Soupçons de corruption de la part du Qatar et nécessité, plus largement, de transparence et de responsabilité au sein des institutions européennes (débat) (débat)
Monsieur le Président, chers collègues, étreints par la honte, habités par la colère, conscients que les citoyens exigent de nous fermeté et intransigeance, nous devons agir vite. «C’est aujourd’hui qu’il faut savoir se débarrasser des vieux fardeaux devenus encombrants»: ces mots d’Altiero Spinelli doivent nous servir de boussole. C’est aujourd’hui qu’il faut se débarrasser de ces vieux fardeaux que sont l’insouciance, l’indolence, la culture de l’impunité et l’ethos de la compromission. C’est aujourd’hui qu’il faut trancher dans le vif. Il nous faut une commission d’enquête. Il faut mettre en place une haute autorité de la transparence de la vie publique au niveau européen et une règle européenne sur la capture des élites par des régimes étrangers. Cependant, imposer de nouvelles règles ne suffira pas. Ce qu’il nous faut retrouver aujourd’hui, c’est le courage, le courage d’affronter les lobbies qui pénètrent nos institutions, le courage de contrer ces régimes étrangers – qatarien, russe ou encore chinois – qui font leur marché chez nous. Cela fait deux ans qu’avec les membres de la commission spéciale INGE, que je préside, nous essayons d’alerter sur les ingérences et la corruption. Eh bien, le temps est venu d’envoyer un message au monde: les démocraties européennes ne sont pas à vendre.
Préparation du Conseil européen des 20 et 21 octobre 2022 (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, un leader se bat pour le diamant, l’autre se bat pour le luxe, le troisième se bat pour l’uranium. Il y en a marre de ces négociations de marchands de tapis, de chefs de gouvernement qui agissent en VRP de secteurs privés. Cela affaiblit nos démocraties, cela affaiblit nos sanctions. Lorsque la guerre fait rage, il est vital pour la cité que l’intérêt général prime à nouveau sur les intérêts particuliers. Alors, comment accepter que de grands groupes européens continuent à faire de l’argent avec le régime russe? Comment tolérer, par exemple, que Total tire des bénéfices astronomiques de ses parts dans Novatek, fournisseur de kérosène aux avions de l’armée terroriste de Vladimir Poutine? L’hiver arrive et les sacrifices nécessaires ne seront consentis que s’ils sont justes. Alors, le message aux dirigeants européens réunis en Conseil est clair: plafonnez les prix du gaz. Taxez les super-profits. Attaquez-vous aux profiteurs de guerre. Comblez les trous dans les sanctions. Montrez que la politique a repris la main. Et alors, alors seulement, l’Union européenne aura honoré son rendez-vous avec l’histoire.
Heure des questions à la Commission – Protection des infrastructures critiques de l’Union contre les attaques et lutte contre les attaques hybrides
Monsieur le Président, très bonne question. Merci pour votre réponse. Je l'aime beaucoup. C'était amusant, au fait. Ma deuxième question est la suivante: Bien sûr, l'ère de la naïveté est terminée, mais comment réagissez-vous lorsque vous apprenez que le chef allemand de la cybersécurité travaille réellement avec les intérêts russes? Quand aurons-nous un nettoyage total de nos institutions qui sont censées protéger et garantir notre sécurité?
Heure des questions à la Commission – Protection des infrastructures critiques de l’Union contre les attaques et lutte contre les attaques hybrides
Merci. Et bonjour, vice-président. J'ai une question sur les attaques, mais vous avez déjà répondu. Ma question portera donc sur l'argent. Je veux dire, comment pouvez-vous nous dire que ce qui s'est passé avec l'Allemagne et le stockage stratégique de gaz détenu par Gazprom ne peut plus se produire? Et que faisons-nous des investissements de Huawei, par exemple, dans les infrastructures critiques? Existe-t-il un plan pour remédier au fait que de telles entreprises ne peuvent avoir leur mot à dire dans notre infrastructure? Et deuxièmement, qu’y a-t-il dans ce train de mesures de défense de la démocratie que le président de la Commission est venu annoncer devant le Parlement? Nous étions tous très heureux à ce sujet. Mais que comptez-vous y ajouter pour faire en sorte que les infrastructures essentielles pour les démocraties – comme, par exemple, le Parlement belge, qui n’a pas pu réellement tenir de débat sur les Ouïghours – ne soient plus attaquées? Quel type de sanctions, quel type de protection?
Résultat de l’examen par la Commission du plan d’action en 15 points sur le commerce et le développement durable (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Vice-président, enfin, enfin, nous commençons à remettre les choses à l'endroit et à cesser de confondre la fin et les moyens. Car oui, le commerce est un moyen et non une fin. Il doit servir un but plus grand que lui, à commencer par le développement durable. La Commission semble avoir partiellement entendu le message que nous essayons de porter et nous pourrons donc demain sanctionner la violation de l'accord de Paris ou des droits sociaux par nos partenaires commerciaux. Vous ne respectez pas vos engagements de réduction d'émissions, vous violez les libertés syndicales, nous rétablissons les droits de douane. Mettre notre puissance commerciale au service de nos principes et de nos intérêts stratégiques, voilà la voie à suivre. Cette approche doit désormais prévaloir dans toutes les négociations en cours et dans tous les accords déjà négociés. Mais nous devons aller plus loin, insérer par exemple les clauses miroirs dans tous nos accords pour favoriser l'adoption de nos standards en matière agricole, pour mettre fin à la concurrence déloyale et ancrer nos professions de foi écologique dans les faits. Une rupture avec 40 années de laisser-faire, laisser-passer s'esquisse. Ce n'est qu'un début, chers collègues, à nous de transformer l'Union et son marché en puissance normative globale.
