Le rôle des agriculteurs en tant que facilitateurs de la transition verte et d'un secteur agricole résilient (suite du débat)
Monsieur le Président, Madame la Ministre, Madame la Commissaire, merci pour vos propos qui sont bien loin des déclarations de ces derniers jours de Monsieur Weber, chef de file du PPE, qui sont du pur populisme à un an des élections européennes. Ce ne sont pas les agriculteurs qu’il écoute, ce sont les représentants des multinationales de l’agrochimie et de l’agro-industrie qui, eux, font d’énormes bénéfices dans cette crise au détriment des agriculteurs et des consommateurs. Son camp n’est pas celui des agriculteurs, il est celui de la finance et des dividendes. Vous le savez comme moi, l’enjeu n’est pas de produire plus. L’enjeu est de permettre l’accès à l’alimentation, et les alternatives existent pour à la fois nourrir les gens, préserver la biodiversité, et garantir un vrai revenu aux agriculteurs. La science européenne l’affirme aujourd’hui et a même modélisé une agriculture sans phytos pour 2050 en retrouvant la voie de l’agronomie et de la régulation des marchés. Mais il est vrai que ces alternatives font faire moins de bénéfices aux multinationales. Alors que le nombre d’agriculteurs ne cesse de diminuer, et alors que le Green Deal que vous dénoncez nécessite une augmentation du nombre d’agriculteurs pour gagner le défi climatique et de la biodiversité, le PPE s’est transformé en porte-parole du monde de l’argent au détriment de l’avenir de nos enfants, en fossoyeur de l’agriculture européenne. En fait, vous voulez que tout change pour que rien ne change. Voilà votre projet. De grâce, sortez donc de ces postures: l’agriculture, l’alimentation, la santé humaine, et la biodiversité valent bien mieux.
Rapport du GIEC sur le changement climatique: un appel pour des mesures d'urgence supplémentaires (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, 2022 a une fois encore donné raison au GIEC: nous régressons. Il est grand temps de mesurer l’impérieuse nécessité qu’il y a à agir, et à agir concrètement, sans atermoiement, sans hésitation. Il est grand temps de mesurer l’immense danger pour la perte de notre biodiversité que porte en elle la question climatique. Il est grand temps de comprendre que les sécheresses que nous vivons ne sont pas conjoncturelles. Il est grand temps de se rendre compte que les feux de forêts que nous avons subis, en France et ailleurs sur notre continent – et que, cette année, nous subissons dès le mois d’avril –, ne sont pas des feux de paille. Il est grand temps de mesurer le péril que représente l’altération de notre cycle de l’eau, les menaces sur la production alimentaire qui chaque jour grandissent, tout comme grandissent les risques pour la santé humaine. Je veux ici le répéter: il faut agir, et agir vite. Il faut que toutes nos politiques publiques soient réorientées à l’aune de cette menace, bien réelle, et il faut que toutes participent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il nous revient à nous, les politiques, par nos choix responsables, d’inverser cette tendance suicidaire. Et il faut que certains, dans cette assemblée, cessent de fuir leurs responsabilités. Le pacte vert n’est pas un objectif comme un autre. Ce doit être notre phare dans la tempête, notre horizon, notre priorité absolue. Il en va de notre survie à tous.
