Répressions exercées par le gouvernement chinois sur les protestations pacifiques en République populaire de Chine
Madame la Présidente, «nous allons assouplir les restrictions COVID-19» est une bien belle promesse du gouvernement chinois, qui cache en réalité le renforcement de la répression contre toute forme de dissidence. Nous assistons depuis désormais trois semaines à des faits historiques. Historiques par leur masse: des milliers et des milliers de manifestants, que nous soutenons, descendant dans les rues d’au moins 27 villes de Chine. Historiques par leur contenu: nous n’avons pas assisté à une telle manifestation politique en Chine depuis Tian’anmen, avec leurs draps blancs contre la censure et leurs revendications, «Xi Jinping, démissionne!» ou «Nous voulons la liberté.» Dans cette guerre que la Chine dit mener contre la COVID-19, les armes et la répression visent les citoyens chinois. Nous le savons bien: le plus grand ennemi du régime autoritaire de Xi Jinping n’est pas le virus, mais son propre peuple. Or, combien d’autres peuples désirent être libérés du gouvernement chinois? Je pense aux Ouïghours, aux Hongkongais, aux Taïwanais ou encore aux Tibétains. La liste est bien trop longue. Arrêtons enfin ce totalitarisme insupportable. L’Union européenne en a les moyens diplomatiques. Il nous manque malheureusement la volonté politique.
Mise en œuvre du nouvel agenda européen de la culture et de la stratégie de l’Union européenne dans le domaine des relations culturelles internationales (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, bien sûr, nous serons à vos côtés, vous le savez. Nous serons à vos côtés pour encourager, pour travailler, mais aussi pour émettre des critiques constructives, vous le savez, et pour assurer un suivi des actions concrètes. Vous pouvez donc compter sur nous. Pour revenir sur la question, il est évident que nous avons à cœur la protection de l’héritage culturel. Les instruments ne sont pas interdits, ils sont soumis à autorisation en raison de leur caractère potentiellement dangereux. La santé, je crois, vaut bien quelques formulaires. Nous voulons de beaux vitraux, mais en même temps, nous voulons aussi combattre le cancer. L’amendement de Renew répond à deux objectifs, Monsieur Bellamy – ah, il n’est plus là! Il répond à la protection et à la promotion de l’héritage culturel d’un côté, mais il répond aussi à la protection de la santé humaine et de l’environnement de l’autre. Ces deux versants ne sont pas en conflit. Nous pouvons justement avoir l’un et l’autre, alors pourquoi se priver? Quant à nos racines, l’anthropologie et l’histoire le disent: elles sont à trouver en Mésopotamie. Dans l’Antiquité, les Grecs comme les Romains ont construit leur culture grâce aux échanges commerciaux et culturels avec les Phéniciens. Est-ce de ces racines que la droite parle? Je lui pose la question, bien évidemment. Je voudrais par ailleurs rappeler que l’inclusion n’est plus à discuter, elle est une valeur européenne non négociable et n’appartient pas plus à un parti qu’à un groupe politique. Cela me fait sourire, parce que personne au sein du groupe ECR n’a jamais participé aux réunions ni envoyé de commentaires, et, aujourd’hui, leurs préoccupations restent des mots vides d’action – juste une petite vidéo à utiliser… Vous ne faites que critiquer ceux qui travaillent depuis neuf mois sur ce rapport pour faire avancer et exister la question culturelle. Je crois donc que tout est dit dans ce commentaire. Je voudrais finir par remercier toutes celles et tous ceux qui ont participé à ce beau travail exhaustif et ambitieux: tous les rapporteurs fictifs, tous les membres du personnel, toutes les parties prenantes, tous les collègues de la DG EAC et du SEAE, ainsi que la présidence tchèque.
Mise en œuvre du nouvel agenda européen de la culture et de la stratégie de l’Union européenne dans le domaine des relations culturelles internationales (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, chers collègues: «Si c’était à refaire, je recommencerais par la culture.» Cette phrase apocryphe de Jean Monnet résume parfaitement l’esprit de mon rapport. La culture est, et doit continuer à être, au fondement de notre projet européen. La culture nous permet de communiquer, de nous exprimer et de comprendre les autres. Elle est un vecteur d’émotions authentiques et permet de se connaître et de célébrer ensemble nos différences, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières. Après six ans, il était grand temps d’évaluer le succès des politiques culturelles de l’Union, d’évaluer la mise en œuvre de deux axes qui constituent le pilier de ces politiques. Un long travail, qui aboutit aujourd’hui non seulement à une évaluation de ce qui a été fait jusqu’à maintenant, mais aussi à des recommandations fortes et ambitieuses pour relancer et soutenir les politiques culturelles européennes, et surtout pour répondre concrètement aux besoins des acteurs culturels. Il est primordial que nous soyons beaucoup plus attentifs aux besoins des bénéficiaires de nos politiques. L’heure n’est plus à la mise en œuvre d’une politique culturelle de l’urgence, de réponse aux crises ou de gestion de crise. Un seul exemple résume parfaitement cette situation: les conditions de travail et les statuts des employés du secteur culturel, qui restent profondément précaires. Combien de fois devrons nous rappeler que les secteurs créatif et culturel ont souffert de manière insupportable de la crise de la COVID-19? Que devons-nous faire pour vous convaincre ? Je m’adresse spécialement aux membres du Conseil, dont je salue la présence aujourd’hui. Cette pandémie n’a fait que rendre encore plus visibles les problèmes du secteur culturel déjà existants, dont nous avons toutes et tous connaissance depuis des années. Les artistes et les travailleurs du secteur attendent depuis trop longtemps que les États membres prennent des mesures concrètes et législatives pour réglementer leurs conditions de travail. À