Lutter contre la propagande anti-européenne et anti-ukrainienne des acolytes européens de Poutine (débat d'actualité)
Monsieur le Président, Monsieur le Vice-président, Monsieur le Ministre, chers collègues, ils se disent patriotes et servent un tyran étranger. Ils s'appellent les chercheurs de la vérité et relaient les fake news les plus grossières. Ils se réclament d'Orwell et vident les mots de leur substance, abolissent le principe de non-contradiction. Ils, ce sont les supplétifs numériques, politiques, médiatiques de Poutine. Ils ne sont pas à Kherson ou à Donetsk. Non, ils sont dans leur salon ou sur nos plateaux de télévision. Mais ils participent eux aussi à l'effort de guerre russe en niant ses crimes et en relayant ses mensonges. Ils sont souvent d'extrême droite, comme Matteo Salvini ou Marine Le Pen, mais pas toujours. Ils viennent parfois aussi de la gauche, comme Ségolène Royal, ou de la droite comme Silvio Berlusconi. En temps de paix, ce sont des menteurs ou des idiots utiles. En temps de guerre, ce sont des complices de l'ennemi. Chers collègues, disons-le enfin clairement, cette guerre n'a pas commencé le 24 février 2022 et elle ne se limite pas aux frontières de l'Ukraine. Cette guerre ne vise pas simplement Kiev, Kharkiv ou Kherson. Cette guerre dite hybride vise nos démocraties. Depuis de longues années, le régime russe mène une guerre hybride contre nos démocraties en jouant sur leur vulnérabilité, en cherchant d'un côté à affaiblir leurs défenses immunitaires via la corruption de leurs élites et de l'autre à les plonger dans le chaos en soutenant populistes et complotistes. Au sein de la commission spéciale sur les ingérences étrangères que j'ai l'honneur de présider, nous avons analysé, disséqué cette guerre que nos dirigeants n'ont longtemps pas voulu voir. Cette guerre abolit les différences entre le virtuel et le réel, le dedans et le dehors, la politique étrangère et la politique intérieure. Il est temps de se hisser au niveau du péril qui nous fait face. Alors que l'UE estimait, avant l'invasion de l'Ukraine, le financement russe de la désinformation à 1 milliard d'euros et les ressources humaines mobilisées à plus d'un millier de pleins temps, l'Union, elle, ne dispose actuellement que d'un budget de 11 millions d'euros et de 41 agents pour répondre à cette menace. Nous devons investir massivement dans la veille, la détection, la riposte aux attaques venant de Russie. Prenons au mot la présidente de la Commission devant le Parlement. Nous ne laisserons aucun cheval de Troie lancé par une autocratie attaquer nos démocraties de l'intérieur. Il faut agir maintenant. Nous n'avons pas le choix. Nous n'avons pas le droit d'offrir à Poutine la victoire chez nous que les Ukrainiens lui refusent chez eux. L'enjeu n'est pas simplement la liberté de l'Ukraine, c'est la nôtre.
Statut et financement des partis politiques européens et des fondations politiques européennes (débat)
Madame la Présidente, Madame la Vice-Présidente, chers collègues. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé hier ici même un grand pacte pour la défense de la démocratie. C’est ce que nous demandons dans la commission spéciale sur l’ingérence étrangère depuis longtemps déjà. Il est urgent de prendre la mesure du péril et de renforcer nos démocraties. Ce texte y participe. Les partis politiques européens et les fondations européennes sont des acteurs clés de notre vie démocratique et à ce titre, je me réjouis que la révision de leur statut et de leur financement vise à garantir leur meilleure visibilité, à simplifier les procédures administratives et à faciliter leur participation dans certaines campagnes nationales. Néanmoins, je tiens à vous alerter sur un point précis: la possibilité de financement via des contributions provenant de pays membres du Conseil de l’Europe pose problème. Elle met l’Union européenne dans une position de dépendance vis-à-vis d’autres institutions et envoie un signal dangereux aux États membres auxquels nous demandons de réviser leur loi électorale afin d’interdire les financements étrangers de la vie politique. Donc attention et alerte.
Violations des droits de l’homme dans le contexte de la déportation forcée de civils ukrainiens et de l’adoption forcée d’enfants ukrainiens en Russie
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, souvenez-vous du théâtre de Marioupol devant lequel les habitants avaient écrit en gros le mot «» («Enfants»), espérant un soupçon d’humanité de la part de leurs bourreaux. Souvenez-vous que l’armée russe a bombardé quand même. Gardez en tête que les enfants ukrainiens sont donc des cibles de la guerre russe, comme l’étaient hier les enfants syriens et avant-hier les enfants tchétchènes. Gardez en tête que des dizaines et des dizaines de milliers d’enfants ukrainiens ont été déportés en Russie et que nombre d’entre eux ont été adoptés de force pour être russifiés. Et alors vous comprendrez que Poutine n’est pas simplement un autocrate dangereux et dur, c’est un criminel contre l’humanité. Que sa guerre n’est pas simplement une guerre, mais la tentative d’anéantir une nation. Que tous les politiciens ou commentateurs européens qui relaient ici sa propagande se rendent complices de ses crimes. Et qu’il y a une place pour lui devant un tribunal pénal international, dans une cellule, et une place pour eux, ses valets européens, dans les poubelles de l’histoire.