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, la guerre en Ukraine, mais aussi la crise sanitaire nous auront rappelé une réalité: la sécurité des approvisionnements alimentaires n’est pas acquise. La résolution que nous allons voter aujourd’hui porte en elle des idées importantes pour bâtir notre autonomie stratégique en matière alimentaire. Oui, il faut conserver des taxes antidumping sur les importations. Oui, il faut mettre en œuvre au plus vite la taxe carbone aux frontières sur les engrais si l’on veut conserver une capacité de production d’engrais. Il est également crucial d’utiliser le mécanisme d’achat commun sur les engrais afin de bâtir des alliances stratégiques avec des partenaires internationaux fiables. Mais profiter de la situation actuelle pour obtenir des dérogations à la directive-cadre sur l’eau n’est pas acceptable. Il ne faut pas se tromper d’objectif. Je veux le rappeler ici: il n’y a pas de problème de disponibilité en aliments, ni en Europe ni dans le monde. Nous sommes devant un problème d’accès à l’alimentation pour les consommateurs confrontés à des hausses de prix inédites. Alors, produire plus avec plus d’engrais et plus de pesticides n’est pas la solution: la solution passe au contraire par de la régulation des marchés agricoles, par l’aide alimentaire aux plus démunis et par le stockage public alimentaire, qui a été et restera l’arme la plus efficace contre les différentes formes de spéculation.
Autorisation pour la Pologne de ratifier la modification de la convention sur la conservation et la gestion des ressources en colin dans la partie centrale de la mer de Béring (A9-0007/2023 - Elżbieta Rafalska) (vote)
Monsieur le Président, non, je n’ai pas de rappel au règlement, j’ai un souci mécanique avec ma carte, qui ne fonctionne pas.
Normes d'émissions de CO2 pour les voitures et les camionnettes (débat)
Monsieur le Président, Monsieur Timmermans, lorsque le sage montre les étoiles, l’idiot regarde le doigt. Pacte vert, stratégie «De la ferme à la table», stratégie en faveur de la biodiversité: autant de projets détestés, aujourd’hui encore, par certains ultraconservateurs, néolibéraux ou climatosceptiques – dans notre siècle! – et craints par d’autres, mais qui n’en restent pas moins des projets européens prioritaires et urgents. Des missions qui, à la lumière de la dégradation de notre environnement et de la biodiversité, sont vitales pour l’avenir de nos citoyens européens. Dans ce cadre, établir comme objectif 100 % de véhicules à émission zéro en 2035 est une décision historique, ambitieuse et, à mon avis, une vraie décision, prise dans l’intérêt général. Bien sûr, il faudra aller au-delà de l’électrique, mais nous parlons de 2035 et je voudrais dire ici que je pense que nous devrions en effet en profiter pour repenser la place de l’automobile et, plus largement, la question de la mobilité. Mais aujourd’hui, il s’agit d’une première étape pour 2035 et ce vote est essentiel pour l’avenir de nos citoyens européens.
Conférence des Nations unies sur le changement climatique 2022 à Charm el-Cheikh (Égypte) (COP27) (débat)
Monsieur le Président, Madame la Commissaire, la COP pour le climat en Afrique, c’est l’occasion de rappeler un constat aussi cruel qu’injuste: l’Afrique est la plus faible émettrice de gaz à effet de serre au monde, mais fait pourtant partie des plus grandes victimes du dérèglement climatique, qu’il s’agisse des sécheresses, des inondations, des incendies ou de la dégradation des terres agricoles. Tous les signaux d’alarme sont allumés et je ne cite pas l’augmentation des cyclones ou le recul de la glace de la mer Arctique. Alors oui, il faut que les États mettent les bouchées doubles pour atteindre leurs objectifs climatiques à l’horizon 2030. Et ici, au Parlement européen, nous avons une immense responsabilité et nous ne pouvons plus dire des choses et faire le contraire. La droite et les libéraux, qui ont voté avec nous en 2019 l’état d’urgence climatique et qui font tout aujourd’hui pour vider de leur substance les textes environnementaux du paquet «Fit for 55», avec comme alibi la guerre en Ukraine ou la COVID, doivent changer d’attitude. Mesdames, Messieurs, vous vous trompez et vous nous mettez tous gravement en danger. Résoudre le problème majeur que représente le réchauffement climatique est une question de vie ou de mort et cela requiert de dépasser les petites stratégies politiciennes pour enfin lutter dans l’intérêt de tous, et en particulier du continent africain qui accueille cette COP 27 au mois de novembre.