travers ma voix, le Parlement ne fait que répéter son appel à la création d’un vrai et digne statut des artistes. C’est également l’occasion de mettre en lumière le fait suivant: les problématiques du secteur culturel ne s’appliquent pas seulement aux citoyens de l’Union européenne, et il est très important de le rappeler. Nous parlons constamment du besoin de cohérence entre nos politiques internes et externes. C’est bien, mais les politiques culturelles ne doivent pas constituer une exception. Il n’est plus à démontrer que les approches se fondant sur la culture et la communication interculturelle sont d’une efficacité inégalée pour tisser des liens et pour renforcer nos relations et notre coopération internationales. C’est pour cela que les relations culturelles doivent être au cœur de nos efforts de diplomatie. Qu’il s’agisse des liens indéniables avec la durabilité environnementale, de la protection des monuments et du patrimoine culturel dans les zones de conflits, ou de la lutte contre le trafic illégal d’objets d’art, la dimension internationale de la culture et son rôle sur la scène planétaire ne sont pas à sous-estimer, bien au contraire. Au commencement de ces liens, il est primordial d’accentuer et d’accélérer la restitution des œuvres spoliées. Nous le devons. D’ailleurs, Madame la Commissaire, nous sommes encore en attente de la proposition de la Commission pour le plan d’action de l’Union européenne sur le trafic de biens culturels, pourtant prévue avant la fin de cette année – c’est-à-dire dans dix-huit jours. Un dernier mot sur le plan de travail du Conseil pour la période 2023-2026: nous avons travaillé de façon étroite avec la présidence tchèque, et je me réjouis de voir que les thèmes et les priorités recensés dans mon rapport sont mentionnés dans le plan de travail. Mais je reste encore sur ma faim, désolée. Certes, vous recommandez des démarches pour affronter le problème – échange de bonnes pratiques, partage d’expériences, mise au point des initiatives existantes, etc. – mais à quand les actions? À quand le concret? Je conclurai en soulignant une fois encore l’importance de ce rapport, qui définit et renforce la philosophie et l’approche globale de l’Union européenne et de ses États membres vis-à-vis des politiques culturelles. Cette approche nécessite une forte implication politique et une coordination entre tous les acteurs impliqués, dans nos institutions, et surtout avec nos partenaires sur le terrain: les artistes, les travailleurs du secteur, les instituts culturels, la société civile, les communautés et les populations locales. Investissons davantage dans cette direction. Investissons en matière de moyens financiers et de ressources humaines plus spécialisées et qualifiées. Surtout, engageons-nous politiquement! L’héritage du dernier mandat de la Commission se ressent encore fortement dans le milieu des relations culturelles de l’Union. Je suis sûre, Madame la Commissaire, que je peux compter sur vous pour passer ce message à M. Borrell également. Les secteurs culturel et créatif ne méritent rien de moins que ce que la Commission, le SEAE, les États membres et nous, au Parlement, savons et pouvons faire, si – et seulement si – nous le voulons vraiment. À nous de jouer.
Promotion de la stabilité et de la sécurité dans la région du Moyen-Orient au sens large (débat)
Madame la Présidente, le Parlement européen avait grand besoin d’actualiser sa position sur la situation au Moyen-Orient pour pousser une politique européenne plus cohérente et ambitieuse dans la région. Je me réjouis des passages importants sur les droits humains, les droits des femmes et des communautés LGBT, la liberté de la presse, la nature envahissante des technologies de surveillance de masse, etc. Ces préoccupations primordiales doivent être au cœur des relations de l’Union européenne avec les pays du Moyen-Orient pour promouvoir une stabilité durable et solide dans la région. Stabilité. Qu’est-ce que cela veut dire? Depuis mon arrivée en 2019, je questionne cette stabilité brandie comme un objectif sans que personne n’y entende la même définition, voire une quelconque définition. Je me réjouis d’avoir enfin établi dans cette résolution un lien positif et direct entre la stabilité, d’une part, et la démocratie et le respect de l’état de droit, d’autre part. Et je voudrais souligner que la démocratie va avec l’état de droit. Monsieur le Commissaire, j’espère pouvoir compter sur vous pour mettre véritablement en œuvre une coopération avec les pays de la région basée sur la sécurité des peuples et le respect des droits humains et du droit international.
Solidarité culturelle avec l’Ukraine et mécanisme conjoint de réaction d’urgence pour la relance culturelle en Europe (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, je ne cesserai de le répéter, la culture est essentielle pour tous les peuples. Elle porte des valeurs, un héritage, un patrimoine, des richesses, des identités. Il est donc primordial que l’Union européenne préserve et soutienne la culture, en tout temps et partout, et particulièrement en temps de guerre. Le secteur culturel est toujours l’un des plus touchés par les conflits ou les régimes autoritaires. Cette résolution aborde deux points essentiels. La guerre menée par la Russie en Ukraine est aussi une guerre culturelle qui tente d’éradiquer l’identité et la culture ukrainiennes. Nous devons apporter un soutien massif à la culture et aux acteurs culturels en Ukraine et préserver le patrimoine. Mais nous devons aussi veiller à ce que ce soutien ne se fasse pas au détriment des secteurs culturels européens, dont la situation a empiré avec le COVID. Pour cela, il est essentiel que l’Union apporte une aide ciblée à tous les acteurs de la culture, mais aussi, Madame la Commissaire, un mécanisme européen d’intervention d’urgence et de relance pour soutenir les écosystèmes culturels et créatifs, pour qu’ils ne soient plus victimes de toutes les crises que nous traversons. C’est notre devoir.