Arrestation du cardinal Zen et des administrateurs du Fonds de secours 612 à Hong Kong
Madame la Présidente, chers collègues, oser garder la tête levée quand tout vous pousse à courber l’échine: voilà ce qu’est le courage. Le cardinal Zen, à 90 ans, est aujourd’hui le visage et le nom de la dignité humaine, et avec lui Jimmy Lai, Joshua Wong et des centaines d’autres. À Hong Kong, la liste des prisonniers politiques s’accroît chaque jour, les cellules sont pleines et les procès fantoches se succèdent. Collusion avec une puissance étrangère, incitation à la subversion, apologie du terrorisme, conspiration en vue de distribuer une publication séditieuse: Pékin criminalise le moindre désir de liberté. Le Parti communiste chinois entend édifier à Hong Kong le premier hub mondial pour les services bancaires et financiers. Il le fait sur le cimetière des espérances démocratiques d’un peuple. Nos propres marchés financiers, nos banques, nos multinationales agissent en complices. Il est temps de mettre fin à ces complicités, de soutenir les démocrates de Hong Kong, y compris en envoyant des observateurs à chacun de leurs procès, et de faire écho dans cette enceinte à leur slogan: «Liberate Hong Kong, revolution of our times».
Les relations du gouvernement russe et des réseaux diplomatiques russes avec des partis extrémistes, populistes, anti-européens et certains autres partis politiques européens dans le contexte de la guerre (débat)
Madame la Présidente, Madame la Vice-présidente, chers collègues, au sein de la commission spéciale sur les ingérences que j’ai l’honneur de présider, nous avons travaillé depuis deux ans sur le «comment». Il est temps aujourd’hui de se poser la question du «pourquoi». Pourquoi Vladimir Poutine parraine-t-il des mouvements d’extrême droite partout en Europe? Pourquoi ses réseaux soutiennent-ils à la fois des panafricanistes anti-occidentaux et des suprémacistes blancs occidentaux, les indépendantistes catalans les plus radicaux et les nationalistes espagnols les plus virulents? Pourquoi les milices de Kadyrov, qui exaltent le djihad contre l’Europe, sont-elles soutenues de la même manière que les mouvements les plus antimusulmans au cœur même de nos cités? Pourquoi ces contradictions apparentes? Pourquoi les chaînes de propagande russes filment-elles le moindre incident dans nos pays comme s’il s’agissait du début d’une guerre civile? Pourquoi le Kremlin utilise-t-il l’arme du blé pour faire planer le spectre de la famine en Afrique? Pourquoi les hackers russes attaquent-ils nos hôpitaux en pleine pandémie? Il est vital de répondre à ces questions. Nous sommes engagés malgré nous dans une confrontation qui sera longue et brutale. Et pour comprendre l’ambition et la stratégie de l’adversaire, nous devons sortir de nous-mêmes, abandonner les clichés sur le joueur d’échecs et cesser de croire que nos ennemis raisonnent de la même manière que nous. Nous aurions été moins surpris par le retour de la guerre sur le sol européen si nous avions lu, écouté, analysé les textes et les discours des dirigeants russes depuis 20 ans. Nous aurions compris alors qu’ils se sentent, eux, engagés dans une lutte à mort contre nos démocraties. Nous aurions été moins surpris si nous avions lu attentivement les récits de M. Sourkov par exemple, le polytechnologiste de Poutine, longtemps en charge de sa politique ukrainienne, et en particulier sa nouvelle «Sans ciel»: c’est l’histoire d’un peuple dont le ciel est littéralement tombé, qui vit dans la forêt et qui rêve de prendre sa revanche sur les habitants de la ville voisine – métaphore limpide de l’Union européenne –, non pour jouir de ses richesses, mais pour la plonger dans le chaos. Oui, la stratégie mise en place par Poutine, Sourkov et les dirigeants russes a un nom: c’est la stratégie du chaos. Peu importent les pertes et les contradictions, ce qui compte, c’est de propager le trouble. Le pari de Poutine est simple: nous ne saurons pas vivre dans le chaos et nous céderons. Alors, arrêtons de rêver à un retour à la raison et préparons-nous à l’hiver qui arrive. Il n’y aura pas de paix, chers collègues, tant que les ingénieurs du chaos ne seront pas défaits.
Nouvel instrument commercial visant à interdire les produits issus du travail forcé (débat)
Monsieur le Président, Madame, chers collègues, un crime contre l'humanité hante nos armoires et nos magasins depuis de trop longues années. La déportation et la réduction en esclavage du peuple ouïghour. Quand vous achetez une chemise Zara ou une paire de Nike, vous pouvez vous retrouver lié sans le savoir, sans le vouloir, au système concentrationnaire chinois. Pourquoi? Parce qu'il n'existe en Europe aucune loi, aucun instrument pour empêcher l'importation des produits du travail forcé. Parce que notre marché est ouvert aux quatre vents et que rien ne vient contrarier l'avidité de multinationales prêtes à tout pour dégager leurs marges faramineuses et verser leurs dividendes délirants. Le moment est venu de tourner pour de bon la page de l'irresponsabilité et de l'impunité. En ce jour, nous, représentants des citoyennes et des citoyens d'Europe, nous envoyons un message clair aux exploiteurs les plus cupides. Vous allez désormais devoir respecter des règles. Ce vote est le résultat de plusieurs années de mobilisation. Il a été rendu possible par le courage de centaines de milliers de citoyennes et citoyens européens. L'exigence que ces jeunes de France et d'ailleurs ont formulé à notre endroit est simple, basique: permettez-nous de nous habiller, de nous déplacer, de téléphoner sans être complices de crimes. Osez, osez affronter les lobbies et les tyrans. Soyez enfin dignes de la mission que nous vous avons confiée. Notre résolution, si largement soutenue, dessine un instrument simple et efficace pour bannir les produits de l'esclavage du marché européen. Un jour prochain, les douaniers du Havre ou de Rotterdam saisiront donc des cargos venus de Chine ou d'ailleurs et bloqueront les produits du travail forcé avant qu'ils n'arrivent dans nos magasins et dans nos armoires. Jusqu'à ce jour, nous ne lâcherons rien. Nous serons dignes de notre mission. Et enfin, enfin, nous oserons affronter la cupidité de ces multinationales qui pensent pouvoir jouir sans fin d'un monde sans règles.