Besoin impérieux d’une stratégie de l’Union européenne sur les engrais afin d’assurer la sécurité alimentaire en Europe (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, il n’aura échappé à personne que la Russie, en agressant l’Ukraine, a perturbé profondément la fourniture d’engrais à l’Europe et fait exploser leur prix. Notre objectif doit être clair: il nous faut sécuriser les quantités d’engrais disponibles, afin que nos agriculteurs puissent survivre à cette hausse de prix, mais aussi pour garantir l’approvisionnement alimentaire au sein de l’Europe. Il y a sept mois, Monsieur le Commissaire, nous vous interpellions déjà à ce propos: dans la résolution que nous avons votée en mars dernier et qui avait précisément pour objet la sécurité alimentaire, nous, le Parlement européen, avions tiré la sonnette d’alarme en vous expliquant que notre dépendance aux exportations d’engrais – d’autant plus s’ils proviennent d’une poignée de producteurs seulement – était excessive et qu’elle risquait de nous mettre dans une position délicate, pour ne pas dire dangereuse. À cette occasion, nous vous demandions d’étudier la possibilité de lever les droits antidumping sur les engrais produits dans des pays tiers et de soutenir une transition vers les engrais organiques, ainsi que la recherche et l’innovation en la matière au sein de l’Union. Mais rien n’a été fait. En sept mois, la situation s’est encore aggravée, l’inflation galope, l’insécurité alimentaire prévaut. Je veux rappeler ici, une fois encore, qu’il est urgent, selon moi, que vous mettiez en œuvre le concept d’autonomie stratégique pour l’agriculture et l’alimentation. Il est temps, il est grand temps de mettre en œuvre une planification alimentaire et environnementale sur la base d’une vision systémique. C’est aujourd’hui devenu un impératif. Il est évident que vous avez en face de vous des députés impatients et très intéressés par votre annonce d’une stratégie européenne sur les engrais. Il faudra néanmoins éviter de confondre vitesse et précipitation, ne pas déstabiliser nos entreprises, ne pas non plus accroître notre dépendance. Si une levée des droits antidumping est décidée, elle doit être temporaire et avoir comme contrepartie des aides financières, abondées par la contribution sur les superprofits. Il s’agit là d’un enjeu important. Le secteur doit bénéficier prioritairement de l’approvisionnement en gaz. Ce que nous demandions jadis reste toujours tristement d’actualité aujourd’hui.
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Monsieur le Ministre, la décision prise par le Conseil de reporter la signature de l’accord est réellement difficile à accepter et je ne peux que regretter que mon pays, la France, n’ait pas pu arriver à la signature durant sa présidence. Je souhaite beaucoup de courage et d’abnégation à la nouvelle présidence pour ce faire. Au moment où le monde traverse une méta-crise et où s’entrechoquent des crises sanitaires, alimentaires, environnementales ou encore géopolitiques, avec tout ce que cela sous-entend sur la fragilisation de nombreuses populations, il est temps de redonner à tous ces pays et toutes ces populations les moyens de l’autonomie alimentaire. Il faut aussi songer à la suspension du service de la dette ou au cadre commun pour la restructuration de la dette des pays pauvres. Pour ce qui est de l’environnement, l’accord post-Cotonou doit s’inscrire dans la perspective de la lutte contre le réchauffement climatique afin que leurs territoires ne deviennent pas inhabitables. Nous devons repenser en profondeur les relations avec les pays en voie de développement et nous devons revisiter nos modèles de partenariat et être davantage dans l’écoute et dans l’accompagnement.