Scandale des allocations familiales aux Pays-Bas, racisme institutionnel et algorithmes (débat)
Monsieur le Président, deux points. Premièrement, le racisme, ce fléau laissé à l'exploitation des extrêmes droites. En septembre 2021, la Commission a dévoilé un plan d'action pour lutter contre le racisme. On a vu le plan, pas les actions. Madame Dalli, c'est pour quand les vraies actions? Deuxièmement, le racisme institutionnel et systématique causé ou renforcé par des algorithmes et le profilage ethnique. J'ai alerté avec des collègues, en vain, sur ces risques. La dignité humaine est-telle ce que nous sacrifions sur l'autel du progrès technologique? Aux Pays-Bas, nos craintes et votre inaction se sont concrétisées. Un profilage ethnique basé sur les noms d'origine étrangère a provoqué de fausses accusations de fraude aux allocations familiales contre des milliers de familles qui se sont endettées, sont tombées dans la pauvreté ou ont perdu leur emploi, leur maison, sans compter les 1 000 enfants retirés à leur famille. Que va faire la Commission pour que les Pays-Bas réparent vite ce qui peut l'être encore et compensent l'irréparable et que ça ne se reproduise plus? Je demande ici simplement le respect de l'état de droit en Europe pour tous, indépendamment de l'origine de leur nom, la couleur de leur peau ou leur croyance affichée ou supposée.
Mort de Mahsa Amini et répression des manifestants pour les droits des femmes en Iran (débat)
Monsieur le Président, Mahsa Amini, 22 ans, est morte à Téhéran. Morte de la brutalité de la police des mœurs pour une mèche de cheveux qui dépassait de son foulard. Une onde de choc féministe s'est répandue en Iran et dans le monde, comme en Afghanistan, où les femmes manifestaient aussi. Une révolte menée par les femmes iraniennes, accompagnées d'hommes et d'enfants face à cette dictature qui bafoue leurs droits, les opprime et les tue. Je salue le courage de ces femmes qui revendiquent leur droit à la liberté malgré les intimidations, les agressions, les viols et les assassinats d'État. La brutalité de la répression témoigne évidemment de la peur du régime face à l'ampleur des soulèvements. Nous devons étendre et actualiser les sanctions à l'égard d'officiels du régime qui participent aux violences des droits humains en Iran. L'ONU doit ouvrir une enquête sur les violences et meurtres des manifestantes. Nous sommes et nous devons tous être Mahsa Amini. Pour toutes les femmes qui portent l'espoir d'un nouveau monde, levons-nous pour porter les voix de nos sœurs iraniennes: (l'oratrice utilise un slogan dans une langue non officielle) - Femme, vie, liberté».
Informations faisant état de la persistance des prélèvements d'organes en Chine
Madame la Présidente, le synopsis de ce thriller parlerait de crimes, de marché noir, de trafics, de demandes et d’offres, de pénurie et d’organes. Les acteurs principaux seraient des courtiers d’un genre très particulier, des prisonniers politiques, des riches étrangers cyniques, l’État chinois, des membres des minorités ouïgoure et tibétaine. Attendez, ne sortez pas tout de suite le pop-corn et les boissons fraîches, ce n’est ni une nouvelle série, ni le dernier thriller au box-office. C’est la réalité. C’est dans notre monde et cela se passe aujourd’hui. Un seul chiffre effroyable contient toute la réalité et l’ampleur du trafic d’organes en Chine. En 2000, la Chine déclarait 10 000 donateurs pour 60 000 à 90 000 greffes par an. Beaucoup plus de greffes que de donateurs, comment est-ce possible? La durée moyenne pour recevoir des dons d’organes est mystérieusement de seulement quelques jours ou semaines, alors qu’en Occident, elle est de plusieurs années. L’Europe, main dans la main avec l’ONU, doit intensifier sa lutte contre les trafics d’organes et continuer à mettre la pression sur Pékin pour aller bien plus loin que la simple interdiction officielle. Ces pratiques horribles et indignes doivent cesser. Ne détournons pas le regard. Nous sommes déjà comptables car nous savons aujourd’hui.
Utilisation du logiciel Pegasus par les États membres de l'Union contre des personnes, parmi lesquelles des députés européens, et violation des droits fondamentaux (débat d'actualité)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, nous avions l’habitude de considérer Pegasus comme l’étalon aux côtés des héros grecs, un symbole de courage. Aujourd’hui, le cheval ailé ressemble davantage au cheval de Troie. Sournois, honteux, Pegasus s’infiltre dans nos téléphones, dans notre Parlement, dans nos vies démocratiques. Des outils comme Pegasus sont conçus à des fins très spécifiques et réglementées, par exemple dans le cadre du contre-terrorisme. Il n’y a absolument rien qui justifie l’espionnage de personnes qui ne représentent aucune menace pour la sécurité nationale, ni en Hongrie, ni en Espagne, ni en Pologne. Cette nouvelle réalité, où chacun doit vivre dans la crainte que son intimité puisse être espionnée à tout moment, où les politiciens et les journalistes doivent se taire de peur d’être persécutés pour leurs opinions, où les défenseurs des droits humains doivent d’abord penser à se défendre eux-mêmes, c’est une réalité dystopique. La lumière doit être faite sur les responsables, sur les gouvernements qui ont joué un rôle dans des violations aussi profondes des droits fondamentaux de nos concitoyens, de nos collègues. Il en va clairement non pas de l’avenir, mais déjà du présent de notre démocratie. Que Pegasus redevienne le héros de notre imaginaire, et non l’ennemi de notre démocratie et de nos libertés.
