de la Barbade. L’objectif de ce nouveau pacte financier mondial est de trouver de nouveaux fonds pour aider les pays en développement à réaliser ces objectifs de développement durable. Dans ce combat commun pour la planète, nous devons justement mettre en commun ce que nous avons de meilleur: l’innovation, le partage de solutions et la coopération. Cette intelligence collective est un impératif et nous en avons absolument besoin.
Garantir la sécurité alimentaire et la résilience à long terme de l’agriculture de l’UE (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, d’ici la fin de mon intervention, une personne sera morte de faim, quelque part en Afrique de l’Est – un homme, une femme ou un enfant. C’est un drame absolu. C’est une urgence qui nous oblige collectivement à agir. Partout dans le monde l’insécurité alimentaire est aggravée par la crise climatique. Elle provoque également des conflits terribles, et, en réalité, personne n’est à l’abri. Nous avons cette responsabilité collective de travailler ensemble et de travailler vite. Face aux chocs climatiques et aux crises alimentaires, l’Europe doit être un partenaire fort de la construction de solutions locales, qui sont souvent aussi d’excellentes solutions globales. C’est un impératif pour gagner notre combat commun contre la faim. C’est aussi un véritable défi pour l’humanité et pour notre destin commun.
Évaluation de la nouvelle communication de la Commission européenne relative aux régions ultrapériphériques (brève présentation)
Madame la Présidente, Madame la Vice-Présidente, quelques mots d’abord pour remercier et féliciter le collègue Amaro et pour vous dire également que le rapport que nous allons voter demain réaffirme l’importance d’un engagement fort de l’Europe pour nos régions d’outre-mer. Chez moi, à l’île de la Réunion, qui est un territoire européen de l’océan Indien, nos éleveurs, nos agriculteurs, nos pêcheurs, nos petites entreprises, nos jeunes savent que l’Europe est un partenaire fondamental de notre développement. Mais chacun sait aussi que l’efficacité de l’action publique passe par le respect de nos spécificités. Cette adaptation est importante dans tous les combats communs que nous avons à mener. Pour l’emploi, pour le climat, il faut miser sur l’innovation, sur l’audace. Comme il existe une Europe des solutions, il existe aussi des outre-mer des solutions, et l’Europe doit miser sur nous. C’est aujourd’hui non seulement une exigence, mais aussi une urgence.
Dimension de cohésion de l’Union en matière d’aides d’État et des règles dites «de minimis» (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, aujourd’hui plus que jamais il faut impérativement simplifier les procédures européennes. Pour illustrer cette urgence, je vais une fois encore vous parler des hommes et des femmes d’outre-mer, de nos pêcheurs, qui mettent leur vie en danger à chaque fois qu’ils sortent sur des bateaux beaucoup trop vieux, de nos chefs d’entreprises, qui continuent à créer des emplois alors qu’ils croulent sous les factures, de nos agriculteurs, de nos éleveurs, qui travaillent dur face aux contraintes climatiques tropicales. Chez nous, tout le monde travaille dans des conditions extrêmement difficiles, et c’est pourquoi il faut leur simplifier l’accès aux fonds européens et aux aides d’État. Je vais être clair: l’objectif n’est pas de se soustraire à la règle. Au contraire, l’objectif, c’est d’adapter la règle pour une plus grande efficacité de l’action publique. C’est le sens de ce réflexe outre-mer que je porte ici, pour une Europe plus solidaire, plus efficace et qui prend en compte la réalité de nos spécificités locales.
Stratégie de l'UE en matière de santé mondiale (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, de toute évidence aucune frontière ne peut stopper une pandémie. De la même façon, aucun mur ne peut arrêter une catastrophe naturelle. La menace est mondiale, il faut donc des solutions globales. La santé humaine est directement connectée à la santé environnementale, et c’est bien là que l’Europe a un rôle à jouer avec l’aide au développement. Il faut renforcer nos coopérations: coopération pour les infrastructures de santé, coopération pour la recherche médicale, coopération pour le partage de solutions. De toute évidence, si la planète est malade, nous serons tous malades. Il faut donc travailler ensemble, travailler plus, travailler mieux. Nous sommes déjà très en retard.