La situation des droits de l'homme dans le Xinjiang, notamment les dossiers de police du Xinjiang
Madame la Présidente, chers collègues, nous nous sommes tous demandé un jour ce que nous aurions fait dans l’Europe des camps, en 1942, ou dans l’URSS du goulag de 1947. À ces questions, léguées par l’histoire, nous ne pouvons répondre. Mais il est d’autres questions auxquelles nous pouvons et devons répondre. Que faisons-nous aujourd’hui face aux camps de notre temps? Que faisons-nous face à la déportation du peuple ouïghour? Que faisons-nous face aux «Xinjiang Police Files» et à ces milliers de visages de victimes sortis des ténèbres concentrationnaires? Que faisons—nous face au regard de Rahile Omer, jeune fille d’à peine 15 ans enfermée et torturée dans un camp chinois? Le moment est venu pour nous de répondre, de briser le silence qui permet le crime, et de nommer enfin le mal, comme le fait cette résolution: esclavage, crimes contre l’humanité, risque sérieux de génocide. De dire, donc, et d’agir, en sanctionnant les principaux responsables du crime, en bannissant de nos marchés les produits de la réduction en esclavage d’un peuple. L’Histoire nous regarde et nous juge. Soyons enfin à la hauteur des principes que nous prétendons défendre.
La lutte contre l'impunité des auteurs de crimes de guerre en Ukraine (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire. Viols systématiques, civils ligotés et abattus en pleine rue, tortures, hôpitaux et écoles rasés... La stratégie de la terreur des soldats russes en Ukraine est sans limites. Pourquoi se gêneraient-il? L’impunité existe depuis 20 ans: impunité face aux crimes commis en Tchétchénie, impunité face aux crimes commis en Syrie, impunité face aux crimes commis en Russie même, impunité face aux crimes commis en Géorgie. L’impunité a transformé les massacres de l’armée russe en norme. Il est temps de briser cette impunité, de mettre fin à cette impunité. La justice, ce n’est pas simplement ce que l’on doit aux victimes: c’est prévenir les crimes de demain. Et donc, c’est aussi empêcher la tentation – qui fait jour dans certaines capitales – d’envisager un retour au «business as usual» après la guerre. On ne discute pas, on ne festoie pas, on ne s’allie pas avec des criminels de guerre et des criminels contre l’humanité. La place de Vladimir Poutine est devant un tribunal, pas à Brégançon.
L'impact de la guerre contre l'Ukraine sur les femmes (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, «toi t’es trop moche. On va te laisser vivre pour que tu racontes à tout le monde». Voilà ce que les soudards de Poutine ont dit à une adolescente de 17 ans, après avoir violé sa mère et sa petite sœur de quinze ans sous ses yeux pendant des jours et des nuits et les avoir tabassées à mort. Pourquoi ses bourreaux l’ont-ils laissée vivre pour qu’elle parle? Parce que le viol systématique des femmes ukrainiennes n’est pas qu’un accès de barbarie, c’est une stratégie de la terreur. Il ne fait pas qu’assouvir la pulsion abjecte du guerrier, il est la guerre elle-même aux yeux de ces fascistes. Cela fait 20 ans que le viol des femmes est au cœur de la terreur poutinienne, depuis la Tchétchénie. Humilier, profaner, souiller le corps des femmes pour briser la résistance d’un peuple, casser l’Ukraine en violant les Ukrainiennes. Lorsque nous nous sommes rendus à Boutcha, nous avons vu, nous avons entendu et nous nous sommes fait une promesse: tout mettre en œuvre pour que justice soit faite. Les bourreaux doivent payer et il faut systématiser les mécanismes de documentation et de collecte des témoignages. Nous demandons aussi la mise en place par l’Union de programmes de soutien cliniques et psychologiques, car le viol se poursuit dans les souffrances infinies de la victime. Enfin, alors qu’un très grand nombre de réfugiées ukrainiennes sont accueillies par la Pologne, la Commission doit faire en sorte que les victimes puissent avoir accès à tous leurs droits fondamentaux, y compris l’avortement. Chers collègues, les femmes ukrainiennes sont aujourd’hui des cibles, elles sont aussi au cœur de la résistance. Et je veux conclure en me faisant l’écho des propos de Ludmila, que j’ai rencontrée à Irpin et qui commande un bataillon de volontaires, aujourd’hui sur le front de l’Est: «Nous avons besoin de médecins, de juges, d’accueil des réfugiés, de votre écoute, de vos élans de solidarité, mais nous avons surtout besoin d’armes pour nous défendre.» Pour que les bourreaux ne l’emportent pas, la première chose à faire est d’aider celles et ceux qui leur résistent.