Résultat du sommet UE-Chine (1er avril 2022) (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Haut Représentant, le sommet UE-Chine a malheureusement été un véritable dialogue de sourds. Pékin refuse la main tendue de Bruxelles pour travailler ensemble à une solution et faire pression sur Poutine pour que cesse cette barbarie. L’Europe est venue avec ses questions et la Chine avec ses réponses, cette Chine qui se targue pourtant si souvent d’être un État pacifique et d’avoir une culture stratégique défensive plutôt qu’agressive. Elle devra un jour répondre aux futures générations chinoises de son soutien à Poutine. Quant à nous, Union européenne, devant les images insoutenables de Boutcha, nous devons mesurer l’étendue de nos erreurs passées. Ces dernières années, nous avons manqué de fermeté envers la Russie. C’est pour ça qu’il est si important aujourd’hui de faire preuve de fermeté face à la Chine et à son agressivité vis-à-vis de Taïwan, ainsi qu’aux violations des droits humains à Hong Kong et au Tibet et aux monstruosités envers les Ouïghours. Face à cette nouvelle barbarie de Boutcha, j’attends de nos représentants de l’UE qu’ils maintiennent la pression sur Pékin pour cesser de soutenir la guerre de Poutine et enfin laisser Taïwan en paix.
Rôle de la culture, de l’éducation, des médias et du sport dans la lutte contre le racisme (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, tout d’abord, je tiens à remercier mes collègues Peter Pollák, Ibán García, Marcos Ros Sempere, Monica Semedo, Niyazi Kizilyürek et toutes nos équipes pour leur coopération pendant ces derniers mois. «Dis papa, c’est quoi le racisme?» «Le racisme est un comportement assez répandu, commun à toutes les sociétés, devenu, hélas!, banal, parce qu’il arrive qu’on ne s’en rende pas compte. Commun, assez répandu, oui; normal, non.» C’est ainsi que débute le roman pédagogique de l’écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun, Le racisme expliqué à ma fille, un texte très simple et pourtant très efficace pour lancer une discussion sur le racisme avec les enfants et les jeunes autant qu’avec les adultes. On peut partir d’un livre, on peut partir d’un film, d’une chanson, d’un mot prononcé par un enseignant ou d’un geste de son adversaire sur un terrain de sport, des nouvelles d’un journal ou d’une émission médiatique... Mais du racisme, il faut en parler. Et surtout, il faut agir. Le racisme et les discriminations fondées sur l’origine ethnique, en Europe comme ailleurs, sont un problème documenté, identifiable et indéniable, qui n’est pas simplement le résultat d’un comportement et de préjugés individuels, mais qui est plus profondément ancré de manière structurelle dans notre société. Et vu que le racisme est partout, nous devons ainsi intégrer la lutte contre le racisme partout, dans toutes les politiques de l’Union. Le travail est énorme et prendra du temps, mais nous l’avons commencé. Il est possible d’élaborer des politiques mieux informées et plus ciblées, fondées sur des bases solides et sur des éléments factuels. Pour ce faire, la collecte de données sur l’égalité, dans le respect de la vie privée et des droits fondamentaux, est nécessaire. Le droit de l’UE l’autorise déjà et le récent manuel de la Commission en propose des lignes directrices. L’éducation, les expériences culturelles et sportives et les informations que nous recevons par l’intermédiaire des médias sont des vecteurs qui façonnent et inspirent les changements sociétaux et comportementaux. Ce sont des domaines qui touchent à la vie de tous les citoyens et citoyennes de l’Union européenne et qui ont la capacité unique de toucher chaque individu en donnant un contexte et un sens à nos interactions quotidiennes. Ce sont aussi des domaines où la représentation de la diversité revêt une grande importance, notamment pour encourager les individus d’origines ethniques différentes, et notamment les jeunes, dans la poursuite de leurs propres objectifs personnels et collectifs. Comme disait Marian Wright Edelman, une activiste pour le droit des enfants, «on ne peut être ce que l’on ne voit pas». C’est pourquoi nous devons exploiter le pouvoir de la culture, de l’éducation, des médias et des sports, en s’appuyant sur les valeurs européennes de tolérance, d’équité et de solidarité, pour nous engager dans une lutte active contre le racisme et que nos filles et nos fils n’aient plus à se demander s’ils ont leur place dans nos sociétés. Pour avancer et construire un avenir meilleur, nous devons connaître et comprendre notre passé. C’est pourquoi j’ai mis l’accent sur la nécessité pour nos élèves d’apprendre plus sur le colonialisme, l’esclavage, les génocides et tout ce qui en découle, d’avoir une plus grande représentation d’auteurs et d’autrices, d’historiens et d’historiennes et d’autres figures dans le matériel pédagogique. Un nouvel élan pour la restitution d’œuvres d’art et d’objets culturels spoliés est aussi une étape nécessaire et très symbolique dans la lutte contre le racisme, en concertation avec les pays d’origine hors Union européenne. Il s’agit avant tout de reconnaître leur histoire et la nôtre, de leur rendre les objets de leur propre identité culturelle pour se raconter en faisant renaître la culture que nos prédécesseurs ont honteusement tenté d’effacer. Nous avons également besoin de sanctions plus strictes pour les médias qui publient ou diffusent des contenus racistes. Je parle là d’émissions modernes qui utilisent des stéréotypes. Je parle de langage grossier et de désinformation sur les minorités, les immigrants et les réfugiés. Je parle de contenus qui ont l’intention et la portée d’être racistes. C’est à ce type de contenu que je m’attaque. Enfin, pour le sport, nous demandons la rédaction de recommandations ou lignes directrice européennes pour soutenir les associations sportives à tous les niveaux, du club sportif du quartier à la fédération nationale, dans la lutte contre le racisme et la promotion du fair-play, invitant ainsi les sportifs, mais aussi la communauté entière à l’inclusion et au respect mutuel. Avant de conclure, permettez-moi d’expliciter un élément crucial de ce texte qui me semble être implicite. Le terme «race» n’implique en aucun cas l’acceptation ou l’approbation de théories qui cherchent à justifier l’existence de races biologiquement distinctes. Tous les êtres humains sont fondamentalement égaux et ils doivent être traités comme tels. Cependant, nier l’existence d’un certain nombre de communautés en déclarant qu’«il n’y a qu’une seule race, la race humaine», reviendrait à effacer des siècles d’oppression et de discrimination dont certains ont été et continuent d’être victimes. Parvenir à l’égalité et à la justice raciales signifie surmonter le déséquilibre du pouvoir et faire en sorte que les principes d’égalité et de justice s’appliquent à tous les êtres humains, indépendamment de leur apparence ou de leurs origines. Nous saurons que ces objectifs ont été atteints lorsque, partout en Europe et dans le monde, personne ne ressentira plus le besoin de se justifier, de justifier sa propre existence, sa propre identité. «Donc, pour lutter contre le racisme, il faut s’inviter les uns les autres», suggère la fille de Tahar Ben Jelloun. «C’est une bonne idée», lui répond son père. «Apprendre à se connaître, à se parler, à rire ensemble, essayer de partager ses plaisirs, mais aussi ses peines. Montrer que nous avons souvent les mêmes préoccupations, les mêmes problèmes. C’est cela qui pourrait faire reculer le racisme.»
Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, Monsieur le Secrétaire d’État, l’année européenne de la jeunesse est censée être une année inclusive, qui ne se contente pas de célébrer les jeunes, mais qui nécessite leur contribution active. Après deux années de sacrifices et de difficultés liés à la pandémie, je me réjouis que nos jeunes regardent maintenant, pleins d’espoir, vers l’Union européenne. Ils lui confient leurs besoins économiques et sociaux; ils lui confient leur bien-être mental; ils lui confient leur avenir. En principe, je préfère parler des jeunesses de l’Europe – au pluriel – car la vie quotidienne d’un jeune dans une grande capitale n’est pas la même que celle d’un jeune dans les banlieues ou dans les zones rurales. La résolution que nous votons aujourd’hui nous permettrait de rétablir une forme d’équité entre ces jeunesses, de niveler les différences et les obstacles auxquels elles sont confrontées, et de lutter contre l’exclusion, la discrimination et l’aliénation des jeunes. Ces jeunes forment la jeunesse, justement, lorsqu’ils nous demandent d’interdire les stages non rémunérés, car ils savent tous qu’on ne paie pas un loyer avec l’expérience et que l’on n’évite pas d’être une charge financière pour sa famille avec un environnement de travail stimulant. Ils savent tous qu’un avenir professionnel satisfaisant ne doit pas être un privilège réservé à ceux qui en ont les moyens. Aujourd’hui, nous avons l’occasion de voter en faveur d’un cadre juridique commun pour une interdiction effective et contraignante des stages non rémunérés, qu’ils soient liés ou non à l’obtention de qualifications scolaires. Nous ne devons pas décevoir notre jeunesse – ou nos jeunesses. Nous leur avions promis de les écouter, nous leur avions promis une plateforme et nous leur avions promis que, si elles le demandaient, nous agirions. Ce sont eux et elles qui subiront les conséquences de notre échec. À ces jeunesses, nous devrons maintenant montrer qu’elles font partie d’une seule Europe.
Madame la Présidente, Monsieur le Haut-Représentant, le sommet UA-UE doit être l’occasion de renouveler le partenariat Afrique-Europe. Nos jeunesses partagent une quête de sens, des besoins de liberté, de mobilité, d’espoir et de redistribution équitable, une inquiétude face au changement climatique, mais aussi une histoire commune et son lot de blessures béantes. Elles méritent un vrai dialogue politique, et non plein de petites initiatives par-ci par-là, sans cohérence globale. Les valeurs des droits humains et d’état de droit sont des revendications légitimes et anciennes de la société civile africaine elle-même. Nos jeunesses méritent une coopération systémique sur des réformes politiques, menant à une gouvernance démocratique et inclusive, gage de stabilité durable. Ce sommet doit permettre aussi de sortir de la relation élève-professeur. Il doit comprendre que nos deux institutions ont beaucoup à apprendre l’une de l’autre, d’égale à égale. Enfin, évoquons la sacro-sainte «stabilité», si souvent louée. Un pays stable, qu’est-ce que c’est? C’est quand l’État opprime son peuple, musèle la presse et emprisonne les opposants? Et puis stabilité pour qui? Stabilité de la liberté et de la presse ou bien stabilité pour les élites, la corruption et la police?
Autonomisation de la jeunesse européenne: reprise de l’emploi et relance sociale après la pandémie (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, Monsieur le Secrétaire d’État, chères jeunesses européennes, que je mets au pluriel. Chômage, conditions de travail inappropriées, santé mentale: les difficultés sociales et économiques ne sont pas une nouveauté pour nos jeunesses. La pandémie ne fait qu’exacerber des problèmes qui existaient déjà. Désigner 2022 comme Année européenne de la jeunesse est un premier signal que nous avons déjà lancé, avec l’objectif ambitieux de donner des réponses aux demandes des jeunesses. Mais ce signal ne sert pas à grand-chose s’il se révèle n’être que de belles paroles, du blabla sans réel contenu concret. Nous sommes fin janvier. Un mois de cette année est déjà passé et nous attendons encore de découvrir les détails du programme ALMA, notamment comment il compte atteindre les jeunes les plus vulnérables, les plus éloignés de l’Europe. Quid des banlieues et des zones rurales, les grandes oubliées de toujours? J’aurais aimé aussi voir une année qui s’engage clairement à donner suite à la demande que les jeunesses de toute l’Europe répètent depuis longtemps: la fin de tous les stages non rémunérés. Il a été décevant de constater que le Parlement n’était pas prêt à faire pression en ce sens. Mais je ne baisse pas les bras. Je suis donc curieuse, Madame la Commissaire, Monsieur Beaune, d’entendre votre position sur cette question. Êtes-vous prêts à revoir vos engagements en matière de stages et apprentissages de qualité, y compris à travers une rémunération juste et, soyons fous, pourquoi pas équitable pour tous les stagiaires? Des mesures fortes et immédiates sont nécessaires pour garantir l’emploi après la pandémie et soutenir le rétablissement social et la santé mentale des jeunesses au sein de l’UE. Nos jeunesses nous parlent, crient depuis des années. La Commission et le Conseil sont-ils prêts à les écouter et à agir en conséquence?