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, dans l’hémisphère sud, plus de 3 milliards d’humains vivent sous la menace permanente du dérèglement climatique. En ce moment même, en Afrique de l’Est, le terrible cyclone tropical Freddy fait des ravages et le bilan est déjà à plus de 200 morts pour les petits États insulaires en développement. La question de la résilience, de la résistance au dérèglement climatique est non seulement une question de survie, mais c’est aussi une question d’argent. Et il faut en parler parce que cela coûte cher de reconstruire, de s’adapter, d’innover. Et ces pays en première ligne ont besoin de plus de financements avec des procédures plus simples et surtout plus rapides. L’agenda de Bridgetown porte des propositions fortes pour débloquer l’accès à des milliards d’euros d’investissements indispensables pour construire cette résilience climatique. Mais pour réussir, nous devons mettre tout le monde autour de la table: les pays développés, les pays en développement, les institutions financières, le secteur privé également. Cette démarche inclusive est impérative pour arriver à des résultats concrets. Vous l’avez dit, en juin prochain, la France organisera un sommet crucial pour un nouveau pacte financier mondial. Nous aurons alors l’obligation, l’obligation d’avancer tous ensemble, de partager des solutions, de soutenir des initiatives locales au plus près du terrain pour lutter contre cette spirale infernale du dérèglement climatique. L’heure est à la coopération, à la solidarité, à l’efficacité. Nous devons agir. Agir vite. Nous n’avons plus le temps.
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, on se dit les choses en face. Dans sa stratégie de coopération internationale, aujourd’hui, l’Europe est à un carrefour fondamental. Que devons-nous faire pour garantir à l’Europe une vraie place sur l’échiquier mondial, une vraie place, pas un strapontin? Il faut combattre fermement les nouvelles routes de la soie chinoises, qui sont un poison pour l’équilibre mondial. Tous les milliards que Pékin donne d’une main, le régime chinois les reprend violemment de l’autre en étranglant les pays en développement qui se sont laissés séduire par cette sorte de chant des sirènes. Au contraire, nous, les Européens, nous respectons nos partenaires. Notre outil de coopération, le Global Gateway, est un outil de partenariat basé sur le respect. Ce n’est pas qu’une question d’argent. Ces 300 milliards doivent servir à concrétiser des projets pour lutter contre le changement climatique, pour les transitions énergétiques, pour l’intelligence collective, pour les initiatives locales. L’argent est là, mais il faut maintenant accélérer la construction de projets, de chantiers. Nous n’allons pas assez vite. Nous savons qu’il y a un danger. Il faut donc impérativement aller plus vite, aller plus loin. Nous sommes encore loin d’avoir réussi notre pari, et je veux ici aujourd’hui poser un point d’alerte, notamment sur l’axe indo-pacifique.
Situation de la pêche artisanale dans l’Union européenne et perspectives d’avenir (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, une fois de plus, je vais dénoncer ici les conditions de travail épouvantables des pêcheurs dans les territoires d’outre-mer. On ne peut pas parler de pêche en Europe sans redire que nos pêcheurs ultramarins sont des Européens. Ce ne sont pas de gros industriels avec des gros bateaux, ce sont des artisans avec des petits bateaux, avec du matériel hors d’usage. Ils n’ont rien à voir avec les pirates qui dévastent nos océans. Notre responsabilité collective, c’est de les protéger, c’est de les accompagner. Alors il faut que cesse immédiatement cette partie de ping-pong insupportable entre Bruxelles et Paris, où chacun se renvoie la balle. C’est insupportable qu’un millefeuille administratif mette en danger la vie de nos marins, décourage nos jeunes qui voudraient prendre la relève et fragilise une filière artisanale indispensable à notre autonomie alimentaire. Alors il faut immédiatement autoriser, lancer, concrétiser le renouvellement des flottes de petits bateaux de pêche dans nos outre-mer. C’est une urgence absolue.