Informations faisant état de la persistance des prélèvements d'organes en Chine
Madame la Présidente, chers collègues, «Halal organs». La première fois que j’ai entendu cette expression dans la bouche d’un médecin ouïgour contraint de participer à des prélèvements forcés d’organes sur des fusillés, je n’ai pas compris. Il m’a dit: «les riches clients du Golfe demandent des organes halal. Ils sont ensuite prélevés sur les déportés musulmans. C’est la loi de l’offre et de la demande». C’était en 2020. Je lui ai demandé de répéter dix fois cette phrase, tant l’horreur paraît inconcevable. Et pourtant, les témoignages, les enquêtes mettent en cause un système de trafic d’organes. Les prélèvements forcés ont d’abord visé les Falun Gong, puis les prisonniers de conscience, et ce sont maintenant les Ouïgours qui en sont victimes. Tout s’achète et tout se vend, au pays du Parti communiste chinois. Les acheteurs, eux, viendraient d’Amérique du Nord, du Moyen-Orient et d’Europe. Ce crime contre l’humanité, il nous faut le mettre en lumière. Nous exigeons donc la transparence totale des autorités chinoises. Nous exigeons de mettre fin au tourisme de transplantation, de réévaluer toute coopération hospitalière avec les établissements chinois et de sanctionner les responsables impliqués dans ce trafic. Devant de tels crimes, chacun doit choisir son camp. Le mien sera toujours celui des prisonniers de conscience et des déportés ouïgours.
Coopération et similitudes entre le régime de Poutine et les mouvements d'extrême droite et séparatistes en Europe (débat d'actualité)
Madame la Présidente, Madame la Vice-présidente, chers collègues, les corps gisants de Boutcha, le martyre de Marioupol, les femmes violées, les enfants suppliciés, les civils exécutés: voilà le vrai visage du poutinisme. Le visage d’un mal que, depuis 20 ans, nos dirigeants n’ont pas voulu voir, nommer et combattre à nos frontières et au cœur même de nos cités. Aujourd’hui, la guerre en Ukraine nous oblige à ouvrir les yeux. Le moment est si grave et si décisif qu’il serait suicidaire de voiler la vérité. Et la vérité, c’est que des forces politiques européennes ont choisi depuis des années le camp d’un régime qui s’est donné comme mission d’affaiblir, de déstabiliser, d’ébranler nos démocraties. La vérité, c’est qu’une internationale d’extrême droite a trouvé en Poutine son patron, son financier et son modèle. La vérité, c’est que des leaders politiques français, autrichiens, allemands, qui passent leur temps à donner des leçons de patriotisme, ont fait le choix de servir un tyran étranger, hostile aux principes et aux intérêts de nos nations et de l’Europe tout entière. La vérité, c’est que nous avons trop souvent baissé la tête face à ces patriotes de pacotille et que nous devons, désormais, les regarder sans ciller dans les yeux et les affronter sans relâche. La vérité, chers collègues, c’est qu’en France, une candidate à la présidence de la République doit des millions d’euros à des oligarques proches du Kremlin et qu’elle est l’obligée des ennemis de la démocratie européenne. Oui, la vérité, c’est que Marine Le Pen s’est vendue à Vladimir Poutine, il y a longtemps déjà, et qu’elle peut, demain peut-être, devenir présidente de la France. Cette vérité, aucun tour de passe-passe ne doit la faire oublier. Au lendemain de l’invasion, le Rassemblement national a tenté de faire disparaître 1,2 million de tracts. Pourquoi? Parce qu’ils contenaient une photo la montrant, tout sourire, serrer la main de Vladimir Poutine. Mais il y a d’autres photos. Il y a les embrassades avec Rogozine, il y a les accolades avec Narychkine. Oui, vous savez, Narychkine, le chef du SVR – les services de renseignement extérieur russe –, qui fut humilié par le tsar dans cette scène surréaliste peu de temps avant la guerre. C’est cet homme qui gère en direct la famille Le Pen, tante ou nièce, pour le Kremlin, depuis plus de dix ans. Et on ne compte plus, autour des Le Pen, les serviteurs des intérêts russes, ceux qui sont passés dans cette enceinte, ceux qui y sont encore, Messieurs Schaffhauser, Chauprade, Mariani, Lebreton. Ces liens étroits avec Moscou ne sont en rien une spécificité française. Ils se retrouvent dans tous les partis d’extrême droite européens – AfD, Lega, FPÖ, Vox –: pas étonnant que ces prétendus souverainistes n’aient jamais eu un mot pour condamner les attaques russes contre notre souveraineté. Pas un mot pour dénoncer les cyberattaques contre nos hôpitaux en pleine pandémie. Pas un mot pour condamner les assassinats d’opposants sur notre sol par les services russes. Pas un mot pour stigmatiser les attaques des mercenaires de Wagner contre la France sur le continent européen. Le parti de l’étranger, comme ils disent, c’est eux. Les collabos, comme ils disent, ce sont eux. Ne soyez pas surpris, c’est une tradition. Joseph de Maistre publiait jadis ses brûlots contre-révolutionnaires depuis Saint-Pétersbourg et les maudits de la collaboration française dissertaient sur la France juive à Sigmaringen. Que ce soit en russe ou en allemand, notre extrême droite parle toujours la même langue étrangère à la démocratie, celle des autocrates. Chers collègues, la vérité est parfois douloureuse, mais nous n’avons d’autre choix que de la dire jusqu’au bout. Pour être crédibles dans notre combat contre Poutine et ses affiliés européens, il nous faut aussi faire le ménage dans nos propres rangs, à gauche comme à droite. Les sociaux-démocrates ont Gerhard Schröder, les conservateurs, François Fillon, les libéraux Esko Aho. Mais nulle part ailleurs qu’à l’extrême droite cette corruption, cette soumission au régime de Poutine n’est devenue un projet politique et idéologique. Alors, nous ne pouvons plus louvoyer. Nos États et nos institutions doivent interdire d’urgence les financements étrangers et les dons anonymes aux partis et fondations politiques; imposer la transparence intégrale des financements des ONG et des associations qui alimentent le débat public; mettre en lumière et briser les liens qui unissent les oligarques russes sanctionnés par l’Union européenne et les responsables politiques européens. Nos démocraties ont trop longtemps péché par faiblesse, paresse, indolence, corruption. Barrer la route de Poutine en Ukraine et celle de ses valets dans nos propres pays, c’est un seul et même combat. Le combat pour la liberté et la démocratie en Europe, je n’en vois pas aujourd’hui de plus sacré ou de plus pressant. Menons-le ensemble jusqu’au bout.