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, «Je crois au pouvoir et à la force des mots», disait Malala. Les mots font peur aux dictatures, elles craignent ceux qui les utilisent: oppositions politiques, journalistes, artistes, étudiants, professeurs, enfants qui posent trop de questions, films qui ouvrent de nouveaux horizons... Aujourd’hui, à Hong Kong, ces personnes jugées trop critiques sont harcelées, intimidées et jetées en prison. Aujourd’hui, à Hong Kong, la commémoration du massacre de Tiananmen est interdite et réprimée jusqu’à l’emprisonnement à vie. Le musée sur le massacre a été fermé et la célèbre statue le «Pilier de la honte» détruite. Aujourd’hui à Hong Kong, le pouvoir en place s’attaque aussi à la culture, à la mémoire, à l’histoire, pour mieux contrôler les esprits et les pensées. Il s’agit de gommer le passé pour mieux contrôler l’avenir. Mais tout cela ne concerne pas seulement le peuple hongkongais. Quand la liberté est piétinée, quand la démocratie est attaquée, quand la presse est muselée, c’est l’ensemble du monde libre qui est concerné et les libertés qui sont visées jusque dans nos démocraties. Face à cela, l’Union européenne peut et doit réagir plus fermement: suspendre les extraditions vers Hong Kong partout en Europe; organiser un boycott européen, diplomatique et politique des Jeux olympiques à Pékin; condamner et mettre un terme à la complicité des banques dans le gel des avoirs et des comptes bancaires des pro-démocratie et des médias; empêcher les exportations de technologies utilisées pour violer les droits humains; empêcher les investissements européens dans les entreprises complices de violations flagrantes des droits humains. C’est maintenant au SEAE, au Conseil et aux États membres de se retrousser les manches et d’agir. Notre résolution du Parlement contient pour cela de très nombreuses mesures concrètes.
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, je salue Mme la rapporteure et mes collègues rapporteurs fictifs pour le travail que nous avons accompli ensemble pour enfin déclarer 2022 Année européenne de la jeunesse. J’ai entamé ces négociations avec un objectif en tête: que cette Année ne soit pas un exercice de communication, un festival par-ci, une conférence par-là où les politiques répètent que notre jeunesse est une source d’inspiration, l’avenir de l’Europe et qu’elle mérite mieux. Je veux des actes illustrant les belles paroles et les promesses, et cette volonté a été largement partagée, ce qui nous a permis de parvenir à un bon accord. Je me suis battue pour une Année inclusive qui promeut l’égalité des genres et met les personnes les plus marginalisées au centre. Une Année qui renforce la coopération et le dialogue avec nos jeunes voisins de l’Europe. Une Année qui ne se contente pas de célébrer les jeunes, mais qui appelle leur contribution active. J’ai entendu par ailleurs la forte demande des jeunes de mettre fin aux stages non rémunérés. J’aurais aimé voir cette demande mise à l’œuvre à l’occasion de l’Année européenne de la jeunesse. Je ne baisse cependant pas les bras et je continuerai à faire avancer cette question et me battre pour y mettre fin. Nous veillerons aussi à ce que la Commission et les États membres tiennent leurs engagements. Je lance un appel particulier, forcément, à la présidence française du Conseil de l’UE, sous laquelle se déroulera la moitié de cette Année, ainsi que la conclusion de la conférence sur l’avenir de l’Europe. Nos jeunes nous parlent, crient depuis des années. Quelques-uns d’entre nous écoutons, mais nous ne sommes pas assez nombreux. Rejoignez-nous. Nous devons saisir cette occasion pour faire de cette Année de la jeunesse le lancement d’un changement positif des politiques pour avoir un impact durable sur la vie, la santé et l’avenir des jeunes mis à mal par la COVID-19. Célébrons nos jeunes et donnons-leur les moyens de nous dire l’Europe qu’ils souhaitent et de vivre pleinement leur jeunesse.
La montée de l'extrémisme du droite et du racisme en Europe (à la lumière des récents événements survenus à Rome) (débat)
Madame la Présidente, le 2 juillet: Orbán, Le Pen, Salvini et d’autres leaders d’extrême droite signent une déclaration pour «reformer l’Europe». Les 23 et 24 septembre: Orbán leur déroule le tapis rouge lors d’un sommet à Budapest. Le 9 octobre: les leaders du parti Forza Nuova incitent la foule à la violence à Rome. Les 8 et 9 octobre: au sein de notre Parlement, lors de l’événement EYE, des jeunes Européens issus de minorités sont harcelés, leurs ateliers perturbés par d’autres jeunes invités par l’extrême droite française. Oui, Madame la Commissaire, ils ne se cachent plus. C’est nous qui fermons les yeux. Nous avons tellement normalisé la violence, le racisme et la haine que même Mme Marine Le Pen n’est plus la candidate la plus radicale en France et que l’extrême droite, c’est aujourd’hui 33 %. Regardez l’exposition de Rainer Opolka en Allemagne, «Les loups sont de retour». Oui, l’heure est grave. Le bloc républicain et démocratique doit se rassembler et non se diviser sur des dogmatismes qui n’ont plus d’importance face à ces haines et à leurs conséquences.