Heure des questions au VP/HR - Incidences sur les pays tiers de la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine, en lien avec l'accord relatif à l'«initiative céréalière de la mer Noire»
Monsieur le Haut Représentant, au moment où nous nous parlons, l’onde de choc de la guerre en Ukraine percute violemment le monde entier. Et quand Vladimir Poutine utilise la sécurité alimentaire comme une arme de guerre, bien évidemment, il faut protéger tous les Européens, mais aussi nos partenaires internationaux et notamment les îles éloignées. Je viens d’une petite île européenne de l’océan Indien, La Réunion, et en tant que président de la délégation parlementaire CARIFORUM, j’entends aussi les messages d’alerte inquiétants des États insulaires de la Caraïbe et c’est une bombe humanitaire économique qui menace d’exploser. Alors, Monsieur le Haut Représentant, je souhaite vous demander ce que l’Europe compte faire pour accompagner les territoires insulaires qui, au lieu de céder aux sirènes et aux promesses chinoises et russes, ont fait au contraire le choix d’un partenariat renforcé avec l’Europe?
Situation en matière de droits de l'homme en Haïti, en particulier en ce qui concerne la violence en bande organisée
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chaque jour qui passe, Haïti sombre un peu plus dans le chaos. Au mois de juillet, plus de 230 personnes à Port-au-Prince ont été tuées par des gangs ultraviolents. Même les ONG sont attaquées et les stocks d'aide humanitaire sont pillés par des bandits qui font régner la terreur. En tant que président de la délégation parlementaire Cariforum, j'ai toujours travaillé pour que l'Europe reste un partenaire fort et solidaire du peuple haïtien. Mais l'extrême violence qui ravage actuellement Haïti exige que le gouvernement haïtien prenne des mesures pour la sécurité et contre la corruption. Nous, ici, nous devons renforcer notre solidarité avec le peuple haïtien. L'Europe ne doit pas abandonner le peuple haïtien, mais l'Europe doit aussi protéger les citoyens européens de la région, les Antillais, les Guyanais qui sont aussi fortement impactés par les conséquences migratoires de ce chaos.
L'accès à l'eau en tant que droit de l'homme - aspects extérieurs (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, après la violence de la sécheresse de cet été et face aux effets dévastateurs du dérèglement climatique, l’une des questions fondamentales qui nous sont posées aujourd’hui est de savoir comment l’Europe va affronter les prochaines pénuries d’eau, et, surtout, comment nous pouvons protéger nos citoyens du risque – élevé – d’une guerre de l’eau. En effet, ce que nous redoutions est déjà là; la guerre de l’eau est là. Pendant qu’ici même nous parlons, dans le monde, du Nil au Mékong, plusieurs milliers d’humains se battent, avec des armes, pour avoir accès à l’eau. D’ici la fin de la décennie, 700 millions de personnes vont être obligés de quitter leur région parce que leur territoire sera devenu invivable, complètement brûlé, dévasté par la sécheresse. Alors, que pouvons-nous faire? D’abord, l’Europe doit agir, car notre responsabilité collective est engagée dans ce dérèglement climatique. Qu’allons-nous faire? Eh bien, au vu de ce défi mondial, il faut en premier lieu organiser la coopération internationale pour financer des solutions de recherche, de préservation et de distribution de l’eau. Nous disposons également d’outils au niveau européen, tels que la politique de développement, qui doit être mobilisée pour garantir l’accès à l’eau. Enfin, il faut changer nos modes de vie: moins de gaspillage, plus de solidarité. D’ici 2050, un humain sur deux sera confronté à une pénurie d’eau. Agir est une urgence vitale, mais les mots ne suffisent plus. Il faut agir, et, surtout, agir vite.
Question de la sécurité alimentaire dans les pays en développement (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, ici à Strasbourg, c’est l’heure de dîner. Mais aujourd’hui même sur la même planète, dans l’hémisphère Sud, à Madagascar, des millions d’enfants n’auront mangé qu’un petit bout de galette de manioc et un petit verre de jus de cactus: c’est cela, la réalité de l’insécurité alimentaire. Alors, notre responsabilité collective exige que l’Europe s’engage – et elle s’engage déjà avec beaucoup de solidarité –, mais il faut aussi s’attaquer aux causes de cette insécurité alimentaire. Avec nos partenaires, nous devons coconstruire des solutions adaptées à l’agriculture, à l’accès à l’eau, à la santé. Mais nous devons aussi accélérer ce combat mondial contre le dérèglement climatique qui provoque la sécheresse, des famines et des conflits. L’urgence, c’est de travailler ensemble parce que la cohérence, l’efficacité, la convergence sont les clés de notre défi collectif.