Résultat du sommet UE-Chine (1er avril 2022) (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Haut représentant, chers collègues, nous n’avons pas obtenu le moindre soutien de Pékin contre l’invasion de l’Ukraine. Mais comment en aurait-il pu être autrement? Pourquoi donc un régime qui parque les Ouïghours dans des camps, entend vassaliser ses voisins et nous considère comme des adversaires stratégiques nous aiderait-il à stopper un régime qui massacre les Ukrainiens, entend vassaliser ses voisins et nous considère comme des adversaires stratégiques? Les idées comptent, et la nature des systèmes politiques aussi. Alors, il est temps d’assumer les rapports de force qui nous sont imposés: de ne plus dépendre de l’énergie russe, donc, mais aussi de ne plus dépendre autant de l’appareil productif chinois; temps de ne plus se laisser déstabiliser, attaquer ou acheter sans réagir; temps de rappeler à nos élites le devoir de loyauté minimal qu’elles doivent à nos pays et à nos institutions; temps d’alerter nos anciens dirigeants qui sont partis servir Huawei qu’ils connaîtront tôt ou tard l’opprobre de ceux qui sont partis servir Gazprom. Face à Poutine ou Xi Jinping, nos principes et nos intérêts stratégiques se rejoignent, ils ne s’opposent pas. Et la meilleure des manières de dissuader la Chine d’envahir un jour Taïwan, eh bien, c’est de faire perdre Poutine en Ukraine.
Débat avec Kaja Kallas, Première ministre de l'Estonie - Le rôle de l'Union dans un monde en mutation et la situation en matière de sécurité en Europe à la suite de l'agression et de l'invasion de l'Ukraine par la Russie (suite du débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Haut Représentant, l’avenir de l’Europe se décide dans les ruines de Marioupol et de Kharkiv, dans les rues de Kiev et d’Odessa. Si nous n’arrêtons pas Poutine en Ukraine, nous ne connaîtrons plus la paix sur notre continent. Alors, nous n’interviendrons pas militairement, mais nous pouvons faire bien plus que ce que nous faisons aujourd’hui. Chaque jour, nous finançons à hauteur de plus de 600 millions d’euros la machine de guerre qui rase des villes et des villages. Chaque jour, nos importations de gaz et de pétrole permettent de détruire des écoles et des hôpitaux. Alors il est temps d’y mettre fin. Oui, cette décision coûtera à nos nations, mais nos États ont les moyens de faire face, d’aider les ménages, de mettre à contribution les géants de l’énergie. Le «quoi qu’il en coûte» de la pandémie vaut pour la paix et la liberté en Europe. Si le prix de l’inaction est élevé, celui de l’action, eh bien! nous pouvons le relever. Chers collègues, la politique, en dernière instance, c’est cette question: savoir quel prix une cité est prête à payer pour sa liberté et sa souveraineté. De la réponse que nous apporterons collectivement à cette question dépend l’avenir de l’Ukraine, mais aussi l’avenir de l’Europe.
Ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne (débat)
Madame la Vice-Présidente, Madame la Ministre, Monsieur le Haut-Représentant, permettez-moi d’abord de saluer et de remercier le travail de Mme la rapporteure Kalniete et de tous les membres de la commission que j’ai l’honneur de présider depuis 18 mois. Nous avons montré que la défense de la démocratie n’était pas une affaire de gauche ou de droite et que cela transcendait l’ensemble des clivages politiques. Chers collègues, pendant 20 ans, biberonnées au mythe de la fin de l’Histoire, convaincues de ne plus avoir d’ennemis, les élites européennes ont fait preuve d’une naïveté confondante. Elles n’ont pas vu, elles n’ont pas voulu voir ce que Poutine faisait à nos portes, en Tchétchénie, en Géorgie, en Ukraine. Plus incroyable encore, ces mêmes élites intellectuelles, politiques, culturelles n’ont pas vu, n’ont pas voulu voir ces attaques au sein même de nos nations, au cœur de l’Union européenne. Il est des moments dans l’Histoire où l’indolence confine à la trahison. Voilà pourquoi nous avons demandé, au premier jour de ce mandat, la création de cette commission spéciale sur les ingérences étrangères dans nos démocraties. La démocratie est notre trésor commun et ce trésor est aujourd’hui attaqué. Depuis 18 mois, d’audition en audition, d’étude en étude, nous avons analysé toutes les formes que revêtent ces attaques: financement de partis politiques hostiles à l’Union européenne et présents ici, cyberattaques, campagnes de désinformation, investissements dans les infrastructures stratégiques, capture des élites et espionnage... Ces attaques n’ont rien d’épisodique. Elles sont systématiques et nous plongent dans un entre-deux. Nous ne sommes pas en guerre, mais nous ne sommes plus en paix non plus. Elles brouillent toutes les frontières qui, jusqu’ici, structuraient notre pensée. Il n’y a plus de séparation désormais entre politique étrangère et politique intérieure, entre le dedans et le dehors. La conflictualité que nous voulions tant fuir se retrouve partout et nous n’avons d’autre choix que de l’assumer. Notre responsabilité est immense et la révolution mentale qui s’impose, gigantesque. J’enjoins donc à la Commission de se saisir immédiatement des recommandations formulées dans ce rapport: harmonisons les lois électorales et interdisons les financements étrangers pour les partis et formations politiques, traquons les citoyens prête-noms et les sociétés-écrans, investissons massivement dans notre cybersécurité et sanctionnons bien plus durement les États qui coordonnent les attaques contre nos institutions, imposons des responsabilités aux plateformes numériques, construisons un système pérenne de protection de l’espace informationnel européen. Faisons-le vite. Et surtout, traquons cette corruption qui a miné nos cités. Comment a-t-on pu tolérer que nos ministres, nos chefs de gouvernement, aillent travailler pour les intérêts russes et chinois? Comment a-t-on pu tolérer, par exemple, que, de Gerhard Schroeder à Marion Scheller, ceux qui ont décidé de la politique énergétique allemande pendant des années deviennent des employés de Gazprom? Il est temps de redonner à nos démocraties la force et la vertu sans lesquelles nous périrons.