Mise en œuvre et réalisation des objectifs de développement durable (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, plus aucun progrès; depuis 2020, le monde ne fait quasiment plus aucun progrès pour atteindre les objectifs de développement durable que la communauté internationale s’est fixés pour 2030. Non, le défi climatique et environnemental n’est pas résolu, et nous en sommes loin. L’indice ODD qui mesure la trajectoire des pays vers la réalisation des 17 objectifs de développement durable baisse, et ce pour la deuxième année consécutive. Nous pourrions nous dire que c’est la crise sanitaire, puis la guerre en Ukraine qui en sont responsables, mais ce n’est pas le cas. Depuis 2016, le nombre de personnes souffrant de la faim augmente. Et l’objectif nº 2 de supprimer la faim dans le monde d’ici 2030 s’éloigne à grands pas. La vérité, c’est que nous sommes en fait au cœur d’une métacrise du système capitaliste: crise sanitaire, économique, sociale, environnementale, crise géopolitique et, demain, crise financière. Et nos politiques actuelles sont en conflit permanent avec nos limites planétaires et humaines. C’est ça qui doit changer. Les solutions, nous les connaissons. Chaque semaine, de nouveaux rapports d’experts s’ajoutent aux anciens. Ce qu’il nous manque, c’est la volonté politique de tourner la page du néolibéralisme. Ici, au Parlement européen, nous avons clairement un rôle à jouer. Le pacte vert comme l’autonomie stratégique européenne sont des opportunités majeures pour renouer avec l’État-providence et retrouver des politiques efficaces. L’Union européenne a la responsabilité d’inscrire son projet dans la trajectoire des 17 ODD et nous devons faire tout ce qu’il est possible de faire pour amener le reste de la planète dans cette direction. Nous devons impulser et accompagner le changement.
Un plan d’action de l’UE pour l’agriculture biologique (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, nous le savons tous, le développement de l’agriculture biologique est un enjeu majeur pour l’avenir de l’agriculture européenne. C’est le moyen de véritablement réduire l’utilisation des pesticides et de répondre aux enjeux de santé humaine. C’est également le moyen de contribuer à la vitalité sociale et économique de la ruralité et de progresser en matière de bien-être animal. Le rapport que nous voterons demain est tout à fait équilibré et soutient l’ambition affichée par la Commission et je tiens ici à remercier la rapporteure Simone Schmiedtbauer. Mais si ce rapport voté en commission soutient l’objectif d’augmentation des surfaces en agriculture bio d’ici 2030, il ne pointe pas le chiffre de 25 % mentionné par la Commission et il nous semblait important de produire un amendement, ne serait-ce que pour évaluer le bienfait des politiques publiques à l’avenir. Je veux également rappeler avec force que réduire la moitié de l’usage des pesticides d’ici 2030 n’est pas un saut dans le vide, les alternatives comme le biocontrôle se développent et les centres de recherche les plus en pointe sur le sujet considèrent que la fin des pesticides de synthèse est atteignable d’ici 2050, à condition qu’on s’en donne les moyens et qu’on maintienne fermement le cap, ce qui est le cas dans ce rapport.
Politique agricole commune - aide aux plans stratégiques devant être établis par les États membres et financés par le FEAGA et par le Feader - Politique agricole commune: financement, gestion et suivi - Politique agricole commune - modification du règlement OCM et d'autres règlements (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, le texte que j’ai l’honneur de vous présenter sur la révision de l’organisation commune des marchés, dite «OCM», c’est-à-dire sur le volet économique de la PAC, comporte de réelles avancées, tant pour le secteur et les agriculteurs que pour les consommateurs. Pour la première fois depuis plus de 30 ans, la réforme de la PAC se conclut par davantage de régulation des marchés que de dérégulation. Il nous est apparu indispensable que les agriculteurs puissent obtenir un revenu plus équitable et plus stable afin de les soutenir dans la transition écologique. Nous sommes parvenus à rénover les outils européens de gestion des crises. Des observatoires sur les marchés agricoles seront mis en place au sein de la Commission européenne, sur toutes les productions qui le nécessitent, afin d’augmenter la transparence sur les prix et les marges des différents acteurs et de suivre au plus près le niveau des stocks alimentaires de manière à activer les mesures de sauvegarde. Nous avons obtenu d’étendre jusqu’à 2045 les autorisations de plantation de vignes, et nous savons combien cela est essentiel pour un secteur qui a besoin de stabilité pour aller vers davantage de durabilité. La valeur énergétique des vins devra dorénavant être précisée sur