15
Janv
2024
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Commémoration de Jacques Delors
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, ce moment de commémoration est l'occasion de revenir sur les décisions qui ont été prises pendant tout le temps où Jacques Delors a présidé la Commission européenne entre 1985 et 1995, car ces décisions façonnent l'architecture de l'Europe d'aujourd'hui. Jacques Delors estimait, comme la grande majorité des dirigeants politiques de l'époque, que la relance de la construction européenne devait passer avant tout par l'approfondissement des logiques de marché et que, certes, le social était important, mais que l'harmonisation sociale adviendrait naturellement une fois l'allégeance faite au dogme de la concurrence. Au lieu de l'Europe sociale, on a eu droit à l'Europe brutale, l'Europe qui fait mal: austérité, libre-échange, acte unique et pensée unique, Maastricht, toujours plus de sacro-sainte concurrence, délocalisations en pagaille. L'expérience nous a montré que le social n'a pas découlé spontanément du marché et que, si nous voulons du social en Europe, il faut de la volonté politique, il faut des décisions concrètes en la matière. Mais alors, certains, parmi les plus fervents défenseurs du libéralisme, paniquent dès qu'ils se retrouvent face à un texte européen qui pourrait améliorer la vie des travailleurs. Ce sont d'ailleurs les mêmes qui se revendiquent les héritiers de Jacques Delors dans la volonté de relancer une construction européenne et qui font obstacle aux textes qui améliorent la vie des travailleurs au niveau européen. Pour le dire clairement, je rage d'entendre des dirigeants comme Emmanuel Macron se positionner sur la scène nationale en grand défenseur d'une Europe qui protège et en même temps de voir ce même Emmanuel Macron, ici, au niveau européen, s'acharner à faire tomber une directive qui devrait donner quelques droits aux travailleurs des plateformes, tout cela pour ne pas heurter les intérêts d'Uber. Dans quelques mois auront lieu les élections européennes. Croyez-moi, nous allons faire en sorte que les citoyens européens sachent que ceux qui se vantent d'être les plus pro-Europe sont en réalité ceux qui bloquent les avancées qui pourraient améliorer la vie de millions d'Européens. Aux défenseurs les plus zélés de la construction européenne, je le dis: en reprenant les dogmes de l'Europe brutale, c'est la destruction européenne que vous obtiendrez.