Madame la Présidente, Monsieur le Haut-représentant, depuis juillet, nous suivons de près les évolutions politiques: instauration d’un état d’urgence sans date de fin, concentration de tous les pouvoirs dans les mains du président, suspension du Parlement et de la Constitution de 2014, assignations à résidence, interdictions de quitter le pays, cour militaire pour juger des civils, alertes des ONG. Depuis juillet, nous sommes inquiets. Depuis juillet, nous attendons des signaux rassurants qui ne sont pas venus. C’est pour cela que, dans notre résolution: nous rappelons tout le chemin que la Tunisie a parcouru depuis 2011, seul pays du Maghreb à avoir réussi à prendre la voie de la démocratie; nous exprimons notre inquiétude; et nous demandons au président une feuille de route claire. Je comprends la défiance du peuple tunisien face à un Parlement bloqué qui n’a pas su faire face à la crise économique, sociale et sanitaire. Mais je ne peux pas croire qu’il aspire à un retour en arrière. J’entends qu’une partie de la population tunisienne a confiance en son président, mais cette confiance ne peut pas se substituer à long terme au bon fonctionnement d’institutions indépendantes. Comme le disait Jean Monnet: «rien n’est possible sans les hommes – et je rajoute les femmes –, mais rien n’est durable sans les institutions». Je suis fière d’être la rapporteure pour mon groupe sur la Tunisie. Ce pays si courageux, qui a fait le pari de la démocratie et qui a gagné à travers le Quartet le prix Nobel de la Paix en 2015. Nous vous soutiendrons toujours dans ce combat, car l’enjeu est important et le chemin parcouru précieux. Vive la démocratie tunisienne! (L’oratrice poursuit dans une langue hors Union européenne.)
Madame la Présidente, j’ai demandé ce point d’ordre aujourd’hui, parce que je voulais porter à votre attention des faits très graves qui se sont produits il y a dix jours pendant la Rencontre des jeunes européens à Strasbourg, ici, au sein de notre institution. Malheureusement – et ce n’est pas la première fois d’ailleurs –, des groupes de jeunes issus de la diversité ont été visés par des abus verbaux et des discours haineux en ligne. Leurs ateliers sur l’inclusion et l’antiracisme ont été interrompus et perturbés par des commentaires désagréables et des moqueries émanant d’autres participants invités par des députés d’extrême droite. Ce matin, vous avez reçu une lettre signée par 152 députés européens, dans laquelle nous condamnons fermement ces épisodes. Nous vous appelons, Madame la Présidente, à également condamner formellement ces événements. Nous demandons ainsi une enquête du Parlement afin de déterminer dans quelle mesure ces événements graves se sont déroulés, d’identifier les parties responsables et de déterminer si ces perturbations étaient préméditées et organisées. Nous demandons également que les responsables assument les conséquences de leur comportement. Le Parlement européen et ses députés devraient être un modèle de respect et de tolérance. Toute personne a droit à ses croyances et à ses convictions politiques, mais celles-ci doivent être exercées dans le plein respect des autres. C’est pour cela que je vous demande, Madame la Présidente, de vous joindre à moi et à tous les députés qui ont signé cette lettre, mais surtout aux jeunes qui ont été touchés et qui réclament avec force d’être véritablement écoutés, pour défendre activement nos valeurs et nos engagements et donner suite à nos déclarations par des actions.
Liberté des médias et nouvelle détérioration de l'état de droit en Pologne (débat)
Madame la Présidente, encore une fois, nous nous retrouvons pour parler d’état de droit et de liberté des médias en Pologne. Et une fois de plus, une résolution qui risque de rester lettre morte. Nous avons parlé de l’état de l’Union ce matin. La réduction au silence des médias, la répression de toute dissidence démocratique, des journalistes interdits de couvrir une nouvelle crise humanitaire qui se joue à la frontière biélorusse avec la déclaration de l’état d’urgence: quelle triste alerte de l’état de notre Union venant de la Pologne. Oui, il faut effectivement déclarer un état d’urgence, mais une urgence pour les médias, qui sont en danger, pour l’indépendance du système judiciaire, pour la sécurité des jeunes LGBT et des droits des femmes, pour les libertés, pour l’état de droit. Exigeons l’application complète de la directive services des médias audiovisuels. Exigeons le respect des jugements de la Cour de justice. Utilisons avec courage tous les outils à notre disposition sans plus attendre. Si les États membres ne défendent pas nos valeurs, ce sont l’Union européenne, ses institutions et la crédibilité de nos propos qui sont en danger.
Monsieur le Président, Madame von der Leyen, Jean Monnet écrivait que les humains n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise. La nécessité est présente, les crises aussi. Alors, Madame von der Leyen, c’est le temps du changement, mais surtout de l’audace et du courage. Prenez le projet européen à bras-le-corps. Écoutez, osez, proposez, écoutez à nouveau, répétez, reproposez, osez encore plus et, dirais-je, surprenez-vous et surprenez-nous. Vous n’êtes pas seule. Nous, Parlement européen, sommes à vos côtés pour vous aider, vous inspirer, mais aussi pour vous critiquer. La conférence sur l’avenir de l’Europe est une contribution qui va dans le sens de la «Team Europe», dont le Parlement se sent exclu. Par exemple, je suis à votre entière disposition pour développer ensemble une identité européenne inclusive et verte, pour et avec cette jeunesse, et lancer la diplomatie culturelle du futur, capable de rivaliser avec celles de la Chine et des États-Unis. Madame von der Leyen, soyez notre Jean Monnet du XXIe siècle.