Mise en œuvre et réalisation des objectifs de développement durable (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, absolument personne ne peut dire qu’il n’a pas compris que le dérèglement climatique est un rouleau compresseur mortel pour absolument tout le monde, absolument partout. Ce n’est pas une simple course contre la montre, c’est une course contre la mort. La réalité est là, plus de 40° C en France, il y a quelques jours, un incendie terrible en Espagne, la sécheresse, la canicule, sur absolument tous les continents. Face à la menace climatique, les objectifs de développement durable sont à la fois une boussole et un thermomètre. La boussole dit le cap, et nous savons tous les efforts massifs que nous devons faire rapidement maintenant pour changer nos modes de vie. Le thermomètre dit où nous en sommes, et c’est un signal d’alarme, parce que la réalité est là: le dérèglement climatique menace tout le monde. C’est pour chacun une urgence et il faut agir vite. Il faut protéger tous les Européens, bien évidemment, et en particulier les plus éloignés, sur les îles, dans les outre-mers. Mais je veux aussi redire notre responsabilité d’accompagner nos partenaires dans les pays en développement, parce que la solidarité de l’Europe face au dérèglement climatique, cette solidarité ne peut absolument pas s’arrêter aux seules limites géographiques du continent européen.
Les îles de l’UE et la politique de cohésion: situation actuelle et défis futurs (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, alors que nous parlons ici, plus de 20 millions d'Européens vivent dans des îles. Et quand on regarde la liste des défis des territoires insulaires: l'adaptation au dérèglement climatique, les défis de l'énergie, les transports, la jeunesse, l'emploi, eh bien on se rend compte que ce sont les grands défis de l'Union européenne et on voit bien immédiatement que nous sommes liés par un destin commun. Alors, il nous faut une stratégie commune pour compenser les effets de l'insularité, aggravés par l'éloignement et par l'isolement. Ce rapport doit être entendu comme un appel à la mobilisation pour toutes les îles européennes, parce que, de la Méditerranée à l'océan Indien en passant par l'Atlantique, on voit bien que nos points communs sont plus importants que nos différences. Et ce rapport est aussi un appel au respect de nos spécificités dans chacun de nos territoires. Nous avons besoin d'une stratégie adaptée à la réalité, aux contraintes, aux défis de chacun de nos territoires, de chacune de nos îles. C'est là, je crois, la clé du succès et de l'efficacité d'une stratégie européenne pour toutes nos îles.
Mise en œuvre de la politique de cohésion 2021-2027 (débat)
Madame la Présidente, chère Commissaire, je veux dire d’emblée que quand Vladimir Poutine attaque sauvagement l’Ukraine, il met aussi dans son collimateur l’unité de l’Europe et la cohésion des territoires européens. Face aux grands défis qui sont les nôtres, y compris le grand défi de la paix, il faut renforcer la cohésion et la solidarité qui sont dans l’ADN de l’Union européenne. Territoire par territoire, région par région, cette guerre impactera absolument tout le monde. L’onde de choc est puissante. Elle ébranle déjà nos cœurs et elle impactera aussi nos économies et nos équilibres sociaux. Il faut accélérer le déploiement des fonds de cohésion au plus près des territoires. Il faut aussi poursuivre les efforts de simplification pour encourager les initiatives locales. La force de notre riposte et de notre résilience passe par l’intelligence collective des territoires. Vous savez, le dictionnaire dit que la cohésion est une force qui unit. Mais ici, nous savons que c’est aussi une force qui est capable de réunir le meilleur de l’humanité pour affronter ensemble les pires moments de notre histoire commune.
Nouvelles orientations pour l'action humanitaire de l'Union (débat)
Monsieur le Président, cher Commissaire, en ce moment même à l’est de l’Afrique, dans l’océan Indien, dans le sud de Madagascar, près d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants sont dévastés par une famine épouvantable: il n’y a plus d’eau, la sécheresse brûle les sols, plus rien ne pousse et il n’y a plus rien à manger. Plus de 70 000 enfants ont faim et on leur donne un mélange de cactus et de cendre pour essayer de les maintenir en vie. L’Europe intervient déjà, mais à Madagascar comme partout, il faut traiter les urgences. Il faut aussi s’attaquer aux causes. Et même quand il n’est pas le déclencheur direct des catastrophes humanitaires, le dérèglement climatique vient aggraver systématiquement des défaillances déjà existantes. Nous avons beaucoup parlé de solidarité, mais j’insiste sur notre responsabilité. Nos partenaires sont nos voisins, ils sont aussi nos frères, alors leurs souffrances sont aussi nos souffrances.