l’étiquette et les bouteilles, et la liste des ingrédients sera davantage portée à la connaissance des consommateurs. La désalcoolisation des vins sera, quant à elle, enfin reconnue. Il sera dorénavant possible, pour tous les produits sous indication géographique protégée, de réguler les quantités mises sur le marché de manière à éviter les crises et à avoir une juste répartition de la valeur au sein des filières. Voici quelques-unes des mesures contenues dans ce rapport. Nous avons voulu, avec l’ensemble des rapporteurs fictifs, que je tiens à remercier ici, une réforme de l’OCM qui tourne le dos à 30 années de dérégulation. Une réforme qui redonne aux agriculteurs leur dignité. Une réforme de l’OCM qui participe à la reconstruction de la souveraineté alimentaire européenne. Oui, le rapport qui vous est présenté est un pas dans la bonne direction, et il mérite d’être largement voté. Mais le problème de cette réforme ne réside pas dans le rapport de l’OCM. Le problème de cette réforme, chers collègues, réside dans le rapport sur le plan stratégique. La PAC que nous allons voter aujourd’hui est dans la stricte continuité des précédentes. L’essentiel du budget continuera d’être dépensé sous forme d’aides à l’hectare, que l’on verse sans prise en compte des modes de production et sans prise en compte des prix et des revenus agricoles. C’est un non-sens économique, c’est un non-sens budgétaire, c’est un non-sens environnemental et c’est un non-sens social. Regardez ce qui se passe aujourd’hui avec la hausse de 50 % des prix des céréales intervenue ces six derniers mois et, donc, avec l’augmentation du pain partout en Europe. Avec cette nouvelle PAC, nous allons poursuivre le versement de subventions à des agriculteurs dont les revenus vont exploser. Dans le même temps, on va continuer de faire du greenwashing avec des eco-schemes, qui apparaissent dès lors comme une mesure gadget par excellence. Alors oui, nous avons obtenu la conditionnalité sociale et, dorénavant, les agriculteurs qui ne respecteront pas le droit du travail vis-à-vis de leurs salariés perdront une partie de leurs subventions. C’est une avancée sociale très importante et je veux saluer ici la compétence et l’abnégation de notre collègue Maria Noichl, qui s’est battue, ô combien!, pour obtenir ce résultat. Mais cette avancée n’est pas suffisante au regard d’un plafonnement des aides qui restera facultatif et d’un paiement redistributif qui sera versé à l’identique à tous les agriculteurs, les petites exploitations familiales comme les fermes géantes. Par ailleurs, et alors que le multilatéralisme est en crise profonde, nous avons un devoir de le relancer. Mais au lieu de cela, nous continuons à défendre les règles de l’OMC qui interdisent les politiques de stockage public, alors qu’en même temps, la Chine et l’Inde n’en ont que faire, continuent de constituer des stocks stratégiques et spéculent. Nous ne sommes pas sérieux. Nous devrions au contraire œuvrer ensemble pour réformer les règles agricoles totalement inadaptées aux défis du XXIe siècle. Enfin, le projet qui nous est proposé entraîne une renationalisation de fait de l’une des principales politiques communautaires. C’est un contre-sens historique. Nous devrions au contraire véritablement faire bloc pour affronter les enjeux majeurs qui sont devant nous dans un environnement international plus instable que jamais. Tout repose sur le contenu des plans stratégiques de chaque État membre et sur la validation de ces plans stratégiques par la Commission. Or, au moment où nous allons voter la réforme de la PAC, aujourd’hui, qui représente plus du tiers du budget de l’Union européenne, nous ne connaissons toujours pas le contenu de ces plans stratégiques. Ils doivent être remis à la Commission au plus tard le 31 décembre 2021. Nous ne savons pas si ces derniers seront alignés sur le pacte vert ou s’ils seront conformes à la stratégie «De la ferme à la fourchette» que nous avons votée le mois dernier. Et à dire vrai, les premières versions que l’on voit circuler montrent que nous sommes loin du compte. Chers collègues, nous sommes en train de vivre un véritable déni de démocratie vis-à-vis du Parlement européen, car une fois le texte voté, nous n’aurons plus aucun moyen concret de peser sur les négociations entre la Commission et les États membres. En fait, c’est un chèque en blanc qu’il nous est demandé de voter aujourd’hui. Et je ne peux m’y résoudre. C’est à nous qu’il appartient de répondre aux enjeux climatiques, de sécurité et de souveraineté alimentaire. C’est à nous qu’il appartient de retisser le lien entre l’agriculture, l’alimentation, la santé, la biodiversité, le climat et les territoires pour apporter des solutions à ces défis. Nous le devons à nos concitoyens, nous le devons aux 11 millions d’agriculteurs européens qui nous nourrissent.