Madame la Présidente, le Liban, que l’on nommait hier la Suisse du Moyen-Orient, poursuit sa descente aux enfers. Cet été, un régime de sanctions a été mis en place par le Conseil pour viser de manière ciblée les responsables libanais qui ont pillé le pays. C’est une première étape, mais ce n’est pas encore suffisant. Mettre en place un cadre de sanctions, c’est bien. Le mettre en application, c’est bien mieux. Il y a deux semaines, un représentant du SEAE nous avouait en commission parlementaire AFET que la discussion sur les noms des personnes à sanctionner n’avait même pas encore eu lieu. Mais quand est-ce qu’une décision sur cette liste de noms va être prise? Quand va-t-on sanctionner les responsables de l’explosion à Beyrouth en août 2020? Et ces dirigeants qui ont perdu le sens du peuple, ces élites qui se sont enrichies sur le dos du pays et ces détenteurs des biens mal acquis, ces fortunes dues à la corruption, aux magouilles et aux enrichissements personnels? Tout cet argent volé qui dort en grande partie en Europe: quand va-t-il être gelé et rendu au peuple libanais? Monsieur Borrell, les Libanaises et les Libanais nous le demandent régulièrement avec insistance: quand est-ce que l’Union européenne va enfin utiliser ce régime de sanctions? J’en ai assez de devoir leur répondre que nous ne savons pas, qu’il faut encore attendre. J’ai honte de notre lenteur à réagir, à nous coordonner. Je pense surtout aux 80 % de Libanaises et Libanais qui n’ont rien à manger, pas d’électricité ni d’eau potable et qui réclament seulement la justice et la reconstruction de leur pays. L’Union européenne doit accélérer le rythme de ses actions.
Madame la Présidente, Monsieur le Haut représentant, «Retour à la normale en Afghanistan», peut-on lire dans les journaux. L’ONU serait déçue par le manque de femmes dans le gouvernement des talibans... Je crois rêver. Sommes-nous à ce point naïfs? Pour les étudiantes et étudiants qui n’ont pas le droit d’apprendre ensemble, est-ce un retour à la normale? Pour les jeunes filles forcées au mariage et violées, est-ce un retour à la normale? Pour les artistes assassinés, est-ce un retour à la normale? Pour toutes ces personnes et bien d’autres, il n’y a pas de retour à la normale à l’horizon. Donc rien ni personne ne les empêchera de fuir pour sauver leur famille d’un non-avenir. Nous devons inciter les États membres à adopter une approche européenne coordonnée. L’Union européenne doit tout mettre en œuvre pour évacuer celles et ceux que nous avons abandonnés et leur délivrer des visas humanitaires. Débloquer aussi des fonds d’aide à leur installation, mettre en œuvre la directive sur la protection temporaire en Europe et garantir le partage équitable des responsabilités entre les États membres. Faisons honneur à nos valeurs européennes.
Monsieur le Président, quoi de plus classique pour une dictature que d’accuser les personnes critiques de travailler pour des forces étrangères, même lorsque les critiques viennent de l’intérieur, de leur propre société civile, de leurs propres journalistes? Molière écrivait: «Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.» C’est le cas à Hong Kong avec la dramatique disparition du quotidien prodémocratie Apple Daily, accusé de «conspiration et collusion avec des pays étrangers». Bilan d’un an de loi sur la sécurité nationale pilotée par Pékin: des bureaux de presse fouillés, des journalistes harcelés et arrêtés, la confiscation des avoirs de médias. Comment ne pas penser à cette réplique si sibylline, mais si lucide du chef-d’œuvre Chungking Express de Wong Kar-wai en 1994, «Tout a une date d’expiration»? Prophétie? Cassandre? Au peuple hongkongais, mais aussi au peuple du Xinjiang, du Tibet, de Mongolie intérieure, je veux témoigner notre soutien et notre solidarité. Au peuple européen, je veux rappeler à quel point nos libertés sont précieuses et fragiles, et qu’il ne faut jamais baisser la garde. Nous devons défendre les droits humains et la liberté de la presse, aussi bien à l’extérieur de l’Union qu’à l’intérieur.
Violations du droit de l’UE et des droits des citoyens LGBTQI en Hongrie par suite de l’adoption de modifications de la législation au Parlement hongrois - Résultat des auditions organisées le 22 juin au titre de l’article 7, paragraphe 1, du traité UE en ce qui concerne la Pologne et la Hongrie (débat)
Monsieur le Président, lundi, Reporters sans frontières a publié sa galerie 2021 des «prédateurs de la liberté de la presse», avec pour la première fois un Européen, Viktor Orbán, aux côtés de 36 autres chefs d’État et de gouvernement, Messieurs Poutine, Xi, Erdoğan et ben Salmane. Quelle honte, quelle tristesse pour l’Europe d’avoir un Européen parmi cette sombre liste! En Pologne, la société civile, elle aussi, est très inquiète de cette prétendue «repolonisation» des médias par le gouvernement pour influencer leur politique éditoriale. Depuis 2011, alors que la Hongrie prenait la présidence du Conseil de l’Union européenne, nous exprimons des préoccupations quant à l’état de droit dans le pays et les répercussions que l’inaction pourrait avoir sur les autres États membres, comme un vieux disque rayé. Pendant combien de temps allons-nous encore être «préoccupés»? Car les répercussions sont là. Les institutions de l’Union européenne doivent se montrer à la hauteur de leurs responsabilités et faire bien plus que discuter et se préoccuper. Nous devons défendre les droits fondamentaux, la liberté d’expression et la liberté de la presse, pierres angulaires de nos démocraties. Et c’est maintenant, Madame la Commissaire. Nous avons les outils pour ça.