La situation humanitaire en Haïti à la suite du récent tremblement de terre (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, je veux redire ici tout de suite que, malgré la distance géographique, Haïti est notre voisin. En effet, les grandes souffrances du peuple haïtien résonnent fort dans les territoires d’outre-mer européens proches d’Haïti. Une fois encore, le drame haïtien est au cœur de cet hémicycle et je veux tout de suite remercier le Commissaire européen, Janez Lenarčič, pour son engagement aux côtés du peuple haïtien, tout de suite après ce terrible tremblement de terre. Bien évidemment, la mission humanitaire européenne doit se poursuivre auprès du peuple haïtien, mais nous savons que le combat contre la misère ne sera pas suffisant. Des gangs criminels, parfois soutenus par des politiques locaux, sèment une terreur épouvantable et toute cette violence entrave le processus démocratique, empêche les réformes indispensables et impacte directement le fragile équilibre migratoire dans les régions d’outre-mer voisines. Pour toutes ces raisons, l’Europe doit rester un partenaire fort du peuple haïtien, mais dans ses négociations avec les autorités d’Haïti, l’Europe doit être forte et exigeante pour que la sécurité reste au centre des priorités non négociables.
Évaluation des mesures de l’Union en faveur du secteur européen du tourisme, à l’approche de la fin de la saison estivale (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, pour les trois millions de touristes qui avaient l’habitude de venir passer leurs vacances dans les Outre-mer français, nos territoires ont des allures de paradis; mais la violence de cette crise a été l’enfer pour nos professionnels du tourisme et pour nos économies insulaires. Les urgences sont là et l’Europe doit impérativement soutenir la relance du tourisme dans les Outre-mer. Pourquoi? Parce qu’il faut encourager les investissements, il faut accompagner les compagnies aériennes régionales et il faut augmenter l’attractivité des métiers du tourisme, notamment pour les jeunes. Je vous entends: vous voulez lancer un tourisme moderne, durable et responsable. Je vous dis «Misez sur nous!» parce que nous avons des trésors de biodiversité, parce que notre plus grande richesse, ce sont les hommes et les femmes de nos territoires, et parce que c’est aussi ça, le tourisme: des rencontres inoubliables et la possibilité de se construire dans l’ouverture aux autres et dans le respect de chacun.
Vers un renforcement du partenariat avec les régions ultrapériphériques de l’Union (brève présentation)
Monsieur le Président, Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chère Elisa Ferreira, chers collègues, hier encore à la même heure, j’étais chez moi sur l’île de la Réunion, dans l’océan Indien, avec le ministre français de l’Europe. Nous avons donné le coup d’envoi de la Conférence régionale sur l’avenir de l’Europe. Nous avons rencontré beaucoup de citoyens et ils nous ont confié une question. Elle ressemble à de la géométrie, mais c’est bien une question politique fondamentale: comment faire pour être à la fois à la périphérie et dans le cœur de l’Europe? En ce moment même, 5 millions d’Européens vivent dans l’océan Indien, dans les Caraïbes et dans l’Atlantique. Ils attendent notre réponse à leurs espoirs et à leurs urgences. Notre réponse, c’est ce rapport que je défends devant vous aujourd’hui. Je réclame une nouvelle stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques (RUP). Ce sont neuf territoires français, espagnols et portugais: La Réunion, Mayotte, la Guyane, la Guadeloupe, Saint-Martin, la Martinique, Madère, les Açores, les Canaries. Je veux toutes les citer, parce que je veux redire ici que chacune de ces régions est une chance pour l’Europe. Elles sont en première ligne des grands défis européens: le climat, la cohésion, la santé et bien évidemment l’environnement, puisque les RUP concentrent 80 % de la biodiversité européenne. Ce rapport est un appel à l’action, à l’action urgente pour construire ensemble un nouveau modèle de développement pour les outre-mer, pour les régions ultrapériphériques. Je veux d’ailleurs remercier ici tous mes collègues et leurs équipes. Nous