Conférence des Nations unies sur le changement climatique à Glasgow (Royaume-Uni) (COP26) (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Monsieur le Ministre, cinq ans après l’accord de Paris, le faible niveau d’engagement des nations du monde entier pour la neutralité climatique est alarmant. Et si nous n’agissons pas, ou si peu, la planète connaîtra une augmentation de la température globale de 3,2 degrés d’ici à 2100, soit plus du double de l’objectif fixé lors de la COP21. Les catastrophes naturelles qui parsèment l’actualité européenne nous ont encore rappelé l’urgence d’agir. Il faut donc respecter l’accord de Paris, mais il faudra même aller encore plus loin. La COP26 sera le baromètre de l’action mondiale en faveur du climat et, lors de celle-ci, il sera essentiel de réaffirmer, voire de réviser, l’objectif de limitation de la hausse des températures de 1,5 degré. Dans le cas contraire, les victimes se compteront par millions. L’Europe doit être un acteur majeur en exhortant les États à rehausser leurs contributions nationales, à légiférer pour le climat, à soutenir les citoyens dans cette transition tout en mettant en place des stratégies ambitieuses dans tous les secteurs de l’économie. Se remettre réellement en question ou saborder définitivement notre avenir? Voici le choix qui se présente à nous.
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, la stratégie «De la ferme à la table» est au cœur du pacte vert pour l’Europe et je voterai en faveur de celle-ci, car je suis convaincu qu’il est de notre devoir d’élus de repenser nos systèmes alimentaires en nous basant sur les leçons tirées de la crise sanitaire et en tenant compte de divers signaux d’alarme qui sont passés au rouge ces dernières années en matière de santé, de biodiversité ou de climat. Il est primordial de changer de modèles agricole et alimentaire et de faire évoluer ceux-ci sur une voie durable, tout en accompagnant, bien sûr, les agriculteurs dans ces changements et en sensibilisant les consommateurs. Oui, parce qu’il nous faudra apprendre à produire différemment et à consommer différemment si l’on veut répondre à l’enjeu climatique qui est devant nous. L’agriculture doit devenir encore plus vertueuse, moins chimique, mais aussi plus respectueuse de la santé humaine, de l’environnement, de l’eau, des sols et de la biodiversité, ainsi que des écosystèmes. Ne nous y trompons pas. Le vote sur le rapport «De la ferme à la table» constitue une étape importante. Nous allons déterminer si, oui ou non, le Parlement européen est d’accord de mettre en place les outils indispensables pour construire le monde de demain. Et je veux le dire ici: les solutions sont dans la nature et non dans le tout technologique ou le tout génomique. L’intérêt général doit l’emporter, et ce, pour offrir un avenir aux futures générations.