Relations UE-Russie, sécurité européenne et menace militaire de la Russie contre l'Ukraine (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, Elina avait 20 ans fin 2013. Étudiante en philosophie, elle fut l’une des premières à descendre dans la rue, un drapeau européen dans les mains, pour lancer la révolution. Andreï avait 25 ans, et il était DJ. Je l’ai vu, début 2014, un bouclier en fer attaché au bras, affronter les balles des snipers. Vouloir être libre, aspirer à rejoindre la famille des démocraties européennes: voilà l’unique crime d’Elina et d’Andreï, voilà l’unique crime du peuple ukrainien, voilà pourquoi la Crimée fut annexée et le Donbass occupé, voilà pourquoi 130 000 soldats russes sont actuellement massés aux frontières et menacent de faire basculer notre continent dans la guerre; parce qu’une nation européenne entend vivre libre en Europe. Nous doutons souvent de nous-mêmes et de nos démocraties; mais écoutons, regardons la jeunesse ukrainienne, et nous saisirons le sens profond de nos cités, la valeur de cette Union que nous essayons pas à pas de construire. C’est aujourd’hui à Kiev que l’on comprend le mieux ce qu’être européen veut dire.
Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, chers collègues, combien de temps allons-nous tolérer que les tyrans dépensent chez nous l’argent qu’ils volent à leur peuple? Combien de temps allons-nous laisser les brigands de Vladimir Poutine jouir de leurs villas sur nos côtes, de leurs chalets dans nos montagnes, de leurs yachts dans nos ports? Alexandre Babakov, vice-président de la Douma, est l’un des membres les plus pauvres du Parlement russe, selon les déclarations officielles de patrimoine. Il possède pourtant un appartement luxueux à Paris et un château dans les Yvelines. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, collectionne les appartements dans les arrondissements les plus chics de la capitale française. Denis Popov, procureur général de Moscou, multiplie les résidences sur la Costa Brava comme des petits pains. La liste est longue. Alpes, Côte d’Azur, Sardaigne, Marbella, Paris, Berlin… Tous ces grands pourfendeurs de la décadence européenne aiment nos plages et nos pistes de ski. À nous donc de leur montrer qu’on ne peut pas faire la guerre à nos portes et faire mouiller son yacht dans nos ports. Chers collègues, la lutte contre la corruption est une priorité affichée de notre politique étrangère. Mais cela ne fonctionnera pas tant que nous accueillerons ici l’argent volé là-bas, tant que nos banques offriront l’asile au butin des pillards, tant que les États membres vendront une nationalité européenne au premier oligarque venu, tant que nos dirigeants négocieront leur retraite dorée avec Gazprom ou avec Huawei. Chers collègues, nous exigeons dans ce rapport la cohérence la plus basique. Nous demandons une législation européenne sur la confiscation et la restitution des biens mal acquis. Nous demandons un mécanisme de sanctions ciblées contre les coupables de grande corruption. Nous demandons des règles communes mettant fin à la trahison de ces dirigeants qui, de Schröder à Fillon, se vendent à des intérêts étrangers hostiles. Nous demandons, en un mot, du courage. Voilà ce qui nous rendra puissants.
Droits de l’homme et démocratie dans le monde – rapport annuel 2021 (suite du débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Haut Représentant, chers collègues, «Words, words, words…», répétait Hamlet. «Des mots, des mots, des mots…» Nous parlons beaucoup des droits humains, mais la question qui se pose à nous est simple: quels intérêts puissants sommes-nous prêts à froisser pour donner à nos mots le poids qui leur manque? Nous condamnons le travail forcé, mais nos multinationales font fabriquer leurs produits par des fournisseurs chinois qui exploitent les esclaves ouïghours. Nous donnons des centaines de millions d’euros à des projets pour la protection de l’enfance, mais nos champions industriels ont recours à des sous-traitants qui envoient des enfants dans des mines au Niger. Nous serons pris au sérieux lorsque nous serons sérieux, et nous serons sérieux lorsque nous mettrons au pas ces multinationales qui foulent aux pieds les principes dont nous clamons la défense. Chers collègues, dans les semaines qui viennent, la législation européenne sur le devoir de vigilance des entreprises nous offre l’occasion unique de transformer nos mots en actes, de montrer que l’impunité des puissants n’est pas une fatalité et de prouver que la défense des droits n’est pas qu’une posture. Nous avons l’occasion d’être fidèles à ce que nous prétendons être. Ne la ratons pas.