avons coconstruit cette stratégie en trois axes, protéger, développer, valoriser. Cette nouvelle stratégie, il faut qu’elle soit plus verte, bien évidemment, plus bleue, plus juste aussi. Il reste encore tellement de retard à rattraper; la pauvreté, le chômage, la précarité qui font que nos jeunes disent que leur horizon est cassé. Nous avons impérativement besoin d’un nouvel engagement européen volontariste et efficace. Alors, comment faire pour être efficace? C’est d’abord respecter l’article 349 du traité FUE et instaurer un véritable réflexe RUP dans toutes les institutions européennes. Je vais vous dire, nous oublier, c’est oublier que nous faisons partie des solutions européennes. Nous oublier, c’est oublier l’engagement qui est le nôtre de ne laisser personne sur le bord du chemin. Ce réflexe RUP, c’est faire la preuve de l’intelligence collective face aux défis communs qui sont les nôtres. À l’urgence climatique qui exige la réconciliation de l’humain et de la nature, s’ajoutent aussi les urgences sociales et économiques. Face à ces fragilités, l’Europe agit avec sa politique de cohésion, son soutien aux agriculteurs, aux pêcheurs, aux éleveurs, ainsi qu’avec ses programmes de mobilité Erasmus. Notre nouvelle stratégie RUP appelle à consolider les acquis, à respecter les spécificités et surtout, à ouvrir de nouvelles perspectives pour nos jeunes. Cela signifie créer des campus d’excellence, développer le numérique pour trouver des emplois. Cela signifie aussi faire de nos RUP des territoires moteurs de l’innovation, de la transition énergétique ou de la recherche. Alors oui, je le redis ici, l’Europe est une chance pour les RUP. Mais chacun de nos territoires ultramarins est une chance pour l’Europe. Il faut de l’audace et de la détermination. C’est l’ambition que je porte ici dans cette nouvelle stratégie changer votre regard, changer notre regard. Parce que les RUP sont des territoires de solutions, des territoires avec des atouts géostratégiques, avec nos forces et avec nos faiblesses, avec nos fragilités et avec nos atouts, avec nos exigences et avec nos espoirs. Nous sommes en quelque sorte le miroir de votre relation avec les plus éloignés, les plus fragilisés, les plus résilients aussi. Alors, je vous le dis, face aux défis climatiques et sociaux, peut-être aussi que nous sommes votre futur. Alors voilà, Madame la Commissaire, chers collègues, chers présidents, la balle est dans votre camp et partout, nous savons que nous pouvons compter sur vous.
Création de zones marines protégées (ZMP) de l'Antarctique et préservation de la biodiversité dans l'océan Austral (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, Monsieur le Commissaire, chers collègues, est-ce qu’un plaidoyer peut suffire pour le pôle Sud? Bien évidemment, non. Est-ce qu’il faut beaucoup plus qu’un plaidoyer? Absolument, oui. Oui, parce que sauver l’Antarctique est aujourd’hui une urgence absolue qui nécessite beaucoup plus que des mots. Il faut agir et il faut agir vite. Et c’est toute l’exigence de cette résolution que l’Europe doit porter comme un combat pour les générations futures. Vous savez, les territoires européens les plus proches du pôle Sud, ce sont les Terres australes et antarctiques françaises. Là, des scientifiques et des militaires travaillent toute l’année dans des conditions difficiles, et je veux leur dire merci parce qu’ils sont beaucoup plus que nos ambassadeurs. Ils sont nos yeux et nos oreilles. Ils entendent craquer la banquise qui fond. Ils voient disparaître la biodiversité. Les enjeux sont colossaux et je vais vous dire: l’Europe ne peut pas se contenter de constater. L’Europe doit s’engager et cet engagement doit être entendu au niveau mondial. Vous l’avez dit à plusieurs reprises, des puissances internationales convoitent ces territoires pour de mauvaises raisons. Il faut résister et construire ces zones marines protégées. Au-delà de la géopolitique, aujourd’hui, la force et l’imminence du danger nécessitent et convoquent notre responsabilité. Le pôle Sud peut nous paraître loin, mais si l’Antarctique disparaît, c’est bien ici, au cœur de nos vies, que nous serons impactés. Et ce sont nos enfants que nous condamnerons.