Contribution de l'Union à la transformation des systèmes alimentaires mondiaux afin d'atteindre les objectifs de développement durable (débat)
Monsieur le Président, cette question orale s’inscrit dans le cadre du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires qui va avoir lieu à la fin du mois. Elle est habile, car elle permet de légitimer ce sommet dans les enceintes européennes. Or, ce sommet est dénoncé par les acteurs de la société civile comme étant une stratégie d’influence des multinationales de l’agroindustrie et de l’agrochimie menée aux dépens des institutions comme le Conseil spécial de l’alimentation de la FAO. Chers collègues, nous ne pouvons pas cautionner une tentative d’accaparement de la gouvernance mondiale de l’alimentation par le faux nez de quelques fondations de milliardaires. Les États, les organisations paysannes et l’ensemble des parties prenantes ne peuvent pas être sciemment laissées de côté, et ce, pour dérouler le tapis rouge aux solutions technologiques les plus risquées, mais les plus profitables pour quelques-uns. Ne soyons pas dupes. La faim dans le monde n’est pas liée à un manque de production, nous le savons. Elle est consécutive du creusement des inégalités. Et nous savons aussi que pour lutter contre la faim efficacement, il faut une juste répartition des ressources agricoles et piscicoles et défendre la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire la capacité des peuples à maîtriser leur alimentation.
Madame la Présidente, depuis 2019, votre Commission a fait des pas importants, notamment avec le pacte vert européen et la stratégie sanitaire, et nous devons vous en savoir gré. Mais la pandémie que nous vivons n’est pas une crise sanitaire isolée et vous le savez. Nous sommes au cœur d’une métacrise inhérente au système capitaliste – crise sociale et économique, crise écologique, crise politique. Notre grand défi est bien de résoudre l’ensemble de ces crises et cela ne peut passer que par une profonde remise en question et par des actes, car nos politiques actuelles et notre mode de vie sont en conflit permanent avec nos limites planétaires et humaines, et c’est cela qui doit changer. Notre groupe politique, par la voix de notre présidente Iratxe García, a déjà avancé une première série de propositions politiques fortes, depuis la loi anti-pauvreté jusqu’à la réforme des règles fiscales, un socle de droits sociaux, le respect des droits humains ou encore la véritable transformation du Semestre européen, basé sur le bien-être durable plutôt que sur le seul PIB. Mais vous devrez également renforcer l’autonomie stratégique de l’Union et participer pour cela à la réforme du système multilatéral mondial en réactivant, entre autres, l’OMC; ouvrir la voie vers une véritable transformation de notre modèle agricole et alimentaire, et plus largement de notre système économique, social et écologique; ouvrir aussi la voie de l’égalité entre les femmes et les hommes, en lien étroit avec l’agenda mondial des objectifs du développement durable des Nations unies. Et c’est sur la base de ces exigences que notre groupe mesurera si votre Commission est à la hauteur de la tâche qui s’impose à l’Europe et à l’humanité tout entière.
Présentation du programme des activités de la présidence slovène (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Vice-président, Monsieur le Premier ministre, les débuts de la présidence slovène de l’Union européenne sont pour le moins houleux. Monsieur le Premier ministre, vos propos calomniant des eurodéputés, mais aussi des juges et des journalistes, ont choqué l’Europe entière, vous le savez. J’entends bien volontiers que, comme vous le dites vous-même, l’Union européenne rassemble des pays aux traditions différentes, aux cultures différentes, qu’il y a des différences qui doivent être prises en compte et respectées. Mais je voudrais rappeler ici qu’il y a aussi un socle commun que sont les valeurs européennes, celle du respect des normes démocratiques, celle du respect des droits fondamentaux de chaque individu – et ce, quelles que soient ses orientations politiques, religieuses ou sexuelles, quelle que soit sa couleur de peau et qu’il soit homme ou femme. Il ne peut pas y avoir de compromis avec le respect des droits fondamentaux et cette nouvelle présidence ne saurait être une excuse, chers collègues, pour fermer les yeux face à des comportements qui, je le répète, ne sont pas acceptables au moment de cette nouvelle présidence.