Présentation du programme d'activités de la présidence française (suite du débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Président, il est apparemment des crimes trop grands et des criminels trop puissants pour trouver la moindre place dans vos longs discours. Vous avez chanté les droits humains en général, mais vous avez à nouveau ignoré le pire crime contre l’humanité de notre temps: la déportation et l’éradication du peuple ouïghour. Or, que valent les droits humains sans le courage de les défendre? Le courage, c’est de ne pas se taire quand des millions d’êtres humains sont parqués dans des camps. Le courage, c’est d’être fort avec les forts et pas seulement avec les faibles. Le courage, c’est d’affronter les intérêts privés qui, chez nous, nous poussent à la lâcheté. Ces multinationales comme Zara, Nike ou Volkswagen qui bénéficient de la réduction en esclavage d’un peuple. Le courage, c’est de bannir enfin les produits de l’esclavage de nos marchés. Le courage, c’est de se hisser à la hauteur des centaines de milliers de jeunes qui vous exhortent à agir. La seule fois en quatre ans où vous avez évoqué le sort des suppliciés ouïghours, c’était pour dire que la France seule ne pouvait rien et que l’échelle européenne seule permettait un impact. Vous êtes maintenant à la tête de l’Union et... Et toujours rien. Voilà le problème. Les principes, nous les connaissons. Les droits humains, nous les défendons. Ce qui manque, c’est le courage de les porter.
Répression continue à l'encontre de la société civile et des défenseurs des droits de l'homme en Russie: le cas de l'organisation de défense des droits de l'homme Memorial
– Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, Vladimir Poutine a peur. Certes, son pouvoir n’est pas immédiatement menacé. Certes, il contrôle les armes, l’argent, les médias, les fonctionnaires. Mais il aura peur tant que des consciences libres existeront en Russie. Et là, il a peur de Memorial, peur du droit et de la vérité, peur de chaque lumière qui éclaire la nuit sale des voleurs et des tueurs. Et lorsque les tyrans ont peur, c’est-à-dire, au fond, chaque jour de leur vie, ils répriment et ils assassinent. Natalia Estemirova, une héroïne de notre temps, enquêtait pour Memorial sur les crimes innombrables commis en Tchétchénie. Elle a été abattue en 2009. Oyoub Titiev et Iouri Dmitriev ont été embastillés, et maintenant Oleg Orlov et Svetlana Gannouchkina risquent la prison ou l’exil. Ce sont mes modèles, comme l’était Anna Politkovskaïa, mon amie, tuée dans son hall d’immeuble le jour de l’anniversaire de Poutine. Chers collègues, le sens premier de cette résolution de soutien à Memorial, c’est de rappeler à l’Europe et au monde ce qu’est le courage. Défendre à Grozny des adolescents torturés dans les geôles de Kadyrov ou porter plainte à Moscou contre les mercenaires du groupe Wagner, l’armée secrète de Poutine, pour des crimes commis en Syrie: voilà ce qu’est le courage. Memorial est le nom de la Russie que nous aimons, que nous admirons, un nom qui rappelle que nous ne combattons pas une nation, mais un régime. Alors offrons à la société russe notre aide, offrons aux exilés notre soutien et frappons ce régime de pillards là où bat son cœur, c’est-à-dire au portefeuille. Ceux qui jettent des héros en prison, pillent leur peuple, persécutent les minorités, foulent au pied nos principes et nos intérêts ne doivent plus pouvoir jouir de leur villa sur la Côte d’Azur ou de leur chalet à Courchevel. C’est aussi simple que cela, parfois, la politique. La solidarité avec les victimes passe par la saisie des yachts et des comptes en banque des bourreaux. Chers collègues, le temps est venu pour nous d’avoir ne serait-ce qu’un centième du courage des membres de Memorial.
Situation à la frontière ukrainienne et dans les territoires de l'Ukraine occupés par la Russie (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, mes chers collègues, j’avais prévu un discours, mais il ne sert plus à rien parce qu’après avoir entendu M. Mariani et M. Krah, l’extrême droite française et l’extrême droite allemande, il est temps de venir dire ici à quel point on en a marre. On en a marre de voir ces idiots utiles du Kremlin venir débiter les éléments de propagande de la Russie à chaque fois. Poutine envahit la Géorgie, c’est de la faute des Géorgiens. Poutine annexe la Crimée, c’est de la faute des Ukrainiens. Poutine menace à nouveau l’Ukraine, c’est encore de la faute des Ukrainiens. Ce n’est jamais de la faute de Vladimir Poutine. En fait, l’extrême droite européenne n’en a strictement rien à faire du droit des nations. Elle se prétend souverainiste et nationaliste, mais cette extrême droite, elle n’est en fait qu’au service de l’internationale financée et parrainée par Vladimir Poutine. Vous n’avez plus le droit de vous définir comme des patriotes: même lorsque Poutine s’ingère dans nos affaires, menace nos démocraties, attaque nos hôpitaux, vous le défendez. Vous préférez finalement les intérêts de la Russie à ceux de l’Europe. Un jour, les électeurs comprendront et vous le feront payer.